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Guerre et paix dans le Proche-Orient médiéval


Du 15 au 18 décembre 2011, au Caire, colloque international "Guerre et paix dans le Proche-Orient médiéval" organisé par Sylvie Denoix (Ifao), Mathieu Eychenne (Ifpo), Stéphane Pradines (Ifao), Abbès Zouache (Ifao, Ciham Umr 5648), Institut français d'archéologie orientale du Caire - Institut français du Prche-Orient.


Auditorium de l’Institut français d’Egypte, rue Madrasat al-Huquq al-Firansiyya à Mounira.

Programme :

Jeudi 15 décembre.

14 h : Introduction, Mathieu Eychenne et Stéphane Pradines.


Après un premier colloque (Damas, 2010) proposant une réflexion historiographique, l’équipe Ifao-Ifpo organise une deuxième manifestation consacrée à la guerre et à la paix. C’est en tant que phénomènes culturels et sociaux qu’ils seront envisagés, en adoptant une démarche pluridisciplinaire (historique, archéologique, anthropologique...) seule à même d’aider à comprendre en quoi ces phénomènes modelèrent en profondeur les sociétés proche-orientales, du ive/xe au ixe/xve siècle. Cinq axes ont été privilégiés : 

1. la paix : un processus évolutif

À bien des égards, l’étude de la paix fait figure de parent pauvre de l’historiographie contemporaine. Il faut dire que le concept ne se laisse pas définir aisément. C’est sans doute pourquoi la plupart des études s’y étant attaché se sont contenté de chercher à la définir ou de l’étudier dans le seul cadre des relations diplomatiques. Sans négliger de telles approches, nous nous proposons d’appréhender la paix en tant que processus évolutif d’une part, dans son interaction permanente avec la guerre d’autre part.…  

2. fortifications, culture matérielle et patrimoine 

Les forts, les citadelles et les enceintes urbaines démontrent, localement, la volonté du pouvoir central de protéger une route, une frontière ou une ville. Les fortifications sont érigées dans les zones que le pouvoir pense devoir défendre, qu’il s’agisse d’une zone où le risque est le plus grand, ou d’un espace stratégique qu’il ne faut surtout pas perdre. Elles sont l’expression des pouvoirs en place et des tensions régionales, et c’est en tant que telles qu’on les envisagera prioritairement…

3. sociétés en guerre

Il est bien connu que la guerre est un phénomène social omniprésent au Proche-Orient médiéval. En effet, les sociétés proche-orientales étaient organisées en grande partie par et pour la guerre. Sans doute peut-on parler de la lente diffusion, dans l’ensemble de la société, d’une culture de guerre propre aux élites militaires et aux armées placées, à partir du ve/xie siècle, au cœur de l’organisation sociale, administrative et économique. Des moyens colossaux furent consacrés à la guerre, grevant les budgets et bouleversant jusqu’aux structures urbaines. Mal connus, ces bouleversements, de même que les conséquences de la guerre sur le développement du monde rural, méritent des analyses poussées…

4. les femmes et la guerre

Ces manifestations touchaient l’ensemble des acteurs du champ social, et notamment les femmes. Le combat guerrier était en effet une affaire d’homme et l’historiographie semble autorisée, dans ce cas, à les oublier ou, au mieux, à produire des lieux communs (captives rédui- tes en esclavage et entraînées dans les harems des vainqueurs). Et pourtant, à y bien regarder, si les femmes ne portaient pas les armes, elles ont pu apparaître sur les champs de bataille : s’occuper des blessés, des morts, était souvent leur rôle. Certaines questions logistiques leur étaient aussi dévolues…

5. corps en guerre

Plus largement, réfléchir sur les corps dans la guerre permettra de repenser l’expérience guerrière comme une expérience humaine – l’histoire-bataille comme la New Military History plus récente avaient tendance à promouvoir une « guerre sans les corps », quelque peu désin- carnée. Une expérience au long cours, pour les guerriers, car leurs corps étaient patiemment for- gés pour la guerre. La professionnalisation des combattants, de plus en plus marquée du xe au xve siècle, imposait un entraînement poussé à des hommes dont les sources révèlent qu’ils répétaient inlassablement les mêmes gestes avec une efficacité souvent redoutable. Cette formation au combat, à la souffrance et aux sacrifices n’ont pas réellement été interrogés par les analystes de la guerre…

1. la paix : un processus évolutif


14 h 30 : Traiter de paix en temps de guerre. L’activité diplomatique pendant les campagnes militaires de l’empereur byzantin (xe-xiie siècles), Nicolas Drocourt, université de Nantes.


La diplomatie médio-byzantine (viie-xiie s.) est souvent considérée comme une diplomatie centralisée et palatine. Si l’empereur reçoit les délégations étrangères dans sa capitale ou envoie ses propres ambassadeurs depuis le Grand Palais, force est de constater qu’il poursuit aussi son activité diplomatique en dehors de Constantinople. Les campagnes militaires et déplace- ments impériaux sur les marges frontalières de l’Empire sont en effet l’occasion de déployer une telle activité qui, en fait, semble incessante. Au-delà de critères idéologiques conduisant les Byzantins à afficher leur préférence de la paix par rapport à la guerre, cette diplomatie en contexte de tensions militaires rappelle aussi, de fait, l’étroitesse des relations entre guerre et paix. Elle soulève en outre plusieurs questions : le choix des émissaires dans de tels contextes, le respect de leur immunité, le secret militaire, tout comme la part de représentation du pou- voir qui se donne à voir dans de telles conditions, et la volonté, réelle ou feinte, du souverain à traiter de paix.

15 h : The Trade with Enemy : The Paradox between Rhetoric of War, Economic Necessities,and Religious Warnings, Byzantium and Muslim world, Al-Amin Abouseada univ. de Tanta.

15 h 30 : Maintien de la paix et protection du territoire : le réseau fortifié égyptien, Stéphane Pradines (Ifao), Osama Talaat (univ. du Caire, univ. d’Aden), Tarek el-Morsi (chercheur-associé, Iremam)

Comment défendre la paix et la maintenir sur le territoire égyptien ? Nous allons essayer de répondre à cette question en analysant le rôle des fortifications égyptiennes sur la longue durée, des Tulunides aux Ottomans.

16 h 00 : L’armée du jour ou l’armée de la nuit ? Préparation de la guerre, mobilisation des ressources et opposition politique dans le sultanat mamelouk, Julien Loiseau IUF, univ. Montpellier III .

Régime militaire de par son organisation collective, son discours en légitimité et son rap- port au reste de la société, le sultanat mamelouk était un État de guerre, sorti tout armé des épreuves qui frappèrent le Proche-Orient au milieu du xiiie siècle. Passée sa victoire inespérée sur les Mongols en 1260, sa survie assurée avec l’intégration des principautés ayyoubides de Syrie, le régime est parvenu à élaborer les conditions techniques et politiques de sa pérennité. C’est le sens de la refonte de l’iqṭāʿ, principale modalité de mobilisation des ressources du pays, désormais révocable, non-héréditaire et strictement indexé à la nouvelle hiérarchie militaire.

16 h 30 : pause.

Villes en guerre

17 h 00 : La ville en guerre et la guerre dans la ville : Bagdad et les Bagdadiens entre sièges, combats et retours à la paix pendant la période seldjoukide (milieu Ve/XIe – milieu VIe/XIIe siècles), Vanessa Van Renterghem, Ifpo.

Aux Ve/XIe et VIe/XIIe siècles, la guerre représentait une donnée quasi-permanente de la vie des Bagdadiens sous domination seldjoukide. Au-delà des révoltes et affrontements opposant diverses fractions de la société urbaine, les habitants de la capitale abbasside devaient pério- diquement faire face à l’arrivée de troupes étrangères cherchant à conquérir la ville afin de forcer le calife régnant à reconnaître le pouvoir de leurs chefs. Ces attaques pouvaient donner lieu au siège de la ville, pourtant incomplètement fortifiée ; elles entraînaient des combats au sein même de l’espace urbain et se soldaient bien souvent par des pillages et destructions tou- chant durement certains quartiers. D’autre part, à partir du moment où les califes abbassides se dotèrent à nouveau d’une armée, dans les premières décennies du vie/xiie siècle, ils firent périodiquement défiler leurs troupes pour des revues, ou à l’occasion de départ en expédition ou de retours triomphaux. La guerre et ses professionnels faisait ainsi partie de la vie bagda- dienne même en temps de paix ou en l’absence de combats.

17 h 30 : Damas en 1300 Ville et populations en contexte de guerre à l’époque mamelouke, Mathieu Eychenne (Ifpo).

Massacres, chaos et ruine sont les éléments incontournables du discours stéréotypé adopté par les auteurs de l’époque mamelouke décrivant les villes assiégées. Au delà de l’anecdote, rares sont les récits qui nous permettent de nous représenter la réalité d’une ville en guerre à cette époque, le fonctionnement de sa société tout comme l’impact des combats sur l’organisation urbaine et les édifices eux-mêmes.

18 h : Topographie d’une guerre civile. La fitna d’al-Ẓāhir Barqūq à Damas (791/1389-793/1391), Élodie Vigouroux docteur, univ. Paris IV Sorbonne, chercheur associé Ifpo.

L’occupation de Damas par Tamerlan durant l’hiver 1400 est reconnue par les historiographes témoins des événements comme un cataclysme, ultime avatar de la menace mongole qui plannait sur la ville depuis un siècle et demi. Bien souvent, à la lecture de ces sources, les historiens contemporains s’accordent à dire qu’à cette occasion la ville fut détruite et que jamais elle ne put réellement se relever de ses cendres. Cette analyse doit être remise en cause car elle ne prend pas en considération un épisode, certes moins fameux, mais pourtant d’une importance tout aussi considérable dans l’histoire de la ville: la guerre civile ou fitna survenue au début du règne du premier sultan circassien al-Ẓāhir Barqūq. Les combats intenses se déroulant au cœur même de la ville entre 791/1389 et 795/1393 doivent avoir bouleversé le paysage urbain bien avant que les troupes tatares ne menacent la ville. Ibn Ṣaṣrā, historien damascène témoin des événements, tel un reporter de guerre, nous présente dans son ouvrage intitulé al-Durra al-Muḍī’a fī l-Dawla al-Ẓāhiriyya, un récit vivant des affrontements, d’une rare qualité, riche en détails techniques, tactiques et topographiques nous permettant d’entrevoir, non seulement le déroulement des faits mais également de tenter d’estimer les dommages subis. En croisant ce témoignage avec celui d’un autre contemporain Ibn Ḥiğğī, il nous sera possible de dresser un état des lieux de Damas peu avant Tamerlan, permettant, à l’avenir, d’évaluer l’impact réel des événements de 1400.

18 h 30 : Text of ʿImād al-dīn al-Isfahānī on the Walls of Salaḥ al-dīn, around the Fatimid Cairo and al-Fusṭāṭ. An Analytic Study (en arabe), Osama Talaat (univ. du Caire, univ. d’Aden).


Vendredi 16 décembre


Fortifications et représentation du pouvoir 

9 h : The Fortifications of Ascalon from in the Byzantine, Early Islamic and Crusader Periods, Denys Pringle Cardiff University.

The walls of Ascalon, as described by William of Tyre at the time of the Frankish capture of the city in 1153, would have represented one of the most advanced examples of military en- gineering of their day, the immediate result of refortification carried out by the Fatimids to defend a military outpost thrust into the southern flank of the emerging kingdom of Jerusalem. Yet deliberate desructions carried out in 1191, 1192, 1270 and 1832 have left little remaining of them. What does survive, consisting of fragmentary remains still in situ and a number of di- sarticulated lumps of masonry, indicates that they contain masonry from a number of different periods, including Byzantine, Umayyad, Abbasid and Fatimid as well as at least two distinct phases of Frankish rebuilding. This paper presents an interim report of on a project aimed at disentangling the building phases on the basis of historical and archaeological research.

9h 30 : The Fortification Works of Nūr al-dīn at the Citadel of Šayzar, Cristina Tonghini (univ. Ca’ Foscari di Venezia)

With this paper I propose to illustrate some of the results of a project of archaeological investigation underway since the year 2002 at the site of Shayzar, in central Syria : Progetto Shayzar : study of a fortified settlement in Bilad al-Sham.

10 h : Tinnis as a strategic location in the 12th-13th c, Alison Gascoigne (Univ. of Southampton).

The city of Tinnis in the northeast Nile Delta was very strategically located for trade and travel. The city was thus the site of considerable, sporadic conflict from the time of its increasing economic importance in the ninth century culminating with the Crusades. The various functions of the city, specifically as a way point on the Cairo-Jerusalem route, as a port and as a major manufacturing centre, created tensions in terms of its security, and these tensions were ultimately behind the abandonment of the site in the early thirteenth century.

10 h 30 : Eastern Fortifications of Rosetta in the Mamluk and Ottoman Periods, Ahmad al-Shoky (univ. ‘Ayn Shams) 

11 h : Fortification et représentation du pouvoir dans la Syrie ayyoubide et mamelouke, Cyril Yovitchitch Ifpo.

Il est coutume de considérer la fortification sous ses aspects défensifs ou offensifs et d’en étudier les organes qui concourent à sa puissance militaire. La présente communication s’at- tache à un autre versant des fonctions de ces édifices qui réside non pas seulement dans leur capacité à protéger, à résister à une attaque, mais aussi dans la démonstration de la puissance du commanditaire. Car, en temps de guerre ou en temps de paix, les fortifications étaient également des lieux privilégiés d’expression du pouvoir à l’intention des administrés comme des ennemis.

11 h 30 : pause.

12 h :  Les données épigraphiques des fortifications islamiques du Bilād al-Šām (XIe-XIVe siècles),  Francesca Dotti (doctorante, EPHE)

Au cours des XIe-XIVe siècles, dans les territoires de la Grande Syrie, l’arrivée des Croisés et des dynasties de lignage turc, a transformé ces régions en terrains de bataille et de provoqué de fréquents bouleversements sociopolitiques. La nécessité d’établir et maintenir le contrôle de zones, villes et sites d’importance stratégique, a stimulé les activités de construction de nature militaire, soit par des renforcements de fortifications préexistantes ou par la fondation de nouvelles installations fortifiées dans les zones urbaines et suburbaines de ces territoires. Les travaux d’édification et de restauration d’ouvrages islamiques sont souvent attestés par une riche documentation épigraphique en langue arabe. Il s’agit, pour la plupart, d’inscrip- tions destinées à marquer les différentes prises de possession des château-forts de la part des souverains et à légitimer le pouvoir symbolique sur les districts administrés.

12 h 30 : Conserving the Eastern City Walls in Cairo (2000-2010), Christophe Bouleau, Aga Khan Trust for Culture.
The Aga Khan Trust for Culture, the cultural agency of the Aga Khan Development Network, has embarked, simultaneously to its creation of the 30ha Al-Azhar Park, on a multi-year urban rehabilitation program of the declining district of Al-Darb al-Ahmar in Cairo associating physical rehabilitation of city walls, monuments, open spaces, housing and infrastructure with social initiatives in the fields of health, education, vocational training and microfinance. The program, after 10 years of development, has reached a critical mass of social changes in the urban area.

À l’assaut : L’armement, sa représentation et son usage


14 h 30 : La Symbolique du Mamlūk : combats simulés et pratiques guerrières en temps de paix, Agnès Carayon doctorante à l’université de Provence.

Dynastie d’esclave, nés paīens, les Mamlûks ont sans doute plus que tout autre été confrontés à un problème de légitimité. Ce fut grâce à leurs faits d’armes qu’ils justifièrent dans un premier temps leur accession au pouvoir, car ils étaient alors les seuls capables de défendre le dār al-islam face à la menace extérieure, croisée ou mongole. Cependant, ils eurent aussi besoin d’actes symboliques forts qui les imposent sur le trône en dehors des champs de bataille.

15 h : Art and War in The Ayyubid and Mamluk Periods « A comparison Study », Rehab Ibrahim (univ. du Caire).

Art is mirror of its age, it reflects the different faces of the Political, Economical and Social status. So it was regular that the various types of arts in Egypt and Syria had been affected by the important events which they got through from the crusades to the Mughal invasion, as it causes lot of wars from the end of the Fatimid to the Mamluk period.

15 h 30 : «Take Shavings of Rawhide»: Finding Mamluk Examples of al-Tarsusi’s Style of Hardened Leather Helmet in the Citadel of Damascus,  David Nicolle (Univ. of Nottingham).

A few years ago a remarkably large number of apparent helmets and other rigid or semi- rigid forms of headgear were found along with a similarly remarkable variety of other military equipment in one of the southern towers of the Citadel of Damascus. The majority were made of several layers of hardened leather. At least one was made a single layer of leather which may not originally have been hardened. A smaller number were made of many small blocks of wood, covered and held together with several layers of cloth and gesso (plaster). One was made of a smaller number of vertical segments of thicker wood, rather like a form of earlier medieval European and Asian helmet known as a spangenhelm. All the wood-lined and some of the leather helmets were also decorated, usually by being painted or varnished and having Arabic inscriptions around their rims. A smaller number were decorated with circular cartouches containing a well-known emblem generally known as The Lion of Baybars.


16 h : Impact of Firearms on Mamlūk Military Architecture, Tarek Galal université du Caire.


Samedi 17 décembre :


Des hommes, des femmes dans la guerre

9 h 00 :  Les caractéristiques militaires des Turkmènes (XIe-XIIIe siècles), Omeima Hasan (université de Ṭanṭa)

Vers la fin du dixième siècle les groupes principaux d’Oghuz se convertissent à l’Islam, et sont dès alors connus sous le nom de Turkmènes. Dans la première moitié du XIe siècle, les Turkmènes traversent l’Iran, l’Azerbaïdjan, l’Iraq, et la Syrie, sur la route traditionnelle des invasions aboutissant, à travers l’Arménie, en Asie mineure.

9 h 30 : Brigands ou guerriers kurdes ? Au-delà des lieux communs, une loi non-écrite de la tribu, Boris James (doctorant, univ. Paris x Nanterre, Inalco).

À travers toute l’historiographie arabe médiévale, les Kurdes apparaissent au mieux comme des combattants impitoyables au pire comme des bandits invétérés. Déplorant de ne pas les voir s’unir contre la menace mongole, l’auteur et administrateur mamlouk Shihâb al-dîn b. Fadlallah al-ʿUmarî (m. 749/1348-49) ne manque pas de décrire cet état de guerre permanent régnant entre les tribus kurdes. Il s’agit certes d’un stéréotype, mais on ne peut nier par ailleurs, la réalité (la réalisation) sociale d’une telle image. Premièrement les Kurdes sont un peuple bédouin. Et au regard de la théorie khaldounienne (xive siècle), il n’y a de peuple bédouin que guerrier. Ensuite la guerre et ses formes mineures (raids, rapines, pillages...) sont des modes économiques au même titre que l’agro-pastoralisme en vigueur chez les Kurdes au Moyen-Age. C’est une manière d’accéder aux ressources très souvent privilégiée par les acteurs. Enfin l’image des Kurdes guerriers et brigands révèle l’existence d’un ordre social et politique spé- cifique. Sans aller jusqu’à l’idée d’un équilibre guerrier, les tribus kurdes s’inscrivent de fait dans une économie sociale régie par une loi non-écrite de la guerre et de la paix. Cet ordre a travaillé le territoire des Kurdes jusqu’à exclure les pouvoirs centraux jaloux de leur tutelle sur ces régions.

10 h : La distinction entre civils et soldats dans les traditions juridiques de l’Islam médiéval, Makram Abbès (Mcf, Ens-Lsh, Lyon).

Bien qu’elle semble absente des pratiques militaires propres aux mouvements jihadistes se réclamant à l’heure actuelle des textes religieux de l’islam, la discrimination entre les com- battants et les non-combattants figure bien dans les traités juridiques classiques et constitue l’un des piliers de la réflexion des juristes sur la légitimité ou l’illégitimité de tuer l’ennemi selon son statut de civil ou de militaire. L’objectif de l’intervention est de montrer comment ce principe est souvent maintenu dans une littérature qui, pourtant, désigne l’ennemi sur des bases religieuses et l’identifie à l’infidèle ou au polythéiste. Par ailleurs, de nombreux cas relevant du droit dans la guerre (les zones de combat, les prisonniers blessés, les ruses de guerre, etc.) montrent que cette distinction est insérée dans plusieurs normes qui entrent en conflit les unes avec les autres, et qu’elle est, par conséquent, au croisement de nombreuses logiques qui se déterminent à partir du droit, de la morale ou de la politique.


10 h 30 : « Rendre la justice en temps de guerre Les juges de l’armée d’après les sources biographiques et normatives », Mathieu Tillier (Ifpo).

La guerre a ses rituels et ses lois. Une armée, dès lors qu’elle ne se réduit pas à une simple bande de pillards désorganisés, se doit de maintenir une cohésion interne propre à assurer son efficacité militaire face à l’ennemi et le maintien de l’ordre en temps de paix. Cette cohésion est en grande partie assurée par la hiérarchie militaire, qui impose à tout soldat l’obéissance à son supérieur. Malgré cette structure hiérarchique, les tensions traversant la société militaire sont susceptibles de la déstabiliser. Pour que la concorde règne au sein de l’armée, les rivalités et les disputes entre soldats se doivent d’être examinées et jugées par un tiers. Les infractions aux ordres doivent être sanctionnées. La question de la justice au sein des armées musulmanes est d’autant plus cruciale que l’Islam se présente, dès les premiers siècles de l’hégire, comme une re-ligion de la Loi, et qu’il se répand dans le cadre d’un large mouvement de conquêtes militaires.


11h 00 : Women and the Military in the Fatimid Period, Delia Cortese (Middlesex University, London)

My main aim in this paper is to explore the variety and levels of interaction that women of the Fatimid court entertained with the military apparatus of the Fatimid regime. While focusing in particular on the relationship between the Fatimid princess Sitt al-Mulk (d.414/1023) and the qaysa- riyya army squadron, I will also look at the motivations behind other instances of women’s collusion with the army. Comparisons will be drawn with women’s involvement with military matters in other pre-Ottoman Islamic dynasties. This analysis will serve as a basis to reflect on the royal women’s active involvement in influencing dynastic succession politics as well as reconsider issues of passivity and marginality stereotypically associated with women of the pre-modern Islamic world.


Travesti, violenté et mutilé : le corps du guerrier 


12 h : Le corps ciblé : blessures et mutilations pendant les batailles, Ve-VIe / XIe-XIIe siècles, Abbès Zouache (Ciham Umr 5648 & Ifao)

Longtemps opérationnelle et centrée sur la stratégie et la tactique des armées, l’histoire de la guerre au Proche-Orient connaît, depuis quelques années, un véritable bouleversement : elle s’occupe désormais avant tout de l’expérience de guerre des hommes, de leurs émotions et de leurs souffrances.

12 h 30 : Slaying Goliath : Toward an Interpretation of the Mutilation of Corpses after Battle in Medieval Islam (4th/10th-9th/15th c.), Christian Lange (univ. of Utrecht).

In the chronicles of high-medieval Islam (4th/10th-9th/15th c.), reports about the mutila- tion and desecration of corpses of slain enemies can frequently be found. This is a somewhat morbid and unpleasant, occasionally distressing topic, but it is not without interest to ask about the social meaning of such practices in the context of war, what kind of justifications for, or arguments against, these practices were marshaled, and what sort of images and emotions they may have evoked. In this paper, I shall attempt to give a contextualized interpretation of a number of salient historical examples, focussing in particular on the practice of decapitating enemies in the wake of battles and of ‘translating’ their heads to other territories of the realm. This may contribute to our understanding of the ‘body at war’ in Islam, how it was used to legitimize warfare and define its meaning. Following in the footsteps of a number of recent studies (Fierro 2009 ; Halevi 2007 ; Mediano 2009 ; Zouache 2009), I also hope to produce insights into what can be termed the anthropology of the corpse in Islam, and of the head in particular.

13 h : The Mongol Body at War, Timothy May (North Georgia College &State University)

The Mongol war machine was one of the most feared and respected armies in history. Often it seemed more a force of nature than an actual army of human beings, yet the human element was all too apparent despite the rhetoric of the Mongol opponents. The mobilization and placement of Mongol units had a dramatic effect on not only Mongol society but other societies in the Mongol Empire, not to mention those on there ceiving end of their attacks. This paper will explore the ramifications of the placement of the tanma on the civilian population. The tanma was a Mongol unit stationed on the frontiers of the empire who held obligations to maintain control as well as to extend Mongol influence. This study will focus on the placement of the tanma units in the Middle East, with a particularly focus on the ones situated in Syria during the Mongol occupation of 1260 as well as the tanma in Anatolia and how they affected the culture, society, and the economies of the regions they affected.

Dimanche 18 décembre : 


D'un corps à l'autre : Du guerrier au martyr

9 h : Le corps manifestant autour des invasions mongoles dans l’orient musulman (1258-1323), Alaa Talbi (doctorant, univ. Tunis-La Manouba)

Cette réflexion s’appuie sur une nouvelle lecture des textes consacrés aux invasions mongoles de l’Orient musulman (1258-1323). Tout en examinant les batailles, l’avancement de l’armée mongole et son contact violent soit avec l’armée (abbasside ou mamelouke) soit avec la population locale et en se basant sur des textes arabes, persans ou syriaques, nous allons tenter d’expliquer les différentes réactions «corporelles» face au danger mongol ainsi que les manières d’exprimer la joie, principalement des populations, après les victoires mameloukes. Ensuite, en appliquant l’approche sociologique de Lipiansky, nous allons démontrer que ces réactions des « corps manifestants » pouvaient être un élément très important qui engageait une certaine identité du «groupe manifestant». Enfin, nous traiterons des phénomènes de déguisement pour se rendre méconnaissable et différent. Dans un texte d’Ibn al-Furāt, le na’ib de Qal`at al-Rūm demande que ses soldats soient habillés comme des Mongols pour faire peur à ses ennemis.

9 h 30 :  L’odeur du guerrier : usage des huiles et des parfums dans les armées de l’islam, Julie Bonnéric (doctorante, Ifpo)

Parfums et huiles parfumées sont abondamment employés en terre d’Islam : fleurs, écorces, huiles et matières animales diverses se mélangent en suaves bouquets afin de figurer un monde paradisiaque. Ces produits de luxe sont toutefois réservés à une élite et demeurent des signes de richesse employés pour séduire femmes ou souverains. Or, certains auteurs médiévaux font mention de guerriers se parfumant avant de partir au combat. Cette pratique peut surprendre dans la mesure où le champ de bataille, foyer d’effluves nauséabonds, n’est pas un lieu où l’on a le loisir de s’inquiéter de son odeur. Dès lors, pourquoi, et pour qui s’oindre de parfum ? Les rôles fonctionnel (dégager une odeur agréable) et social (marqueur d’appartenance à une élite) du parfum ne semblent pas pouvoir être ici convoqués. Lorsqu’il part au combat, le guerrier se prépare en effet à la possibilité du martyre, et le parfum pourrait alors se voir conférer un rôle symbolique et religieux. Le martyr est invité au Paradis et demeure auprès de Dieu jusqu’à la Résurrection. Le guerrier se parfume-t-il afin de préparer son corps à la promesse de cette nouvelle demeure, elle-même renommée pour ses rivières odoriférantes ?

10 h : « The Most Beautiful Body » : the Role of the Body in Martyrdom Narratives, Roberta Denaro (univ. di Napoli « l’Orientale »)

The aim of this paper is to analyze the representations of bodies in martyrdom narratives. Hadith literature sometimes includes short stories about warriors fallen in the battlefield, and I will focus specifically on this typology of martyrdom.

10 h 30 :  Le corps du martyre comme lieu de mémoire: Les pérégrinations de reliques en Méditerranée (IX-XIVe siècles), Giuseppe Cecere (Ifao)

La prédation des reliques était une pratique courante dans la chrétienté médiévale. Peu d’ans après la proclamation du Christianisme comme religion officielle de l’Empire Romain, en 386 apr. J.C, l’empereur Théodose ressenti déjà le besoin de promulguer une loi contre le vol et le commerce des restes sacrés: Nemo martyrem distrahat, nemo mercetur.1 Mais l’interdit ne produit apparemment aucun effet sur une pratique qui semble être en quelque sorte « consubstantielle » au culte des saints. D’un point de vue religieux, le statut du vol de reliques paraît en effet ambigu : en règle générale, une telle pratique était sévèrement blâmée par l’Eglise, surtout lorsqu’elle était motivée par des raisons économiques, mais elle pouvait néanmoins être justifiée quand elle visait à arracher les saintes reliques des mains des « infidèles ». Cela ouvrit la voie à une longue série de « vols pieux », qui étaient bénis par les autorités civiles et religieuses des communauté «d’accueil» des reliques. Dans ce domaine, Venise acquit une suprématie incontestée dans la Méditerranée orientale pendant le Moyen Age : surtout après le sac de Constantinople en 1204, le nombre de restes sacrés provenant du Levant et exposés dans les églises de la ville devint tel que Venise elle-même se transforma en quelque sorte en « étape » du pèlerinage aux Lieux saints. Cela devint un élément non négligeable de la puissance « symbolique » et économique de Venise, d’autant plus après la moitié du xive siècle, quand la ville devint la capitale d’une véritable « industrie » du pèlerinage dans le Levant, avec l’établissement d’un service régulier de galées entre Venise et les territoires mamelouks.

11 h 30 : Conclusion, Sylvie Denoix, Abbès Zouache.

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