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Du premier nettoyage ethnique des chrétiens d'Orient

Paradoxe que l'arrivée de la Première Croisade en 1099 a vidé la Syrie de ses chrétiens (et de ses juifs), ce que n'avait pas du tout fait la conquête musulmane au VIIe siècle :

"Jérusalem qui doit se bâtir sur des ruines peine en revanche d'abord à se repeupler : "la sainte terre de Jérusalem demeurait toujours sans population." Quatre quartiers principaux organisaient la ville de la fin du XIe siècle : au nord-est, le quartier juif dont les habitants sont massacrés lors de l'assaut chrétien, les rares survivants étant vendus comme esclaves. ; au sud-est , le quartier musulman, lui aussi vidé de sa population ; au nord-ouest, le quartier du patriarche avec en son centre le Saint-Sépulcre ; au sud-ouest, les rues des chrétiens orientaux qui avaient été persécutés, chassés, tués à mesure que progressait l'armée des croisés : "leur nombre se trouvait presque réduit à rien depuis l'époque de l'entrée des Latins en Syrie." Entre les murs solides édifiés au temps des Byzantins et des Fatimides, et que les chrétiens se contentent de restaurer en 1116 et 1117, la ville est vide : pas de juifs ou de musulmans car "ce serait sacrilège de les autoriser à résider dans un lieu si vénérable" ; si peu de chrétiens qu'ils "suffisent à peine à remplir une des rues de la ville". Une "désolation", et c'est bien ce que déplorent nos textes. Un "nettoyage ethnique", ont préféré écrire certaines historiens modernes. Les oiseaux, disait Albert d'Aix, un temps rassemblés, se sont envolés ; les autres ne font que passer, ces pèlerins qui, pour la majorité repartent, une fois les "saints lieux" visités. D'autant que, même si les chroniqueurs ne nous le disent pas, les Latins préfèrent à la Ville sainte les cités portuaires ! À partir de 1115, le roi Baudouin Ier entreprend donc de favoriser l'installation de chrétiens venus d'outre-Jourdain ; ils "arrivent avec femmes, enfants, gros et menu bétail" et des quartiers leurs sont attribués. Une politique que poursuit son successeur. En 1120, Baudouin II accorde "aux Syriens, aux Grecs, aux Arméniens et à tous les hommes habitants de ces pays, même aux Sarrasins, la libre permission d'apporter dans la cité sainte et sans avoir à craindre aucune exaction, du froment, de l'orge et toute espèce de légumes. Il remit aussi la taxe que l'on prélevait d'ordinaire sur les boissons et les pesées" : plus d'octroi donc, plus de droits sur les poids et mesures pour favoriser le ravitaillement, aider à l'animation du marché, stimuler le peuplement. C'est que le roi ne cesse de rechercher, "avec le plus grand zèle, les moyens d'augmenter la population de la ville agréable au Seigneur, et d'y attirer sans cesse de nouveaux habitants."

Finalement, au milieu du XIIe siècle, en raison de l'afflux de pèlerins (qui n'y restent pas mais y dépensent et font des dons), Jérusalem a "récupéré le niveau de population qui était le sien avant la croisade, et la hausse se poursuit encore."

Si la reconquête ayyoubide a pu amoindrir un temps le peuplement chrétien, Jérusalem se remplit à nouveau de ses musulmans et de ses juifs. Ni les Mongols ni Tamerlan n'entrèrent dans la ville et il fallu attendre la peste noire de 1348 pour à nouveau vider la ville (et tout le Moyen-Orient d'au moins un tiers de sa population).



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