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Un Kurde nommé à la tête du Conseil national syrien


Succédant à Burhan Ghalioun c’est un Kurde qui a pris, au début de juin, la présidence du Conseil national syrien, considéré par les pays occidentaux et arabes comme la représentation légitime de l’opposition syrienne au régime du Baath. Abdel Basset Sayda n’est pourtant pas connu comme un politicien chevronné mais est réputé pour son intégrité. C’était, par ailleurs, le seul candidat à la succession de Burhan Ghalioun.

La démission de ce dernier est due à des querelles internes entre les différentes composantes de cette plate-forme hétéroclite, allant des Arabes laïcs aux Frères musulmans, en passant par des représentants de partis kurdes. Burhan Ghalioun était critiqué par les opposants et combattants de terrain, qui lui reprochaient de les laisser de côté dans les prises de décision, ainsi que d’accorder trop d’importance aux Frères musulmans. Les Kurdes ne pouvant être soupçonnés de collusion avec ces derniers, le choix d’Abdel Basset Sayda a peut-être rassuré les pro-laïcs et les minorités religieuses, à moins que les Arabes syriens des divers bords aient trouvé plus aisé de mettre un Kurde à leur tête, en raison de leurs propres rivalités, comme ce fut le cas en Irak quand le choix de la présidence s’est porté sur Jalal Talabanî, avec l’accord des principales factions sunnites et chiites, alors en pleine guerre civile. Enfin, cette nomination peut être vue également comme un geste des Arabes syriens en direction des Kurdes, dont beaucoup d’entre eux se méfient des Frères musulmans et sont réticents à rallier un mouvement soutenu par la Turquie.

S’adressant plus directement à ses compatriotes kurdes, Abdel Basset Sayda a affirmé que son élection était la « preuve évidente que les Syriens ont atteint un niveau élevé de maturité en mettant en priorité la citoyenneté, et qu’ils ont surmonté le fanatisme sectaire et les divisions que le régime peut tenter d’alimenter afin d’en arriver à une guerre civile. » Mais il a également critiqué l’attitude de certains groupes kurdes dans le passé, qui n’a servi qu’à les marginaliser au sein du CNS et à renforcer de la sorte le groupe des Frères musulmans. Dans un entretien accordé au site Internet Kurd.net, Abdel Basset Sayda a rappelé que les Frères Musulmans étaient « une composante de la société (syrienne). On ne peut purement et simplement les ignorer et les exclure de ce processus. »

Né en 1956 à Amude, Abdel Basset Sayda n’est affilié à aucun parti politique (ce qui a pu aussi favoriser son élection). Son handicap est d’être un pur intellectuel et non un politicien chevronné, docteur en philosophie passionné par l’étude des civilisations antiques et auteur de nombreux livres sur la question kurde en Syrie. Mais selon Anita McNaught, correspondante de la chaîne Al-Jazeerah en Turquie, le nouveau président a, dans ses premières déclarations, frappé les esprits par sa volonté d’inclure tous les éléments et participants de l’opposition syrienne : « Il a nommé tous les principaux acteurs, a rendu hommage aux gens emprisonnés, à ceux qui sont morts. Il a mentionné tous les groupes et a répété que leur rêve d’une Syrie pour tous n’était pas enterré. »

À peine nommé, le nouveau président du Conseil national syrien a appelé tous les responsables du régime baathiste à se retirer du pouvoir. Il a aussi adressé un message qui se veut rassurant envers les diverses minorités ethniques et religieuses de Syrie, qui craignent une future domination arabe et musulmane, en affirmant que « la nouvelle Syrie sera un État démocratique » et qu’il n’y aura pas de « discriminations ». Selon lui, l’intensité des massacres et des bombardements perpétrés par le régime montre que le Baath syrien joue là sa dernière carte et que la révolte syrienne entre dans une phase cruciale et « sensible ».

Abdel Basset Sayda s’est donné pour priorité affichée de rallier d’autres groupes d’opposants au Conseil national syrien et d’entamer des pourparlers avec des figures de l’opposition qui ne figurent pas encore au CNS afin de les y faire entrer. L’image du Conseil national syrien, surtout en raison de la position forte des Frères musulmans en son sein, souffre en effet d’une image « conservatrice » auprès de nombre d’opposants et notamment des jeunes Syriens. L’opposant kurde a également appelé les Nations Unies à une « action décisive » pour protéger les civils, en n’excluant pas le recours à la force, en demandant aux pays membres de « stopper cette machine à tuer », en ajoutant qu’au cas où les Nations Unies ne parviendraient pas à s’accorder sur ce point (notamment en raison des veto russe et chinois), des pays volontaires pourraient toujours mener une action en dehors de l’ONU.

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