L'Iran à l'heure des révoltes arabes, résumé des interventions (5) : Les Arabes d'Iran

Seconde table ronde, modérée par Kendal Nezan, président de l'Institut kurde de Paris : La Question des peuples non persans.

M. Karim Abdian, du Parti de la solidarité démocratique Al Ahwaz, s'exprimant "au nom de la nation arabe d'Iran", est un des membres fondateurs du Congrès des nations pour un Iran fédéral. 

M. Karim Abdian s'interroge d'emblée sur le fait que l'Iran, ce "vaste pays, doté de nombreuses ressources et peuplé de personnes extrêmement compétentes, instruites, cultivées", ait atteint "un tel état de sous-développement politique" et que, depuis la chute des Qadjars, ce pays se soit avéré incapable d'instaurer la démocratie et la liberté. L'Iran est "comme un malade dont la maladie n'aurait pas été correctement diagnostiquée" : depuis 9 ans, on entend dire qu'il s'agit d'un pays "homogène", et qu'il lui faut un gouvernement centralisé, installé à Téhéran et dominé par un seul de ses groupes ethniques, à l'exclusion de tous les autres et ce, d'une main de fer. 

Les Arabes d'Iran sont donc eux aussi exclus. Cette nation occupe le sud-ouest de l'Iran depuis 1925. Auparavant et jusqu'à cette date, ils vivaient en Arabistan, dans une région autonome où ils parlaient leur propre langue, avaient leurs propres écoles et étaient libres de porter leurs tenues traditionnelles. Ensuite, ils subirent un système de gouvernement centralisé, dominé d'abord par une aristocratie persane et puis par le clergé. En 1936, le nom d'Arabistan, qui signifie "Pays des Arabes" a été changé en Khuzistan, sans que ses habitants aient été consultés.

Aujourd'hui, il y aurait entre 7 et 8 millions d'Arabes iraniens dont 4,5 à 5 millions au Khuzistan. C'est aussi dans ce territoire qu'on trouve 90% du pétrole iranien, avec 4,5 millions de barils produits par jour. Avec ses 110 milliards de barils de réserve, c'est le deuxième champ pétrolifère du monde. Mais une infime fraction de ces richesses revient à la population locale, voire 0%, selon Karim Abdian. 

Reza Chah (1925-1941) a imposé un gouvernement central  qui a mis fin au gouvernement autonome local et y a imposé la langue farsî, alors que 98% des habitants de l'ex-Arabistan parlaient l'arabe dont enseignement fut interdit. 

Le régime actuel prive les habitants de l'actuel Ahwaz de leurs droits élémentaires et les réduit au rang de "citoyens de 3ème zone". Depuis 87 ans, ils subissent une persécution très brutale et les Pehlevis comme ceux qui les ont renversés ont pratiqué le nettoyage ethnique. Il s'agit de priver les Arabes d'Ahwaz de leur identité nationale, de leurs coutumes et de leur histoire.

Mais depuis 1928, année du premier soulèvement contre le gouvernement central iranien, en 1936, en 1956, en 1963 et enfin en 1979, ces Arabes n'ont cessé de se révolter et ont subi une politique de nettoyage ethniques. Comme ses prédécesseurs, la république islamique mène une politique de destruction de l'identité arabe, comme elle le fait vis-à-vis des Turkmènes, des Baloutches et d'autres nationalités iraniennes. Elle a pour but l'élimination de toute culture non-persane et surtout de la culture arabe. Ces Arabes sont stigmatisés comme "sécessionnistes" ou "wahhabites" et d'être un danger pour l'intégrité territoriale de l'Iran. 

La république islamiste viole sa propre constitution car dans les articles 15 et 19, il est énoncé que l'autonomie locale doit pouvoir exister, dans une certaine mesure. 

Parmi les Arabes, le taux d'illettrisme des hommes est de 18% ; il est plus élevé parmi les femmes. Les villes arabes détruites (pendant la guerre Irak Iran) ont été reconstruites à seulement 20%, ce qui permet de continuer de déplacer les populations arabes et de les chasser de leurs terres. Après l'Irak, l'Iran était autrefois le deuxième exportateur de dattes. Pendant la guerre Iran-Irak, des dizaines de milliers de palmiers-dattiers qui, de tout temps, avaient assuré la subsistance de la population locale, ont été détruits. Les agriculteurs arabes ont tenté de les replanter, on leur a refusé le droit de le faire. Les autorités iraniennes interdisent aux parents de donner des prénoms arabes à leurs enfants, cela doit être des noms persans. Depuis 4 ans, il y a, tous les jours, des manifestations et 161 personnes ont été pendues sur la place publique. 4 personnes ont encore été pendues à Ahwaz, récemment, et 11 personnes attendent leur exécution. C'est une campagne de terreur qui a été lancée pour protéger les réserves pétrolières.

Pour Karim Abdian, "il est inévitable que ce vent de changement qui souffle depuis la Tunisie, l'Égypte, le Bahrein, la Syrie finira par balayer l'Iran." Beaucoup de ces Arabes d'Azhwaz regardent Al-Jazeerah et voient ce qui se passe au Moyen-Orient. Concernant les accusations de séparatisme, il faut respecter "le droit au divorce" et on ne peut pas retirer le droit à l'auto-détermination des Arabes, des Kurdes ou des Azéris.

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