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SYRIE : LA RÉVOLTE GAGNE LES VILLES KURDES


Alors que jusqu’ici, les Kurdes avaient observé un retrait relatif par rapport à l’agitation des Arabes syriens, des manifestations ont commencé, en début de mois, dans les régions kurdes du nord. Radif Mustapha, le président du comité kurde pour les droits de l'Homme, a déclaré à l’AFP, le 1er avril : « plusieurs centaines de personnes ont défilé pacifiquement dans les rues, après la prière de vendredi à Qamishli et Amouda en scandant : « nous ne voulons pas seulement la nationalité mais aussi la liberté » et « Dieu, la Syrie et la liberté.
À Hassaké, 150 à 200 personnes ont manifesté avec les mêmes mots d'ordre, avant d'être dispersées par les forces de sécurité. C'est la première fois depuis le début de la contestation que des manifestations ont lieu dans cette région à majorité kurde. »

Les autorités syriennes avaient cependant semblé désireuses d’éviter ce « ralliement » des Kurdes aux contestations de Damas, de Deraa et de Lattaquié : le 21 mars avait vu, pour la première fois depuis des années, une fête de Newroz sans violence de la part des forces de sécurité ; la question des Kurdes privés de leur nationalité avait été, une fois de plus, évoquée publiquement par le président Bachar al-Assad, qui avait ordonné la constitution d'une « commission chargée de régler le problème du recensement organisé en 1962 dans le gouvernorat de Hassaké. Cette commission doit achever ses travaux avant le 15 avril afin que le président Assad promulgue un décret adéquat sur ce problème » selon l’agence officielle Sana. Ce début d’agitation dans des villes kurdes a sans doute incité le gouvernement à lâcher un peu plus de lest en faveur des Kurdes. Le 6 avril, 48 détenus, en majorité kurdes, arrêtés il y a un an lors des affrontements du Newroz, ont été libérés.

Cette libération a été annoncée dans un communiqué rédigé et signé par six organisations kurdes syriennes de défense des droits de l'Homme : « Nous avons pris connaissance de la décision mercredi du juge d'instruction militaire d'Alep de libérer 48 Syriens arrêtés lors des événements qui ont lieu durant la célébration du Norouz le 21 mars 2010. Nous saluons cette décision. Nous demandons au gouvernement de libérer tous les détenus politiques et de cesser la série d'arrestations abusives qui sont un crime contre la liberté personnelle. » La commission chargée d’étudier le cas des Kurdes apatrides, créée le 31 mars, devait rendre ses conclusions avant le 15 avril. Mais la procédure a été finalement accélérée.

Le 5 avril, le président Bachar al-Assad avait reçu des représentants de Hassaké, une des régions les plus concernées par la question des Kurdes apatrides. Le 7 avril, un décret accordant la citoyenneté à ces habitants a été promulgué, comme l’a annoncé l'agence officielle syrienne Sana : « Le président Assad a promulgué un décret octroyant à des personnes enregistrées comme étrangères dans le (gouvernorat de Hassaké) la citoyenneté arabe syrienne. Le décret entre application aussitôt sa publication au Journal officiel et le ministre de l'Intérieur est chargé d'appliquer cette mesure sur le terrain. » Alors que l’agitation se poursuit dans tout le pays, les représentants kurdes syriens n’entendent pas, cependant, baisser leur garde, même s’ils saluent cette décision, survenant après un demi-siècle d’imbroglio administratif et juridique pour les Kurdes de l’est du pays : « Il s'agit d'une mesure positive, a déclaré le président du Comité kurde pour les droits de l'Homme.

Mais les Kurdes continueront à revendiquer leurs droits civiques, politiques culturels et sociaux. » « C'est un pas dans la bonne direction car il répare une injustice d'un demi-siècle », commente, pour sa part, Fouad Alliko, membre du comité politique du parti kurde Yekitî (interdit), un parti qui a été en pointe de la contestation kurde dans le pays, et s’est fait surtout remarquer pour ses manifestations publiques en faveur de ces Kurdes apatrides. Mais les autres revendications kurdes ne sont pas pour autant mises de côté ; ainsi, la question de l’enseignement du kurde et des droits culturels, de façon générale : « Nous souhaitons l'enseignement du kurde à l'école au même titre que le français et l'anglais, pouvoir célébrer nos fêtes sans être harcelés par les services de sécurité et posséder des centres culturels pour faire connaître notre histoire et transmettre notre patrimoine. »

Enfin, Fouad Alliko a souhaité « l'ouverture d'un dialogue entre les dirigeants du mouvement politique kurde et le pouvoir » et « la reconnaissance de notre particularité à travers une forme d'autonomie dans les régions à majorité kurde ». Mais cette politique des « petits gestes » de la part de Damas, intervenant tardivement, n’a pas suffi à dissuader les Kurdes de manifester. Le 8 avril, près de 3.000 personnes ont défilé dans plusieurs villes kurdes, notamment Amude, Derik, Deirbassiyé, Qamishlo et Hassaké, en réclamant l'abolition de la loi d'urgence et la libération des autres détenus.
Fait remarquable, des Arabes s’étaient joints aux Kurdes, et surtout, des chrétiens assyriens, qui, jusqu’ici, avaient observé une politique de neutralité vis-à-vis du régime alaouite, craignant que l’avènement d’un gouvernement à majorité sunnite ne compromette leur liberté religieuse. Si, contrairement aux autres villes syriennes, ces manifestations n’ont pas été réprimées par les armes, les organisations kurdes ont dénoncé, le 29 avril, des raids menés par les forces de sécurité aux domiciles de plusieurs militants kurdes, notamment dans la ville d’Amude. De plus, le même jour, en soirée, les communications téléphoniques (fixes et mobiles) ainsi qu’Internet étaient coupées aussi bien à Amude qu’à Qamishlo et Derbasiyya. Les routes autour étaient bloquées par les forces de sécurité. Plusieurs militants, des jeunes pour la plupart, ont été ainsi arrêtés, par surprise et clandestinement. Mais les familles et proches ont indiqué qu’ils avaient reçu des menaces depuis plusieurs jours, s’ils ne cessaient leurs activités. À Qamishlo, une dizaine de personnes ont été aussi arrêtées, dont l’imam Abdul Samad Omar, qui soutenait et encourageait les protestations lors des prêches du Vendredi, et dont les sermons servaient de point de ralliement à de nombreux manifestants. Un autre dignitaire religieux, le cheikh Abdul Qadi Khaznawi, membre d’une famille soufie influente dans la région, et dont l’un des leaders avait été mystérieusement assassiné en 2005, pour ses prises de position en faveur des Kurdes, a également été arrêté. Le parti Yekitî a aussi fait état de plusieurs arrestations dans ses rangs. Des groupes de jeunes Kurdes ont appelé à des sit-ins devant le siège des forces de sécurité jusqu’à ce que leurs compatriotes soient relâchés.

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