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Duhok-Manguish-Duhok

Nous partons pour Duhok, au lycée où je peux profiter enfin d'Internet, poster sur Amedî, répondre aux mails. Je bavarde avec des professeurs.

À 14 h, fin des cours, On va déjeuner chez les neveux de Monseigneur, et puis Manguish où il va porter ses condoléances à une famille. Moi, il me largue devant le couvent de religieuses, où il y a "une Française de Sarcelles là-bas. Et ensuite, allez visiter l'église, et je viendrai ensuite venir ici les saluer." Sauf que la porte du couvent ne s'ouvre pas. Donc je laisse un mot disant que je vais à l'église puisque personne ne répond. 


À l'église, qui est très jolie, c'est la sortie des vêpres. Je débarque tranquille dans leur cour, nez en l'air et appareil photo en main, en saluant en kurde. Les femmes, qui sont très contentes que je salue en kurde, appellent alors le prêtre/diacre?, un beau type de montagnard chenu, grand et robuste, le teint basané, un peu cuivré, comme Rabban, et les yeux bleus aussi. Je lui explique et il téléphone je ne sais où, puis revient avec "ordre" de me faire visiter l'église. Ce que je fais, et avec plaisir. Manguish est un de ces lieux de culte "habités". Le Père me mène ensuite au couvent et il doit avoir une façon magique de sonner, car cela s'ouvre. Deux religieuses (la Française est à Mossoul) et une jeune fille (yézidie et orpheline, recueillie par les sœurs – qui ont des foyers, comme ça, pour les filles en difficulté, quelle que soit leur religion–, et qui fait ses études universitaires maintenant). Elles sourient, m'embrassent, avec ce regard d'enfant éclairé de certaines religieuses. On bavarde, surtout en anglais avec Sundus, qui est ravie de pratiquer. Je photographie leurs œufs, leur arbre de Pâques, leurs tableaux, leur chapelle. Sundus est si contente qu'elle me donne son mail, veut le mien et, comme elle chatte, on chattera. Là aussi, le lieu et la chapelle ont une grâce.




Le lendemain, encore le lycée. De retour dans la salle des profs, j'ai déjà ma place, à côté de Nijeen, la prof de français avec qui je parle des heures (ce que je parle ici… j'ai peur d'être logorrhéïque, mais je trouve toujours des gens ravis de pratiquer). Puis, vers 10h, elle veut assister au cours de français de Monseigneur. Comme il passait dans la classe pour interroger les élèves, je n'y ai pas coupé et même que j'ai bien répondu : "Qu'est-ce que c'est ? – C'est un œil."  Je suis douée, pas à dire.

À la récréation, c'était très drôle. Les gamines venaient deux par deux, saluer leur professeur et me sortir tout leur vocabulaire anglais et francais. Puis Nijeen leur disait que je parle kurde. Yeux ronds, bouche bée : oooooo, kurdî zane ? Puis d'autres arrivaient et disaient à leur tour hello ou bonjour et les averties clamaient toutes fières : "kurdî bixave ! ew kurdî zane !" Même yeux ronds et bouche en O : "Kurdî zaneeeee ?" J'aurais adoré les filmer.



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