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IRAK : TROIS PROVINCES SUNNITES ENVISAGENT DE PRENDRE LEUR AUTONOMIE


Le 2 novembre, dans la province sunnite de Salahaddin, lors d’une rencontre avec des chefs de tribus locaux, le président du parlement irakien, Osama Al-Nujaifi, s’adressant au gouvernement irakien, a réclamé l’autonomie pour les provinces sunnites de Salahaddin, Anbar et Diyala, avant de la proclamer dès le lendemain.

Si la constitution irakienne prévoit que des provinces puissent obtenir une autonomie, et même, en s’unissant, devenir une Région fédérale, à l’instar du Kurdistan, ce processus ne peut se faire que par un référendum dans chaque province concernée. Mais Osama Al-Nujafi accuse l’État irakien de violer lui-même la constitution en ne respectant pas l’équilibre entre les pouvoirs du gouvernement central et ceux des gouvernorats, sans détailler en quoi consistent ces violations.

La capitale de Salahaddin, Tikrit, étant la ville d’origine de Saddam Hussein et toute la province un ancien bastion du Baath, la fronde des Tikriti apparaît surtout comme un défi de nostalgiques d’un régime où ils avaient la première place, à la fois en tant que Baathistes et en tant que sunnites. Ainsi, quelques jours plus tard, l’autre province sunnite d’Anbar menaçait de proclamer à son tout l’autnomie si le gouvernement ne libérait pas 615 anciens membres du Baath, arrêtés récemment pour complot, sur ordre du Premier Ministre Nuri Maliki. Ce dernier a affirmé que les informations qu’il a pu obtenir sur cette conspiration en cours lui venaient du tout nouveau leader temporaire de la Lybie, Mahmoud Jibril. Les rebelles lybiens auraient en effet découvert des documents indiquant que le défunt dictateur Muammar Khadafi soutenait des anciens membres du Baath afin de renverser l’actuel gouvernement d’Irak.

Naturellement, l’annonce a déclenché une vague de critiques de la part du parti au pouvoir comme d’autres partis d’opposition, tel le bloc sunnite Al-Iraqiyya et le mouvement sadriste radical chiite. Le Premier Ministre irakien a rappelé qu’un conseil provincial n’avait pas les pouvoirs de décider de l’aunomie de sa province. Qu’une demande officielle devait être envoyée au gouvernement et au parlement avant de suivre les procédures prévues par la constitution. Pour autant, Nuri Al-Maliki ne s’est pas prononcé comme hostile à une telle démarche, mais a ajouté que cette annonce ne semble être qu’un coup médiatique.

Les chiites sont eux-mêmes divisés sur cette question, certains ne voyant pas d’un mauvais œil l’occasion de s’émanciper à leur tour du pouvoir central. Ainsi, Jawad Al-Jabbouri, un membre du mouvement sadriste a rappelé que cette requête n’avait, en soi, rien de contraire à la constitution.

Ce n’est pas la première fois qu’Osama Al-Nujaifi brandit cette menace. En juillet dernier, lors d’une interview sur la chaîne Al-Hurra, il avait déclaré à un journaliste américain que les sunnites se sentaient comme des citoyens de seconde zone et qu’ils pourraient, à la longue, envisager de se séparer des chiites.

La province de la Diyala n’a pas tardé à suivre le mouvement et 17 membres sur les 19 de son conseil provincial ont menacé à son tour le gouvernement central de déclarer son autonomie si leurs demandes n’étaient pas acceptées, notamment la fin des opérations militaires menées par des « unités étrangères » à ses districts, le terme « unités étrangères » étant une façon de dénoncer à mots couverts la présence des peshermags kurdes dans certaines zones de la province, lesquelles, peuplées en majorité de Kurdes, sont concernées par l’article 140 prévoyant une référendum sur leur rattachement à la Région du Kurdistan. Le conseil de la Diyala demande également la libération des détenus arrêtés pour ‘conspiration’, ainsi que l’arrêt des transfert de prisonniers et de suspects en détention dans d’autres parties du pays, ceci pour éviter les évasions et les soudoiements.

Mais ces initiatives ne font pas l’unanimité parmi les sunnites irakiens, qui oscillent entre la nostalgie d’un ancien Irak centralisé, mais où ils dominaient politiquement, et le refus de la nouvelle domination chiite – plus conforme à la démographie – dans les territoires arabes irakiens. À Fallujah, dans la province d’Anbar, des centaines de personnes ont manifesté contre la création d’une Région sunnite en Irak, à l’image de la Région du Kurdistan et pour dénoncer toute « partition » de l’Irak, au nom des intérêts nationaux. L’organisateur de cette manifestation réclame aussi la remise en liberté de plusieurs centaines de détenus sunnites, en général accusé d’être d’anciens baathistes, encore plus ou moins actifs dans la rébellion.

Le 6 novembre, le gouvernement irakien réduisait le budget prévu pour 2012 de la province de la Diyala, passant de 248 à 148 milliards de dinars irakiens. Les protestations des responsables locaux ne se sont pas faites attendre, la plupart y voyant une mesure de rétorsion aux menaces d’autonomie brandies par le conseil provincial.

Dans le même temps, la question de Kirkouk qui divise Kurdes et Arabes est toujours pendante. et le prochain départ des troupes américaines, qui s’interposaient plus ou moins discrètement entre les forces de l’armée irakienne et les Peshmergas, inquiètent la population comme les autorités. Le président de l’Irak, le Kurde Jalal Talabani, a présenté en début de mois un plan pour redessiner les districts compris dans la province de Kirkouk, l’actuel découpage datant de Saddam Hussein. Le plan présidentiel consiste, en fait, à revenir aux frontières intérieures de 1968, avant que le Baath ait fait en sorte de diviser des régions ethniquement homogènes, surtout kurdes et syriaques, pour les répartir entre des provinces à majorité arabe, comme Mossoul et la Diyala.

Sans surprise, le vice-président du conseil provincial de Kirkouk, un Kurde lui aussi, a approuvé ce plan, indiquant qu’il était une étape vers la normalisation et le retour des régions kurdes « confisquées » par le Baath. Sans surprise non plus, la proposition de Jalal Talabani a été désapprouvée par la liste sunnite Al-Iraqiyya, principal rival politique des Kurdes à Kirkouk, qui y voit un moyen d’aggraver les tensions, surtout au moment du retrait américain. D’autres, comme Najat Houssein, un Turkmène siégeant au conseil provincial, inclinerait davantage vers la formation d’une Région autonome, à partir de la province de Kirkouk : Les éléments kurdes à Kirkouk insistent pour annexer Kirkouk à la Région du Kurdistan, ce qui est rejeté par les Turkmènes, tandis que les Arabes de Kirkouk insistent sur « le besoin de résoudre les problèmes actuels qui minent l’Irak au lieu de proposer des projets qui serviraient les citoyens ».

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