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Le Sacrifice inutile : L'État, la violence et les groupes – Les crimes de groupes.



"Les crimes contre l'humanité sont des crimes de groupes. Ils sont perpétrés par des groupes organisés, contre des individus "isolés". Le caractère systématique des attaques révèle que les victimes sont membres d'un groupe. Elles sont isolées, mais au sens où l'était Alain de Monéys : elles sont sans la protection d'un groupe. Elles sont seules, mais elles ont simultanément le malheur d'appartenir à un groupe, serait-ce celui des "Prussiens", et c'est du fait de leur appartenance à ce groupe qu'elles deviennent victimes. Dans les crimes contre l'humanité, derrière l'apparent face-à-face entre un individu isolé et l'État se profile une configuration différente : celle de l'affrontement entre groupes. C'est précisément cette structure qui les définit comme crimes contre l'humanité.
Larry May utilise parfois l'expression "caractéristiques 'non-individualisées'" pour attirer l'attention sur le fait que les victimes des crimes contre l'humanité sont visées en raison de caractéristiques qui ne leur sont pas propre en tant qu'individus. Cette expression dissimule cependant une différence importante. Elle peut signifier, premièrement, des caractéristiques universelles qu'un individu partage avec tous,par exemple être membre de l'espèce humaine. Si certains crimes visaient ces caractéristiques universelles, on pourrait comprendre qu'ils constituent bien des crimes contre l'humanité. L'offense s'en prendrait effectivement à ce qui est commun à l'humanité toute entière. Caractéristiques "non-individualisées" peut aussi renvoyer à des caractéristiques qui, sans être universelles, sont, comme le dit May, des caractéristiques qu'un individu "partage avec plusieurs autres". Par exemple, le fait de parler français ou d'être un musulman chiite, c'est-à-dire des caractéristiques de groupe. Or les victimes des crimes de groupes au sens de May, les victimes des crimes contre l'humanité, ne deviennent pas victimes en raison de caractéristiques universelles qu'elles partagent avec tous les membres de l'humanité.
Ce qui les désigne à leurs persécuteurs, ce sont des caractéristiques qu'elles partagent – ou qu'elles sont jugées partager – avec certains autres exclusivement. Les femmes, les juifs, les intellectuels bourgeois, les Arméniens, les Tutsis, les Kurdes, les Kosovars ne sont pas agressés et violentés, leurs villages ne sont pas brûlés, des bombes n'explosent pas dans les marchés où ils se rendent parce que ce sont de simples êtres humains ! Mais parce qu'ils appartiennent à des groupes particuliers. C'est parce qu'elles sont considérées avoir en commun certaines caractéristiques que leurs persécuteurs ne partagent pas – ou croient ne pas partager – que les victimes des crimes de groupes deviennent victimes. Ce n'est pas l'humanité, l'universel que les assassins ciblent, mais des groupes particuliers. Les crimes contre l'humanité ne visent pas l'humanité, mais des groupes d'êtres humains."

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