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Najm Akthîr, princesse kurde ayyoubide




Quant à Charaf El-Dîn, il avait ordonné que sa nouvelle concubine fût prête à le recevoir le soir-même ; il était en effet très porté sur les femmes, et ne se tenait plus d'impatience. Ainsi donc, à l'heure dite, la jeune personne l'attendait dans un appartement d'étage, dûment parée et pomponnée, semblable à un trésor dont on aurait percé le chiffre.
Or, Charaf El Dîn avait une épouse, nommée Najm Akthîr ; c'était une princesse de haut lignage, qui appartenait comme lui au clan des Kurdes ayyoubides. Ce soir-là, elle s'était rendue dans l'appartement de la nouvelle venue, et, dissimulée derrière une tenture, l'épiait sans qu'elle s'en rende compte. C'est ainsi qu'elle la vit sortir de l'échancrure de son corsage une mystérieuse fiole, et en verser le contenu dans une coup destinée à Charaf El Dîn. Prise de soupçons, elle attendit l'arrivée de son mari ; quand celui-ci fut entré dans la pièce et confortablement installé auprès de la jeune esclave, elle sortit de sa cachette. " Prends garde à toi, émir ! s'écria-t-elle. Ne touche pas à cette coupe, car je suis sûre qu'elle est empoisonnée ! Surtout, ne crois pas que c'est la jalousie qui me fait parler ; par l'honneur de l'Islam, ce que j'en ai dit, c'est seulement par crainte pour ta vie. J'affirme que j'ai vu cette esclave sortir une fiole remplie d'un liquide jaunâtre, et en verser le contenu dans cette coupe !"
Persuadé qu'elle disait la vérité, Charaf El Dîn se tourna vers la jeune fille. "Qu'as-tu mis dans cette coupe, sale garce ? Avoue, ou bien je te jure par ma tête que tu périras dans les pires supplices !" lui lança-t-il d'une voix terrible, tout en posant la main sur la garde de son poignard. Terrorisée, la malheureuse perdit toute contenance ; affreusement pâle et tremblant de tous ses membres, elle se mit à pousser des vagissements inarticulés. Mais une mauvaise gifle assenée par Charaf El Dîn lui rendit incontinent l'usage de la parole. 
– Au secours, Jaouane ! hurla-t-elle. Viens me délivrer de ce piège où tu m'a fait tomber ! 
– Tiens, tiens ! Tu appelles Jaouane au secours, sale garce ? Comment le connais-tu, d'abord ? 
– Sache, seigneur, qu'il n'est autre que ce marchand alépin qui m'a donnée à toi. 
Comprenant que Jaouane l'avait trompée, elle lui raconta toute l'histoire sans rien omettre, ni l'expédition contre Damas projetée par les quatre rois, ni le stratagème qu'ils avaient inventé pour se débarrasser de lui. Furieux, Charaf El Dîn s'apprêtait à la mettre à mort, mais elle le prévint en se convertissant sur le champ à l'Islam, affirmant l'Unicité de Dieu, qu'Il soit exalté, et la mission prophétique de Muhammad, que la prière de Dieu et Son salut soit sur lui. Force fut donc à Charaf El Dîn de lui faire grâce de la vie ; il eut toutefois la compensation de passer la nuit avec elle…

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