Armées seldjouqides et fatimides

"Dans un bel survol de l'évolution des armées égyptiennes jusqu'à Saladin, Maqrîzî se plaît à souligner que l'armée de ce dernier se restreignait aux Turcs et aux Kurdes. Il avait mis fin à une organisation que le chroniqueur semble dénoncer comme trop bigarrée et inefficace : un djund ("armée", ici) d'esclaves noirs ('abîd), d'émirs égyptiens, de bédouins ('urbân), d'Arméniens, etc. Alors la diversité ethnique n'apparaissait-elle plus comme une force, mais au contraire comme une faiblesse.
De fait, l'un des critères les plus souvent utilisés par les auteurs arabes est pour caractériser les armées musulmanes est l'appartenance ethnique, comme si rien d'autre ne les structurait. Les chroniqueurs latins n'agissent pas différemment. Si ce n'est quelques affabulations (les Pauliciens de l"Anonyme, les Azymites de Guibert de Nogent, etc.) et leur utilisation ponctuelle du terme "Sarrasin", il faut souligner qu'ils font presque constamment référence aux Turcs. Aux Turcs, identifiés comme les ennemis les plus menaçants, et (mais à un moindre degré) aux Arabes, ainsi que, accessoirement, aux Kurdes et aux "Persans" – sans qu'on sache forcément à quel peuple ce dernier terme renvoyait. À rebours de cette profusion de peuples et de ces étalages frisant parfois l'extraordinaire, les auteurs arabes font preuve, au contraire, d'une extrême sobriété lorsqu'ils désignent l'envahisseur et ses héritiers."

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"Cette année-là : Sandjar se présenta à al-Rayy et s'en rendit maître. Puis eut lieu une bataille terrible (waq'a 'azîmâ) entre lui et son neveu Mahmud b. Muhammas Şâh dans le désert de Sâwa. Cinq rois accompagnaient Sandjar, sur cinq trônes – dont le roi (malik) de Ğazna, qui avait quarante éléphants, montés par des combattants – ainsi que des milliers de Bâtiniens et des milliers d'infidèles. D'ailleurs, on dit qu'il était à la tête de cent mille [hommes], et que Mahmud avait trente mille [hommes]".
Si cela n'apparaît pas dans ces quelques lignes, le cœur de ces armées était tout de même turc – qu'il s'agisse de mamelouks ou de Turcomans. Turcs, Arabes et Kurdes : trois des groupes ethniques sur lesquels les sources latines insistent lorsqu'elles traitent des interventions seldjouqides en Syrie. À parcourir les chroniques arabes, c'est apparemment parmi ces trois ethnies que les sultans seldjouqides et les grands émirs qui les servaient ou les combattaient puisaient avant tout. Par exemple, les forces à la tête desquelles Sayf al-dawla Sadaqa al-Asadî fut battu et tué, en 1108, ne se limitaient pas exclusivement, contrairement à ce que sa proclamation avant sa mort laisse entendre ("Je suis Tâdj al-mulûk, je suis le roi des Arabes"), aux Arabes bédouins (effectivement les plus nombreux) : un corps de Kurdes (djamâ'a min al-Akrâd ; al-Akrâd) participa à sa défaite. Et si Ibn al-Athîr se plaît à opposer les "Turcs" à ses hommes, cela ne signifie évidemment pas qu'il n'en employait pas."

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"Ces armées orientales n'étaient pas aussi homogènes. Ibn al-Qalânisî révèle par exemple qu'en 1112 Mawdûd avait réuni une armée hétéroclite de Turcs, de Kurdes et de "tous ceux qu'il put rassembler". 


Abbès Zouache :  Armées et combats en Syrie (491/1098-569/1174). Analyse comparée des chroniques  médiévales latines et arabes (IFPO, Damas, 2008).  

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