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KURDISTAN D’IRAK : EXXON SIGNE UN IMPORTANT CONTRAT AVEC LA RÉGION


La société américaine Exxon Mobil a signé le 11 novembre un contrat avec le Gouvernement régional du Kurdistan, ce qui marque une étape importante dans la politique énergétique du Kurdistan et de son bras de fer avec Bagdad, sur cette question.

En signant avec le GRK, Exxon prend ainsi le risque de devoir renoncer à d’autres accords, devant être conclu, cette fois avec l’Irak, dont ceux concernant les riches champs pétroliers de Qurna. Abdul Mahdy Al Amidi, le directeur des contrats du ministère du Pétrole irakien a indiqué à l’agence Reuters que son gouvernement avait écrit à trois reprises à Exxon, le mois dernier, pour les avertir des conséquences qu’un contrat signé avec le GRK aurait sur les autres contrats irakiens.

Jusqu’ici, la Maison Blanche n’a cessé de mettre en garde les sociétés américaines afin de les dissuader de passer des accords directement avec Erbil, sans l’aval de Bagdad. Si les raisons invoquées concernent les mesures de rétorsion que le gouvernement central peut adopter ensuite envers les sociétés étrangères auant passé outre, on peut y voir aussi la volonté politique des Etats-Unis de ne pas encourager une gestion indépendante des Kurdes de leurs propres ressources pétrolières.

D’un autre côté, des observateurs font remarquer qu’un conflit avec la puissante société Exxon ne serait peut-être pas profitable au Premier Ministre Nuri Maliki, qui fait face à plusieurs frondes politiques internes que cela viennent des Kurdes, des sunnites ou des chiites eux-mêmes. De plus, l’annonce de l’accord vient une semaine après une visite du Premier ministre du Kurdistan, Barham Salih, qui a rencontré à la fois des responsables américains et irakiens, ce qui peut faire penser à une médiation américaine.

Une des raisons de cet assouplissement de la politique des Etats-Unis à l’égard des contrats passés avec le GRK est que tous les accords concernant le forage dans les régions irakiennes sont encore en suspens et ce depuis un an. Les compagnies d’exploitation pétrolière pourraient être ainsi tentées de prendre le risque de jouer la carte kurde, celle-ci s’avérant plus rapidement rentable. Les conditions offertes par le Kurdistan ne diffèrent pas des contrats signés avec l’Irak, mais le facteur de risque concernant l’instabilité politique et la sécurité joue évidemment en faveur du Kurdistan, qui a signé 40 accords depuis la chute de Saddam Hussein, Exxon étant son plus gros client.

Les experts notent par ailleurs que jamais l’intérêt des investisseurs pour les ressources kurdes n’a été aussi grand. Selon les estimations de plusieurs instituts et compagnies américaines, le Kurdistan pourrait figurer dans les 10 premiers sites de réserves pétrolières mondiales. Parmi les facteurs jouant contre le Kurdistan, son conflit avec Bagdad qui refuse toujours de reconnaître comme valides les contrats passés sans son accord. L’autre handicap est l’insuffisance des infrastructures.

Le 12 novembre, le vice-premier ministre Hussein Al-Sharistani, qui a en charge les questions énergétiques après avoir été ministre du Pétrole dans l’ancien cabinet, a annoncé que la société Exxon avait éte mise en demeure de choisir entre les contrats kurdes et l’accord déjà existant concernant le pétrole du gisement de Qurna-Ouest, un des plus importants de l’Irak.

Le 13 novembre, le ministre kurde des ressources naturelles, Ashti Hawrami, répliquait dans une conférence de presse donnée à Erbil que le contrat passé avec Exxon était une « bonne nouvelle », non seulement pour la Région du Kurdistan, mais pour tout l’Irak. Il a indiqué aussi que l’accord avait été signé le mois dernier, le 18 octobre 2011 et concernait six puits. Le ministre a répondu ne pas savoir si Exxon allait installer des bureaux au Kurdistan ou dirigerait les opérations de son siège de Bagdad. Pour sa part, la Maison Blanche a refusé d’indiquer si elle avait donné son feu vert à la société Exxon pour la signature de l’accord. Mais selon plusieurs sources, dont des sources diplomatiques, jamais des négociations d’une telle ampleur n’auraient été possible sans l’aval, voire le soutien, de Washington.

Le 17 novembre, Ashti Hawrami et Hussein Al-Sharistani étaient attendus tous deux à une conférence à Istanbul, mais le ministre irakien a refusé de répondre aux questions des journalistes concernant une rencontre avec Ashti Hawrami. Par contre, le Dr. Roj Nouri Shawis, un des vice-premier ministre d’Irak a déclaré à Reuters que son gouvernement se montrait assez optimiste sur une conciliation prochaine entre Erbil et Bagdad et qu’il ne croyait pas à une annulation des contrats passés entre Exxon et l’Irak.

Le 22 novembre, à l’occasion d’une visite à Tokyo, le ministre irakien du Pétrole, Abdul Karim Luabi a déclaré avoir écrit, ainsi que le Premier Ministre Maliki à la société Exxon et qu’ils attendaient toujours une réponse. Le ministre n’a pas révélé la teneur des lettres mais le 23 novembre, c’était au tour de Sharistani d’annoncer que son gouvernement envisageait la possibilité de sanctions et allait en infomer Exxon avant toute annonce publique de la société américaine. Hussein Al-Sharistani a par ailleurs nié que le gouvernement des Etats-Unis ait apporté son soutien aux Kurdes, en affirmant que Washington n’était pas au courant des négociations, et que si cela avait été le cas, Exxon aurait été « obligé » de demander l’approbation préalable du gouvernement irakien. Mais le département d’État américain a, lui, indiqué avoir « averti » Exxon comme d’autres firmes sur les risques encourus, sans vouloir préciser si des entretiens particuliers avaient eu lieu à ce sujet.

L’affaire a pris évidemment une tournure politique qui va bien au-delà des simples questions énergétiques, alors que les Etats-Unis se préparent à retirer toutes leurs troupes d’Irak. Jafar Atay, directeur à Manar Energy Consulting, spécialiste du secteur irakien, juge que si l’accord peut être jugé comme un ferment de divisions en Irak ou bien un pont entre Erbil et Bagdad, selon que la situation évolue vers l’apaisement ou la dissension. Altay prévoit aussi une longue bataille juridique entre l’Irak et Exxon si des contrats étaient annulés. « Il se peut qu’Exxon parie sur le long terme. Shahristani est le « faucon » de ce cabinet, aussi Exxon espère peut-être qu’il finira par le quitter et que d’autres contrats pourront être signés. Ils voient qu’actuellement, les meilleurs conditions sont offertes par le Kurdistan. »
Qurna-Ouest n’a pas en effet une bonne réputation concernant les retours sur investissement dans les milieux pétroliers ce qui a pu décidé Exxon à choisir la carte kurde. Mais Exxon s’est refusé à tout commentaire duant tout le mois. Le 28 novembre, le ministre du Pétrole irakien annonçait que les trois lettres envoyées par son gouvernement à la société étaient restées sans réponse, et que Bagdad allait écrire une quatrième fois. Le président de la Région du Kurdistan, Massoud Barzani, a, pour sa part, affirmé que Nuri Maliki avait été mis au courant de la signature de l’accord avec Exxon.

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