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Les Kurdes ont-ils droit à un État ?







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Depuis le début de la lutte des Kurdes pour leur survie (et elle a commencé avec le tracé des frontières par les Puissances après la désintégration de l’Empire ottoman) le soupçon de « séparatisme » ou d’«indépendantisme» a été utilisé contre eux. En Turquie, séparatiste est synonyme de terroriste, en Syrie, en Iran, cela s’appelle « atteinte à la sécurité nationale » ou à « l’intégrité du territoire » et assimilé à de la haute trahison.  
Le « séparatisme » n’est pourtant pas un crime. Car les éléments qui donnent droit à un État sont des plus simples : Un peuple, un territoire et une organisation politique qui peut faire office de gouvernement. Si une collectivité réunit ses critères, en principe, rien, dans le droit international ne s’y oppose. Il n’y a même pas besoin d’être ce qu’on appelle une « nation ».  Au-delà du droit à l'indépendance, il y a, bien sûr, l’opportunité politique de la demander : les États en place ne sont guère enclins à céder une part de leur territoire souverain, surtout lorsque ces territoires s’avèrent être riches en hydrocarbures… et en eau, car le Kurdistan, pour son malheur, regorge de cet « or bleu » autant que d’or noir, si ce n’est plus : Le Tigre et l’Euphrate y prennent leurs sources, en plus des Zab, du Khabour et une foule de cours d’eau.  
S’ajoutent à cela la crainte de l’instabilité politique, vue comme cause de massacres, d’exactions, de guerres civiles, que provoquerait, dans l’esprit des chancelleries, la formation d’un nouvel État : l’ex-Yougoslavie est souvent citée en exemple. Mais si l’on se penche sur l’histoire des Kurdes, depuis la signature du Traité de Lausanne (1923) qui sonne le glas de leurs revendications indépendantistes, si l’on compte les centaines de milliers de victimes causées par la répression armée, la politique de la terre brûlée en Turquie et en Irak, deux massacres à caractère génocidaire (le Dersim par la Turquie en 1937-1938 et l’Anfal perpétré par Saddam en 1987-1988), la négation culturelle et linguistique de tout un peuple, les emprisonnements, les exécutions judiciaires et extra-judiciaires, la torture généralisée, l’état de guerre quasi constant, dans les régions kurdes, depuis au moins 50 ans, en plus des dégâts écologiques et humains de toute sorte, on peut objecter que maintenir une population de 35 millions dans une telle répression, écartelée entre quatre États qui n’ont jamais été des démocraties, a été une solution encore plus meurtrière que de se résoudre à la recomposition de frontières qui n‘ont jamais été stables, puisque toujours en révolte. 
Y aurait-il eu une question kurde si la Turquie, l’Irak, la Syrie, l’Iran n’avaient cherché à détruire ou assimiler les Kurdes ? Certains disent que non, encore que l’on voit, en Europe, que des États peuvent choisir de se séparer pacifiquement, comme l’ex-Tchécoslovaquie et comme le fera peut-être la Belgique, sans motif aussi dramatique. Mais un siècle d’oppression a fait que les Kurdes se lassent d’attendre que les « peuples frères » finissent par gagner en maturité politique et démocratique : on leur a dit, dans les années 1970, qu’une fois l’impérialisme américano-sioniste abattu, la situation du Moyen Orient serait idyllique pour tous, à condition qu’ils restent solidaires de la « cause arabe » ou de la « patrie turque ». On leur a dit, dans les annés 1980, en Iran, au moment de la révolution islamique, que tous les musulmans seraient frères. On leur a dit, en 2000, que la Turquie allait se démocratiser avec l’AKP, et en 2003, que l’Irak deviendrait une grande fédération multi-culturelle, et on leur dit maintenant, qu’une fois le régime des Mollahs renversé en Iran et le Baath chassé de Syrie, les Kurdes n’auront aucun intérêt à demander l’indépendance ; il leur faut juste « attendre ». Cela fait, en gros, 80 ou 90 ans que les Kurdes attendent que leurs voisins cessent d’engendrer sur leur dos dictature après dictature. 
Le principal argument à l’encontre d’un État kurde est leur désunion et leurs rivalités politiques entre partis, ce qui est vrai, mais finalement pas plus que dans les États dits « pluralistes » où cette désunion est justement signe de bonne santé démocratique, quand elle se vit dans les urnes. On avance aussi la menace que ferait peser un nouveau Kurdistan sur les minorités religieuses ou linguistiques qui y vivent : les chrétiens ou les Turkmènes sont alors mis volontiers en avant par des gens qui s’en souciaient peu quand les mêmes étaient massacrés ou déportés par Saddam. Mais depuis 2003, c’est le Kurdistan qui est la principale terre d’accueil des chrétiens d’Irak (en plus d’autres groupes pourchassés) et en Syrie, les régions kurdes et mixtes mais protégées par les Kurdes (qui repoussent fermement toute incursion de djihadistes) commencent à s’auto-diriger en comités réunissant des Kurdes, des Arabes, des chrétiens, des yézidis…  
Si l’on compare le bilan du Gouvernement Régional du Kurdistan d’Irak, qui s’est construit en dix ans seulement, et en partant de rien, avec la Turquie qui ne reconnaît toujours pas ses non-musulmans comme citoyens de première classe, où les langues kurdes et araméennes sont encore bannies des administrations ; si l'on compare avec l’Iran, menacé d’implosion en raison de sa politique d’assimilation envers les Baloutches, les Azéris, les Kurdes, – et qui a même interdit l’arabe sur son sol ! – ; ou avec la Syrie, pour qui il n’y a que des « Arabes » dans sa république, ou bien avec l’Irak qui se vide de tout ce qui n’est pas musulman et se désintègre dans des conflits sunnites-chiites, les Kurdes ne se débrouillent pas si mal. Plus que de savoir si les Kurdes peuvent ou non être indépendants en termes de droit, la question que l’on doit poser est « le Moyen-Orient peut-il devenir une région paisible et politiquement stable sans accéder aux demandes des Kurdes ? »   
Car à moins de pulvériser atomiquement le Zagros, il y aura toujours une question kurde : même si ces monts étaient une fois de plus bombardés, brûlés, gazés, il restera toujours des hauteurs assez inaccessibles et des grottes gigantesques pour que s'y réfugie toute une guérilla. C' est un pays de hautes montagnes dans lesquelles ils circulent depuis toujours, faisant fi des frontières politiques et des capitales qui les gouvernent : en ce sens et dans les faits, les Kurdes ont toujours été séparatistes. Au carrefour de trois mondes – arabe, turc, perse –, au milieu d'entités politiques à peine vieilles d'un siècle – l'Irak, la Syrie, l'Iran, la Turquie –, la montagne kurde a toujours existé, comme une forteresse naturelle, inaccessible au pouvoir central. Elle a aussi façonné la culture et l‘identité de ce peuple : pas de Kurdes sans ses montagnes. Le Kurdistan est bien plus viable qu’un État, c’est un pays. 

Et donc, pour continuer de débattre entre les Pour et les Contre, c'est par là

Commentaires

  1. Anonyme10:22 AM

    J'aurais posé la question différemment:

    Dans la mesure où les Kurdes constituent un peuple, pourquoi leur refuse-t-on toujours cette indépendance qu'on a pourtant récemment accordée au Monténégro, au Timor Oriental, au Kosovo, au Sud Soudan et quasiment à la Palestine aujourd'hui...?(et je ne parle pas des micro-Etats qui existent depuis longtemps et qui n'ont souvent pas la taille d'un département français).

    Tous ces pays REUNIS ne représentent pourtant même pas 1/10ème de la population kurde, ni de la superficie de son territoire.Et ils sont loin d'afficher les mêmes critères de viabilité d'un Etat que les Kurdes...

    Le droit d'avoir un Etat est incontestable, tant au regard du droit international que des précédents que j'ai cités, l'obstacle est purement géopolitique.
    Le silence de la communauté internationale sur cette injustice criante, et sa politique de deux poids deux mesure sur cette question sont aussi insupportables que la brutalité et les répressions de toute nature perpétrées contre les populations kurdes par les bandes de criminels qui occupent leurs territoires.

    dilo

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  2. Ne te gêne pas pour participer au débat en allant directement poster ton commentaire sur le site du débat, toutes les contributions sont les bienvenues (et les votes aussi).

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  3. Anonyme12:04 PM

    Je n'ai qu'un profil Facebook, depuis le printemps dernier, et encore faudrait-il que je me souvienne de mon mot de passe pour participer au débat! C'est dire la fréquence de mes connections sur ce réseau social planétaire! :)

    Quant à Twitter,je ne sais même pas comment ça fonctionne réellement!Même le Pape semble plus en phase avec son époque que moi! :))

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/728124-le-pape-est-sur-twitter-un-coup-de-comm-ou-une-vraie-volonte-de-dialogue.html

    dilo

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  4. Raaah et avec ça, ça demande un État moderne. Même Mahmud Othman twitte comme un ouf et poste sur facebook ! Ce sont les Papy kurdes qui devraient te faire honte !

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  5. Anonyme11:08 AM

    Si même Mahmud et le Pape s'y sont mis, alors oui il est temps que je me mette à la page et que j'accepte et apprenne d'utiliser les nouveaux outils de communication! :)

    dilo

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