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L'affaire Tareq Al-Hashimi : un conflit turco-irakien ou turco-iranien ?


S’ajoutant au contentieux sur l’exportation du gaz kurde et à la visite surprise d’Ahmet Davutoğlu à Kirkouk, la condamnation à mort du vice-président Tareq Al-Hashimi, réfugié en Turquie avec sa famille, est devenue tout autant un conflit international qu’un affrontement interne entre deux factions politiques irakiennes. 

Le 9 septembre, la cour pénale de Bagdad a condamné à mort par contumace Tareq Al-Hashimi, en fuite depuis des mois et accusé d’avoir organisé une attaque terroriste contre le parlement de Bagdad, en causant la mort de la députée Suhad Al-Khafaji et de l’officier de la Sécurité nationale Talib Balasim. Le verdict a déclenché l’indignation de son groupe parlementaire, Al-Iraqiyya, tandis qu’une vague d’attentats faisait 88 morts, sans que l’on puisse établir avec certitude un lien avec cette annonce.

Loin de faire l’unanimité en Irak, cette sentence a suscité les réserves du Gouvernement régional du Kurdistan, dont le porte-parole, a, le 11 septembre, averti des risques d’aggravation de la crise politique que traverse le pays. Le Premier Ministre de la Région kurde, Nêçirvan Barzanî, a jugé « peu sage » cette condamnation et estimé que le conflit peut être résolu « politiquement, mais pas de cette façon .» Le président de l’Irak lui-même, Jalal Tabani, dont la fonction consiste principalement à assurer une forme de médiation entre les blocs antagonistes du pays a fait part de « sa souffrance » à l’annonce du verdict qui, selon lui, sera un obstacle de plus à la « réconciliation nationale ». Tout en affirmant son attachement à l’indépendance de la Justice, Jalal Talabani a appelé à la tenue d’une conférence nationale pour résoudre tous les conflits actuels, dont le dossier Hashemi.

De son exil turc, Tareq Al-Hashimi a rejeté, de nouveau, les accusations et dénoncé la sentence. Il a réaffirmé qu’il ne retournerait en Irak qu’avec les assurances d’un procès équitable et celle de sa propre protection. Il a fait appel aux Nations Unies pour demander l’établissement d’une cour qui assisterait la cour pénale irakienne, avec l’envoi de juges à Bagdad qui enquêteraient sur son dossier. En plus des accusations de corruption et d’accaparement du pouvoir qu’il a maintes fois portées contre son rival politique le Premier Ministre Nouri Al-Maliki, le vice-président a fait allusion à des manœuvres iraniennes dans cette affaire comme dans d’autres, et a critiqué les États-Unis pour l’aveuglement dont ils font montre concernant l’actuel gouvernement irakien.

De son côté, le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a refusé à nouveau l’extradition d’Al-Hashimi, tout comme l’avaient fait les Kurdes quand le vice-président irakien s’était d’abord enfui au Kurdistan d’Irak, et s’est attaqué personnellement à la personne de Nouri Al-Maliki en l’accusant d’enflammer délibérément les « tensions sectaires en Irak ».

Tareq Al-Hashimi était vu comme un des principaux adversaires de l'influence iranienne en Irak. La liste Al-Iraqiyya comprenant à la fois des députés sunnites et chiites et se présentant comme "laïque", plus qu'un épisode d'une lutte confessionnelle, il s’agit, moins d'un affrontement entre un "axe sunnite" vs "chiite"  que d'un regroupement d'intérêts entre la Turquie-Erbil et l'opposition syrienne, faisant face à un Iran soutenant le Baath syrien et régulièrement accusé par les opposants au Premier Ministre irakien d'avoir opéré une mainmise politique sur l'Irak après le retrait américain en soutenant publiquement Nouri Maliki, notamment depuis le début de son second mandat en 2010.

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