IRAN : FORTES PRESSIONS POLICIÈRES SUR LES MEDIA ET LES SYNDICATS INDÉPENDANTS


Le 2 janvier, la bloggeuse Rojîn Mohemmedi a été relâchée de la prison d’Evin (Téhéran). Elle était détenue depuis le 23 novembre 2011, accusée de propagande contre le régime. Étudiante en médecine à Manille, elle avait été arrêtée dès son retour, à l’aéroport de Téhéran, et avait été mise au secret dans le carré 2A de la prison d’Evin, contrôlé par l’Armée des gardiens de la révolution islamique (IRGC).
Mais la pression, les intimidations, les arrestations et les jugements arbitraires se poursuivent en Iran, visant particulièrement des militants pacifistes, féministes ou pour les droits de l’homme, ou des bloggeurs.

Ronak Saffarzadeh est une militante féministe kurde, qui participe notamment à la campagne « Un million de signatures pour le retrait des lois discriminatoires envers les femmes ». Elle est aussi membre d’une association qui fait un travail d’éducation et d’alphabétisation des femmes kurdes dans leur langue maternelle, l’Azar Mehr Kurdish Women Society. Le 8 octobre 2008, elle a été arrêtée par les forces de sécurité, parce qu’elle distribuait des tracts qui réclamaient l’éducation en langue kurde et dénonçaient la pratique des « crimes d’honneur » à l’occasion de la Journée internationale de l’Enfance. Les autorités sont venues l’arrêter chez elle, en fouillant sa maison et confisquant ses affaires. Après un an et demi de détention, elle a finalement été condamnée à 6 ans et 7 mois de prison par le Premier Tribunal révolutionnaire de Sanandaj (Sine), le 13 avril 2009 mais a été disculpé du chef d’accusation « moharebeh », ou « ennemi de Dieu » qui lui aurait fait encourir la peine de mort. Elle a cependant été jugée coupable d’appartenance au PJAK et de « propagande contre le régime ». En août 2009, la cour d’appel a confirmé la sentence dans sa totalité et l’a envoyée à la prison centrale de Sanandaj, au milieu des droits communs et non de politiques, ce qui met sa vie en danger, Ronak Saffarzadeh ayant été agressée et blessée à plusieurs reprises.

Un autre militant des droits de l’homme, Muhammad Sediq Kaboudvand a été transféré à l’hôpital de la prison de la prison d’Evin où il est détenu depuis 5 ans. M. S. Kaboudvand a été arrêté en 2007 et condamné à 10 ans de prison pour « atteinte à la sécurité nationale » ayant fondé et dirigé la Défense de l’organisation des droits de l’Homme du Kurdistan, et était aussi le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Payam-e Mardom, magazine bilingue en persan et kurde, qui traitait de questions politiques, sociales et culturelles. Il avait écopé d’une peine supplémentaire d’un an pour « propagande contre la République islamique ». Son épouse, interviewée par le journal Zamaneh a indiqué qu’en 54 mois, aucune permission ne lui avait été accordée et que durant 2 ans, toute visite individuelle lui était interdite. Muhammad Sediq Kaboudvand est en mauvaise condition physique, ce qui nécessite des interventions chirurgicales, à la fois du cœur et de la prostate.

La Cour suprême a par ailleurs confirmé la peine de mort de deux prisonniers politiques kurdes, selon des sources locales relayées par la Campagne internationale pour les droits de l’Homme en Iran. Le 22 décembre 2010, Zanyar Moradi et Loghman Moradi, détenus à la prison Rajaee Shahr de Mariwan, avaient été condamnés par la 15ème chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, en tant que moharebeh (ennemi de Dieu) et pour le meurtre du fils de l’imam de Mariwan.

Ayant pu s’entretenir brièvement avec sa famille, par téléphone, Loghman Moradi a confirmé ce verdict, en ajoutant que puisqu’il ne lui a été signifié qu’oralement et non par écrit, il espérait encore en une tentative d’intimidation. L’avocat des deux prisonniers a exprimé lui aussi sa surprise en apprenant ces condamnations.

Loghman Moradi et Zanyar Moradi avaient auparavant déclaré dans des lettres qu’ils ont pu adresser à l’extérieur, que tous leurs aveux avaient été extorqués sous la torture. S’exprimant au sujet de l’accusation de meurtre du fils d’un mollah de Mariwan, le père de Zanyar étale les irrégularités et l’aspect très artificiel de ce dossier : « Mon fils a été arrêté il y a 20 mois, et c’est seulement 17 mois après qu’il a été accusé de meurtre et de terrorisme. Mais tous les gens de Mariwan, et même la famille de la victime, savent bien que ce n’est pas Zanyar et quelques autres de ces jeunes qui ont fait cela. Tous les gens de Mariwan et même la famille de la victime savent que ces cas récents de meurtres ne sont rien d’autre que le fait du régime, et que cela n’a rien à voir avec ces jeunes. »

De même, le père de Loghman Moradi, Osman Moradi a confirmé le caractère tardif des accusations : « Durant les 9 premiers mois qu’il était détenu par les services de renseignements, il n’y avait pas d’accusation de meurtre dans son dossier. Même plus tard, durant les 7 mois où il était en prison, on n’a jamais parlé de cela. Mais ils l’ont ramené au ministère du Renseignement une fois de plus et ils l’ont gardé 25 jours. Il a été torturé et maltraité à un point tel qu’il a reconnu le meurtre. Je veux dire qu’il l’a reconnu pour échapper à une telle situation. Il a fallu 17 mois pour obtenir de lui cette confession. »
De façon générale, toute forme d’opposition ou de protestation, qu’elle soit politique ou sociale, encourt les foudres du régime qui ne faiblit pas dans le durcissement de sa répression. Les régions kurdes, comme toutes celles abritant de fortes minorités ethniques, sont particulièrement visées. Ainsi, Human Rights Watch a dénoncé, le 31 janvier l’arrestation de plusieurs dizaines de syndicalistes à Téhéran, dans la province de Kurdistan et dans la ville de Tabriz. « Les syndicats indépendants ont joué un rôle clef dans la protection des travailleurs, sous la présidence de Mahmoud Ahmadinjad » explique Joe Stork, responsable du département Moyen-Orent à HRW. « Ces récentes arrestations sont dans la continuité d’une longue et répugnante tradition qui prend pour cible ces syndicats indépendants pour assurer un total contrôle de l’État sur ces groupes. »

Toute contestation de cette répression entraîne d’autres mesures judiciaires. Ainsi, un éminent militant syndical de Sine (Sanandadj, Kurdistan) a été arrêté ainsi qu’un dirigeant de l’Union des travailleurs libres d’Iran. Ce dernier a été arrêté après qu’il se soit rendu au bureau du procureur de Sanandadj pour s’enquérir du sort de deux autres syndicalistes arrêtés en début de mois.

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