Iran : Une campagne électorale désastreuse pour les libertés


À l’approche des élections parlementaires, qui doivent avoir lieu le 2 mars, Amnesty International s’inquiète des nombreuses arrestations dans le milieu des media et des blogueurs, qui visent à verrouiller la campagne électorale et la liberté d’expression. Ainsi, Ehsan Houshmand, un sociologue kurde, qui a écrit sur les minorités en Iran, a été arrêté au début de l’année, dans une série d’arrestations qui a touché, séparément, plusieurs sociologues ou écrivains traitant de questions sociales ou de minorités et dont beaucoup d’entre eux s’exprimaient sur des blogs, support plus susceptible de contourner la censure.

Amnesty s’inquiète aussi de la « procédure discriminatoire » mise en place pour sélectionner les candidats aux législatives. Beaucoup sont écartés d’emblée pour des raisons diverses, allant de l’origine ethnique aux croyances religieuses et aux opinions politiques. Selon un rapport d’Abbas Ali Kadkhodaei, porte-parole du Conseil des Gardiens de la Révolution qui supervisent la préparation des élections, sur 4877 postulants pour être candidats, 2700 ont été agréés par le Conseil, les autres pouvant encore faire appel.

On observe d’ailleurs une baisse d’intérêt pour ces élections après la déception des présidentielles de 2009 et la Révolution verte qui s’ensuivit. En 2008, 7200 personnes avaient demandé à être candidats (et 1700 avaient été disqualifiées). Le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques (PIDCP) dont l’Iran est signataire, affirme pourtant les droits de chacun, sans distinction de « race, couleur, sexe, langue, religion, opinion politique, origine nationale ou sociale, naissance ou autre statut.
L’article 25 énonce en effet que « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l'article 2 et sans restrictions déraisonnables: a) De prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis; b) De voter et d'être élu, au cours d'élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l'expression libre de la volonté des électeurs; c) D'accéder, dans des conditions générales d'égalité, aux fonctions publiques de son pays. »

Déjà en novembre 2011, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, qui supervise l’application du Pacte, avait exprimé son inquiétude sur les restrictions apportées en Iran au droit d’expression, d’association et de réunion, tout comme au droit à participer aux affaires publiques. Le Haut-Commissariat avait, dans la conclusion d’un rapport, mentionné la fermeture de journaux et d’associations de journalistes iraniens, d’arrestation de journalistes, de rédacteurs de presse, de réalisateurs et de personnes travaillant dans les media en général. Il dénonçait aussi la surveillance d’Internet, de son usage et de ses contenus, le blocage de nombreux sites Web publiant des actualités et des analyses politiques, ainsi que les ralentissements délibérés de la vitesse de connexion, et le brouillage des émissions étrangères par satellite que l’on avait pu observer lors des présidentielles de 2009. L’ONG appelle donc, une fois de plus, l’Iran à assurer la sécurité des journalistes dans l’exercice de leur profession, sans qu’ils soient menacés de représailles judiciaires, et de « relâcher, réhabiliter et dédommager » les journalistes arbitrairement détenus. Elle demande aussi à ce que la surveillance d’Internet ne contrevienne pas à la liberté d’expression et au respect de la vie privée.

Le Haut-Commissariat a aussi fait part de ses préoccupations concernant les conditions requises pour être candidat aux élections législatives, et du droit donné au Conseil des Gardiens de la Révolution de rejeter les candidatures. Les infractions rencontrées au cours de la campagne de 2009 ont été rappelées et énumérées : le refus des observateurs internationaux au moment des élections ; le blocage des téléphones portables et de l’accès aux réseaux sociaux sur Internet et aux sites de l’opposition ; les arrestations arbitraires de militants politiques, de ressortissants de minorités ethniques ou de membres de certaines communautés religieuses, d’étudiants, de syndicalistes et de féministes ; l’arrestation de figures de l’opposition en février 2011 ; l’interdiction et la dissolution de deux partis politiques qui réclamaient des réformes. Enfin, il est demandé à l’Iran de réformer sa loi électorale et de « prendre les mesures adéquates pour garantir des élections libres et transparentes, en pleine conformité avec le Pacte, en y incluant la formation d’une commission électorale indépendante. »

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