Nettoyages ethniques en Union soviétique (1935-1953)


"De la répression de classe à la répression ethnique
Au début des années 1930, ayant consolidé son pouvoir, Staline s'engage, notamment après l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934, dans une répression tous azimuts de plus en plus violente, appelée la Grande Terreur. Cette "épuration" est d'abord idéologique – c'est un politicide –, mais elle se colore peu à peu d'une dimension ethnique affirmée. Staline s'attaque, entre autres, à l'éradication violente des "survivances du féodalisme et du tribalisme" esquissant un "nettoyage" qui est à la fois idéologique et ethnique. Les peuples visés étant considérés dans leur ensemble comme coupables, émergent simultanément "la catégorie de 'nation ennemie' et la pratique du nettoyage ethnique" (Martin, 2001, p. 311). Entre 1935 et 1938, au moins huit nationalités sont concernés (Polonais, Allemands, Finnois, Estoniens, Lettons, Coréens, Chinois, Kurdes et Iraniens), tous vivent partiellement sur le territoire de l'Union soviétique et d'États voisins. Les membres de ces "nations ennemies" sont réprimés du simple fait de leur appartenance ethnique. À ce seul titre, ils sont arrêtés, déportés ou exécutés en masse. Évidemment, les prétextes ethniques et idéologiques sont étroitement imbriqués, ainsi la dékoulakisation (lutte contre les "propriétaires terriens") ou la sédentarisation forcée des nomades sont autant de luttes idéologiques et nationales. L'ampleur de ces épisodes ne doit pas être sous-estimée, ainsi la sédentarisation forcée des nomades du Kazakhstan aurait fait un million de victimes sur une population totale de quatre millions de personnes en 1926 ! La famille en Ukraine fait plusieurs millions de victimes."

"Les régions frontalières, enjeux et théâtre des "nettoyages":
aux frontières de l'Iran et de l'Afghanistan, un millier de familles kurdes sont expulsées en 1937 et 2 000 familles iraniennes en 1938 (Martin, p. 335). "

"Le bilan de la déportation des "peuples punis"
Outre les peuples caucasiens, Staline fait aussi déporter en 1944, 185 000 Tatars, 120 000 Moldaves, soit 7% de la population de cette république, 86 000 Turcs Meshkètes (de Géorgie, qui vivaient au nord de l'Adjarie actuelle), 15 000 Grecs, 12 000 Bulgares, près de 10 000 Arméniens de la presqu'île de Crimée, mais aussi des Lituaniens, des Lettons, des Estoniens, des Kurdes, etc. Au total, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la mort de Staline en 1953, les déportés ethniques se comptent encore par centaines de milliers. Si l'on retient le chiffre d'un million entre 1944 et 1945 et de 800 000 entre 1946 et 1953, ce sont, en tout, 1,8 million de personnes qui sont déportés sur des critères ethniques (et encore, ce chiffre n'inclut pas les Polonais expulsés vers la Pologne en 1945-1946). "

Auparavant, au sujet du conflit du haut Karabagh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan actuels, il est rappelé que

"le corridor de Latchine (district de Latchine et de Khelbadjar), c'est-à-dire tout l'espace compris entre l'enclave et l'Arménie" est "une zone peuplée de Kurdes, neutres dans ce conflit, d'où les Azéris ont été chassés et qui est ponctuellement recolonisée par les Arméniens pour assurer la continuité de peuplement arménien entre ces deux territoires."

Stéphane Rosière, Le Nettoyage ethnique. Terreur et peuplement (Ellipses).

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