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L'Iran à l'heure des révoltes arabes, résumé des interventions : Les Baloutches

Seconde table ronde, modérée par Kendal Nezan, président de l'Institut kurde de Paris : La Question des peuples non persans.

Avec la participation de M. Karim Abdian, du Parti de la solidarité démocratique Al Ahwaz, M. Yussef Azizi,, ancien professeur à l'Université de Téhéran,  M. Nasser Boladei, premier secrétaire du Parti du peuple baloutche, M. Mostafa Hejri, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran et M. Hedayat Soltanzadeh, membre du comité exécutif du Mouvement fédéral démocratique d'Azerbaïdjan.

Introduisant la table ronde, Kendal Nezan explique que, quand on parle dans les media de "l'Iran", c'est presque toujours au sujet du dossier nucléaire, de la sécurité d'Israël, des négociations, etc. mais que les Iraniens eux-mêmes ont très rarement droit à la parole. Ou bien, s'il s'agit de "l'opposition", c'est, en fait l'opposition interne à la république islamique, c'est-à-dire "ceux qui s'opposent sur la meilleure manière d'appliquer les principes de la république islamique" et d'appliquer la domination du chiisme sur l'ensemble de l'Iran.

Or, en dehors de cette opposition reconnue, tolérée, de multiples populations ont leurs propres revendications et aspirations qui ne sont pas suffisamment répercutées dans les media et les opinions publiques, et encore moins au niveau des décideurs politiques.

Nasser Boladei, premier secrétaire du Parti du peuple baloutche, rappelle que le Baloutchistan est divisé en 3 pays, l'Afghanistan, l'Iran et le Pakistan, depuis 1839, l'année où les Britanniques ont attaqué la capitale de l'État de Kalat, ce qui a changé radicalement la situation des Baloutches. Une région baloutche existait avant que la Perse ne devienne l'Iran et avant la fondation du Pakistan et de l'Afghanistan. De nombreuses révoltes ont eu lieu dans le Baloutchistan après la conquête et la domination de la dynastie qadjar de Perse, au XIXe siècle, mais elles ont toutes échoué, en raison du jeu politique entre les Anglais et les Persans, et dans cette lutte pour le pouvoir entre deux grandes puissances, les Baloutches n'étaient que de modestes acteurs locaux. 

Ayant gardé leur identité, leur culture et leur langues, les Baloutches essaient de faire valoir leur droit à l'autonomie, non reconnu en Iran et la culture et la langue baloutches sont interdites. À l'école, la langue d'enseignement est le farsî, et de l'école primaire jusqu'à l'université, il y a toute une série d'exclusions et de discriminations, notamment financières, qui visent à écarter les jeunes baloutches du système éducatif. Plus tard, il est très difficile pour un Baloutche de trouver du travail. La semaine dernière, 9 prisonniers baloutches, dont deux adolescents, ont été condamnés à mort, et s'il s'était agi de 9 prisonniers tehranais, ils auraient été défendus par des ONG et des mouvements pour les droits de l'homme. 

Selon Nasser Boladei, les Baloutches sont accusés à tort d'alimenter l'insécurité, alors que ce sont des forces officieuses du régime qui pratiquent des assassinats, et les Baloutches sont constamment sous la menace de ces forces clandestines. Ils sont accusés aussi de terrorisme et de violence armée, mais c'est du fait d'avoir perdu tout espoir de réformes institutionnelles, ou bien du fait de personnes ayant perdu des proches assassinés. On peut craindre que cette violence croissante ne fasse que s'aggraver sur le terrain. Le secrétaire du parti baloutche accuse la "passivité totale" des organisations de défense des droits de l'homme, qui font la sourde oreille face aux persécutions. "On ne cesse de répéter que l'Iran est un seul et même pays, que c'est une nation unie, mais c'est un mythe."

Le parti du peuple du Baloutchistan se dit pour un Iran fédéral et milite pour cela avec d'autres partis, comme le Mouvement fédéral azéri, le Parti de la solidarité, le Komala et tous les partis qui composent le Congrès pour un Iran fédéral, mais il est toujours répondu qu'il faut attendre que la démocratie s'installe en Iran, alors que le pays ne fait que tomber de plus en plus bas, dans une situation inquiétante.

Officiellement, l'Iran se dit pluri-national, multi-ethnique, respectueux des langues et des différences de cultes. Mais la charia est appliquée de manière toute autre. Ceux qui revendiquent leurs droits, les nationalités, les femmes exigent des changements immédiats et non dans un avenir lointain.

Les Iraniens craignent que si le pays devenait une fédération, la situation deviendrait pire que ce qu'a connu la Yougoslavie, mais si l'Iran refuse d'accepter cette pluralité, il se retrouvera dans une situation bien plus grave que celle de la Yougoslavie et de la Syrie.

Les revendications des Baloutches sont très proches des revendications du peuple kurde et nous avons l'exemple des Kurdes qui se battent depuis longtemps, et ce que l'on dit à Téhéran sur les Kurdes "incapables de s'entendre, de s'associer et de coopérer" on le dit aussi des Baloutches, de "nature anarchique". Il faut que l'opposition iranienne  repense cette équation, sinon il y a risque de désintégration de l'Iran et toute perspective de démocratisation s'éloignera.

Les Baloutches seraient au nombre de 1,7 million en Iran mais les statistiques peuvent varier. Nous pensons qu'il y a 3 à 4 millions de Baloutches en Iran. D'autres estimations font état de plus de 4 millions de Baloutches au Pakistan, dans la province du Baloutche mais aussi au Pendjab. Il y en a aussi 2 millions en Afghanistan, par exemple à Kandahar. Des Baloutches vivent dans les pays du Golfe, par exemple à Oman.

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