'Pourquoi partir pour La Mecque sans vin ni amour?'





Machrab a fait, plus récemment, l'objet, (avec deux autres qalandars) d'une étude d'Alexandre Papas (Mystiques et vagabonds en islam : Portraits de trois soufis qalandar). Le Vagabond flamboyant est la traduction du diwan de ce très beau poète soufi, fleuron de la Malamatiyya, cette 'Voie du Blâme' musulmane qui mêle l'indifférence du Christ et l'insolence des bouddhistes tchan envers la Religion (ses rites, ses temples, ses sacrements, ses lois, ses clercs), comme envers la 'Cité' humaine (ses lois, ses souverains, sa police, son armée, ses juges, ses devoirs familiaux, son pain quotidien). Mais avec, en plus, ce 'Ishq, digne héritier de l'Éros grec du Banquet (celui de Diotime et non d'Aristophane).

Que faire de la poussière de ce corps et d'un esprit volage,
Si ma belle est loin de ma vue, que faire de mon âme ? 
Pourquoi partir pour La Mecque sans vin ni amour,
Que faire de cette vieille bicoque abandonnée par Abraham ? 
Dois-je briser sur ma tête les huit enfers et les huit paradis ?
Si je ne la trouve pas, que faire des deux mondes ? 
Je pose mes pieds au sommet du ciel,
Et prends la place de l'absence : que faire de cet espace ? 
Si chaque fragment de lumière n'est pas semblable au soleil,
Que faire, jusqu'à la fin des temps, du secret caché ? 
Toutes choses, à part Dieu, ô Machrab, sont étranges…
Si je tiens une rose à la main, que faire des épines ?


Je suis venu au monde et par ignorance me suis noyé dans sa vase.
Comme il n'y avait pas de secours en vue, j'ai crié… 
J'ai vu que ses ennemis sont l'esprit et le corps :
Dans ses yeux j'ai tiré les flèches du non. 
Entrant dans la mosquée, comme un mystique, je me couvrais de glace ;
Entrant dans le cabaret, j'ai su que j'y brûlerais. 
À toi la prière, mystique ; à moi la bouteille de vin :
Je vendrais mille chapelets pour une seule coupe de vin. 
Le temps que la folie de ma gloire s'empare du monde :
Durant une seule de ses rotations, j'ai traversé deux mondes. 
J'ai bu du vin de l'unité servi des mains du maître des échansons
Et tout de suite, comme Mansour, j'ai livré ma tête à la potence… 
Amis, n'accusez pas Machrab d'insignifiance…
Qu'y puis-je, j'ai parcouru toutes les rues de la souffrance !

Machrab, Le vagabond flamboyant, trad. Hamid Ismaïlov.

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