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Ellsworth Huntington : Les Montagnards de l'Euphrate (9)


"Plus tard nous parvînmes à une gorge isolée, des rochers nus s'élevant près du fleuve et que couronnaient les ruines d'un ancien château, utilisé d'abord par les Khaldes, puis par les Romains et finalement par les Sarrasins. À ses pieds gisaient la mosquée en ruine de Pertag, une ville qui fut transportée en un autre lieu il y a près d'un siècle parce que les soldats y prenaient leurs quartiers chez l'habitant durant la moitié de l'année.
Des mois plus tard, je visitai la nouvelle ville – un lieu pittoresque au pied des montagnes de calcaire massif, blanches et brûlantes, d'où jaillissaient des torrents d'une eau claire et froide, entretenant les arbres et les vignes poussant en tonnelle autour des maisons de pisé aux toits plats. Alors que mon compagnon et moi étions assis sous les mûriers que l'on trouve partout, nous régalant d'une pastèque à la chair jaune et aux graines brunes, un homme en guenilles, échauffé, épuisé et le souffle court, surgit, se précipitant jusqu'à une maison où vingt soldats logeaient à fin d'assurer la paix. Des cris s'élevèrent immédiatement ; on mena les chevaux dehors ; on vit les soldats ramasser armes et munitions ; les villageois surgirent de leurs maisons ou de leurs champs, avec une excitation sauvage, chargeant leurs longs fusils tout en marchant. Il apparût que trois ou quatre cents moutons appartenant au village avaient été menés aux pâturages à une journée de distance. C'est alors qu'une bande de Kurdes kizilbash fondit sur eux. Un berger fut abattu d'un coup de feu, les autres s'enfuirent. À présent, tout le village partait pour tenter de rattraper et de punir les voleurs. Je ne sus comment cela tourna, car nous dûmes poursuivre notre voyage. Le gouvernement avait si peur qu'un préjudice arrivât aux étrangers de notre groupe que l'on insista pour augmenter notre escorte, les jours suivants, de quatre, puis sept et finalement seize soldats."
National Geographic, février 2009.

Légende : Soldats turcs traversant le Munzur Su, une branche de l'Euphrate, au moyen d'un petit radeau de peaux, remorqué par un cheval apeuré. 

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