SYRIE : FACE À LA CONTAGION DU « PRINTEMPS ARABE », LES KURDES RESTENT PRUDENTS


Le 8 mars, douze organisations syriennes de défense des droits de l’homme, arabes et kurdes, ont réclamé la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis le 8 mars 1963, après l’arrivée au pouvoir du parti Baath. Parmi les signataires du communiqué figurent l'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme, la Ligue syrienne de défense des droits de l'Homme, l'Organisation nationale des droits de l'Homme en Syrie, le Centre de Damas pour les études théoriques et les droits civiques, le Comité kurde pour les droits de l'Homme en Syrie, l'Organisation kurde des droits de l'Homme en Syrie. « L'état d'urgence porte atteinte aux droits de l'Homme et aux libertés publiques en Syrie qui font l'objet de violations continues. Nous appelons à la levée de l'état d'urgence et à la libération de tous les détenus politiques » Les mêmes ONG réclamaient aussi la « promulgation d'une loi sur les partis politiques qui permettrait aux citoyens d'exercer leur droit de participer à la gestion des affaires du pays, l'abrogation de toutes les lois empêchant les organisations des droits de l'Homme de travailler publiquement en toute liberté, et les associations de la société civile de jouer leur rôle avec efficacité » et concernant les Kurdes, « de prendre urgemment toutes les mesures nécessaires pour annuler toutes les formes de discrimination envers les citoyens kurdes" qui représentent 9% de la population syrienne. Les Kurdes doivent pouvoir jouir de leur culture et de leur langue, en vertu des droits civiques, politiques, culturels, sociaux et économiques. »

Par ailleurs, le « printemps arabe » qui a réussi à renverser le pouvoir tunisien et égyptien, qui a gagné la Lybie et le Yémen, commence aussi d’agiter la Syrie, avec des manifestations à Damas et Deraa, dans le sud, contre la présidence et le parti Baath. Mais, jusqu’ici, les Kurdes ne se sont pas joints aux manifestants, les oppositions kurde et arabe n’ayant eu, jusqu’ici, que peu d’actions coordonnées, en raison de la méfiance suscitée par un éventuel ‘séparatisme kurde’ : les Kurdes, qui sont le groupe le plus persécuté en Syrie, mènent depuis plus d’une décennie leur propre lutte contre la discrimination particulière dont ils font l’objet, sans avoir, bénéficié d’un grand soutien de la part des autres Syriens, en particulier en 2004, lors des attaques de milices arabes contre des supporters de football kurdes à Qamishlo.

Mais si le mouvement s’étend, beaucoup d’observateurs s’attendent à ce que les Kurdes en profitent pour réaffirmer leurs revendications.

En attendant, Bashar Al-Assad, face à la montée de la contestation dans le sud du pays, a repris la politique de son père, plus souple envers les minorités religieuses et ethniques, afin de mieux tenir la majorité des Syriens sunnites. Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, les festivités de Newroz se sont déroulées sans violence ni répression de la part des autorités syriennes, les policiers ayant visiblement reçu des consignes de tolérance. Une conseillère du président, Buthaina Shaaban, a même souhaité publiquement un bon Newroz, « Newroz Mubarak », aux Kurdes de son pays, imitant ainsi les tentatives faites, à la fin des années 90, par les gouvernements turcs pour ‘récupérer’ le Newroz kurde, mais sans toutefois aller jusqu’à décréter, comme la Turquie, que le Newroz était une fête traditionnelle ‘arabe’. Buthaina Nahas a simplement loué la « magnifique coexistence » entre les différentes composantes du peuple syrien.

Mais cela ne résout pas la ‘question kurde’ en Syrie, particulièrement, celle des Kurdes déchus de leur nationalité, et, de façon plus générale, celle de leurs droits culturels et linguistiques. Le 28 mars, 260 prisonniers politiques ont été libérés, dont 14 Kurdes, détenus dans la prison militaire de Saydnaya, de sinistre réputation. Selon les associations de droits de l’homme syriennes, la plupart de ces prisonniers avaient déjà purgé les trois-quarts de leur peine.

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