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Sema Kaygusuz: «Je n’avais plus aucun espoir en la société turque»


À lire sur Slate.fr, entretien avec Ariane Bonzon :


Pour l'auteure turque, les humiliations répétées subies par la minorité alévie à laquelle elle appartient expliquent sa mobilisation dans les contestations. Rencontre



Dans la préface de ce roman, Sema Kaygusuz dit les silences que lui ont imposé ses origines alévies. Elle parle de sa naissance tant désirée par sa mère, qui lui a offert les mots et les rêves, mais elle ajoute le souvenir de l’instant précis où sa grand-mère, évoquant pour la première fois les massacres de Dersim en 1938, lui a lancé dans un soupir : “Ils nous ont égorgés.” Quatre mots que Sema a perçus au plus profond de son être telle une marque sur son visage. Et ce livre se déploie à cet endroit précis de la mémoire. Porté par une langue exceptionnelle, d’une profondeur et d’un éclat cristallin, il restitue à la fois l’imbrication contemporaine du sacré et du profane, la puissance de traditions qui dépassent largement la superstition, et l’aspiration de la littérature turque à dire – enfin – le patrimoine légendaire d’une terre où se sont succédé plus d’une civilisation, des Hittites à la république d’aujourd’hui : cette terre d’Anatolie où se sont déroulés drames et malheurs sous le sceau du secret pendant si longtemps.








Dans une île méditerranéenne, probablement en mer Egée, Leylan fut un jour abandonnée par sa mère. Son père, muré depuis dans le silence, vit avec elle et lui renvoie chaque jour une douloureuse image d'incomplétude. Perdue dans ses hypothèses, culpabilisée par les insulaires, Leylan se tourne vers une diseuse de bonne aventure, auprès de laquelle elle espère comprendre, trouver des réponses, admettre l'abandon. Peu convaincue par ses propos, Leylan convoque l'étonnante galerie de personnages qui peuple cette île, fait affleurer les mystères et les croyances puis, toujours insatisfaite. s'éloigne encore du réel pour mieux l'appréhender. Viennent alors s'ajouter à sa quête la puissance des textes fondateurs, poèmes, mythes et légendes écrites ou issues de la tradition orale : toute une polyphonie métaphorique qui fait écho à sa propre histoire, l'autorise enfin à devenir adulte et à percevoir son identité libérée du prisme traumatique de l'enfance. Un roman initiatique porté par une écriture puissante et limpide. Un texte très ambitieux clans sa forme, qui aborde les origines du récit turc et qui s'inscrit au cœur de la culture anatolienne d'une façon tout à fait remarquable.


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