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Le sort des chrétiens en Irak- Problèmes et perspectives : Introduction.



LE SORT DES CHRÉTIENS EN IRAK - PROBLÈMES ET PERSPECTIVES



Rencontre-débat
organisée par l'Institut kurde de Paris

Samedi 26 février 201
 de 13h45 à18h00

Salle Clémenceau
Palais du Luxembourg
15ter rue de Vaugirard, 75006 Paris


14h30 : Mot de bienvenue

M. Kendal NEZAN, président de l'Institut kurde de Paris

Mesdames et Messieurs, Messeigneurs, Monsieur le Sénateur, chers amis, au nom de l'Institut kurde de Paris, je vous remercie infiniment de votre présence – nombreuse – à cette conférence. Je tiens à saluer tout particulièrement nos invités qui sont venus de loin : de Bagdad, de Mossoul, du Kurdistan, pour nous faire profiter de leurs expériences et de leurs témoignage sur cette question importante. Donc, un grand merci à Monseigneur Émile Nona, évêque de Mossoul, qui est venu de si loin, et dont vous savez chacun que son prédécesseur a été assassiné, et dont les conditions sont très difficiles ; un grand merci à Monseigneur Rabban Al-Qas, évêque d'Amadiyya, qui est venu spécialement hier soir du Kurdistan ; au père Nejib Mikaël, supérieur des Pères dominicains de Bagdad. Nous sommes évidemment également très reconnaissants aux représentants du Gouvernement du Kurdistan, le Dr. Fuad Hussein, que vous connaissez tous, qui est directeur de cabinet du président Barzani, Son Excellence Fallah Mustafa, qui est ministre des Relations extérieures du Gouvernement régional du Kurdistan, qui ont fait le déplacement spécialement, pour participer à cette conférence.  J'aimerais, également, remercier de tout cœur l'abbé Pascal Gollnish, qui est directeur de l'Œuvre d'Orient, et qui est très connu et apprécié dans les milieux chrétiens en France, et qui a une vaste érudition sur les chrétiens d'Orient, qu'il va partager avec nous.
Nous sommes aujourd'hui réunis dans cette magnifique salle du Sénat qui, une fois de plus, nous fait profiter de sa généreuse hospitalité, et cette fois-ci, c'est grâce aux bons offices et aux efforts de monsieur le Sénateur Cazeau, sénateur de la Dordogne, et qui est président du Groupe d'amitié France - Irak, qui nous honore de sa présence et qui va tout à l'heure s'adresser aussi à vous. 
Notre ami Ephrem-Isa Yousif, que vous connaissez les uns et les autres, parce que c'est non seulement un philosophe, écrivain connu et apprécié, mais aussi parce que c'est l'un des responsables de l'Institut kurde, a joué un rôle très important dans l'organisation de cette conférence. J'aimerais aussi le remercier et le saluer.
L'idée de cette conférence nous est venue après le massacre perpétré dans la cathédrale Notre-Dame du Secours de Bagdad, la veille de la Toussaint. Vous vous souvenez tous de cette horrible tuerie de civils, une cinquantaine de civils qui ont été assassinés, et deux prêtres, dans cette cathédrale, par des gens se réclamant de la branche irakienne d'al-Qaïda. Ce martyre a vraiment bouleversé l'opinion publique, bien sûr en Irak, mais au-delà, dans le monde entier. On sait évidemment tous que cet acte de barbarie faisait suite à toute une série d'autres attentats aveugles commis contre la communauté chrétienne, mais dont certains visaient aussi les yézidis, d'autres les communautés chiites, par des gens qui se réclament toujours d'al-Qaïda, et qui prétendent instaurer par la violence un califat arabe sunnite ou un État arabo-sunnite en Irak, en procédant à une sorte de purification religieuse. 
En disant cela, je suis quand même conscient du fait que les chiites ou les yézidis ne sont pas menacés dans leur existence en Irak. Malheureusement, les communautés chrétiennes le sont. Elles sont très fragiles, elles ont été très fragilisées, et ce sentiment d'inquiétude qui se propage au sein de cette communauté, incite un certain nombre d'entre eux à chercher refuge dans les pays voisins de l'Irak, voire en Occident. Le risque d'un exode de ces communautés chrétiennes vers les pays occidentaux ou vers les pays voisins de l'Irak, devient de plus en plus palpable et réel. Je pense que si rien n'était fait, et si un tel exode se produisait, ce serait une catastrophe, humaine, culturelle, civilisationnelle. On verrait la terre d'Abraham et de tant d'autres prophètes, qui s'est déjà vidée de ses populations juives antiques dans les années cinquante, cette fois-ci perdre une grande partie de sa substance et de sa spiritualité, en se vidant de ses populations chrétiennes, qui sont là depuis toujours.
Face à ce désastre, tout le monde doit être concerné : Bien sûr, les Irakiens, mais, au-delà, toute la région, et je pense qu'on doit tous se mobiliser pour qu'un tel désastre ne se produise pas. 
Les Kurdes sont plus concernés que d'autres. Pourquoi ? Parce que vous savez tous que, au fond, les chrétiens d'Irak sont, quelque part, tous originaires du Kurdistan. Nous avons vécu pendant des siècles ensemble. Pour reprendre la fameuse formule du général Pierre Rondot, dont les ouvrages sur les chrétiens de Hakkari et du Kurdistan font référence : "Kurdes et chrétiens ont vécu en symbiose pendant des siècles, sur les mêmes terres, dans les mêmes villages." Il y a eu beaucoup d'échanges de toutes sortes. Nous avons partagé le même mode de vie, beaucoup de traditions communes. Dans beaucoup de villages du Kurdistan, à côté de la mosquée, il y avait l'église, et parfois la synagogue. Beaucoup de Kurdes ont des grands-mères chrétiennes, et je ne citerai qu'un exemple, juste pour saluer sa mémoire : le grand leader des Kurdes d'Iran, le Dr. Ghassemlou, dont la mère était assyrienne. C'est vous dire combien de liens personnels, familiaux, culturels, ont été tissés au fil des siècles entre Kurdes musulmans et chrétiens du Kurdistan.
Les chrétiens du Kurdistan sont nos frères et leurs problèmes sont évidemment les nôtres. C'est pour cela que nous devons nous mobiliser. Ils sont plus proches de nous que je ne sais quel musulman d'Arabie, du Yémen ou de Malaisie. Nous avons beaucoup de choses à partager en commun avec eux, et nous devons nous préoccuper de leurs problèmes et de leur sort. Je sais que les chrétiens du Kurdistan sont, à l'heure actuelle, parmi les plus libres du monde musulman. Ils peuvent pratiquer librement leur culte, ils peuvent construire de nouvelles églises, ils peuvent enseigner leur langue à leurs enfants, ils ont leurs media, leurs partis politiques. Malheureusement, ces chrétiens du Kurdistan ne représentent qu'une petite partie, une partie des communautés chrétiennes de l'Irak, et dans le reste de l'Irak, les communautés chrétiennes vivent une situation difficile, très peu sécurisée. L'objet de la réunion d'aujourd'hui est que faire pour empêcher le désastre que constituerait un exode de ces chrétiens vers les pays voisins ou vers l'Europe ? Est-ce que, justement, l'exode est une solution ? Que doit faire le gouvernement central de Bagdad pour mieux protéger ces communautés ? En a-t-il les moyens ? Ou est-ce que leur installation provisoire, en attendant des jours meilleurs, au Kurdistan, est une perspective possible, réalisable ? Est-ce que le Kurdistan a les moyens d'héberger, de donner du travail et de faire l'effort d'insertion pour des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de chrétiens vivant dans le reste de l'Irak ? D'ailleurs, est-ce que ceux-là souhaitent venir s'installer au Kurdistan ? Et, dans ce cas-là, que doit faire l'Union européenne pour accompagner cet effort de protection, de sécurisation des chrétiens ? Nous sommes convaincus que s'ils étaient installés au Kurdistan, ils resteraient encore sur les terres de leurs ancêtres, et aux jours meilleurs, ils pourraient toujours regagner leurs foyers dans telle ou telle ville de l'Irak.
On a aussi parlé de la possibilité de créer un district autonome chrétien quelque part dans la plaine de Mossoul. Est-ce aussi une solution ?
Voilà toute une série de questions pour lesquelles nous espérons, grâce à la connaissance et à l'expérience d'experts, des protagonistes invités, élaborer des éléments de réponses, de propositions aussi concrètes que possible. Nous soumettrons ensuite ces propositions au Parlement du Kurdistan. Le président du Parlement, que j'ai vu il y a quelques semaines, m'a dit qu'il y aura une session spéciale sur cette question-là, pour que côté kurde également, ils examinent à fond ces propositions. 
Nous soumettrons également ces propositions au gouvernement de Bagdad et à l'Union européenne.
Enfin, la France, qui, depuis des siècles, se pose en protectrice des chrétiens de l'Orient, a évidemment son rôle à jouer. Au-delà des mots, il faut qu'il y ait des actes pour contribuer à la protection de ces chrétiens d'Irak et à leur insertion. La France peut jour un rôle, en mobilisant l'Union européenne, en mobilisant des moyens humains et matériels, pour que cet effort se traduise par des actes concrets et non pas uniquement des paroles, et non pas uniquement en se donnant bonne conscience en accordant quelques dizaines ou quelques centaines de visas à une petite fraction de cette communauté.
La réunion d'aujourd'hui est une étape dans ce long processus d'élaboration d'un projet d'avenir pour la sécurisation des chrétiens en Irak et je souhaite que chacun puisse, grâce à ces propositions, contribuer à ce projet. Je vous remercie encore de votre présence et je vais passer la parole à monsieur le Sénateur Bernard Cazeau qui va vous dire un mot en tant que président du groupe France - Irak. Je vous remercie en vous disant encore une fois qu'il faudrait rester mobilisé et vigilant, jusqu'à ce que des solutions concrètes soient trouvées pour le drame des chrétiens en Irak. Merci.

M. Bernard CAZEAU, sénateur de la Dordogne, président du Groupe interparlementaire France-Irak

Monsieur le ministre, Messieurs les évêques, monsieur le directeur de l'Institut kurde, Mesdames et Messieurs, le Sénat est très heureux de vous accueillir aujourd'hui dans le cadre de ce colloque consacré à la situation des chrétiens d'Irak, que nous avons d'ailleurs suivie, au jour le jour, il y a déjà quelques semaines. Je remercie d'ailleurs M. Kendal Nezan, président de l'Institut kurde de Paris d'avoir organisé cette rencontre, et je pense que beaucoup de choses vont en sortir.
En ma qualité de président du groupe sénatorial d'amitié France - Irak, j'ai toujours été sensible à la préservation de la vie et de la liberté de religion au Moyen-Orient. À plusieurs occasions, nous avons condamné énergiquement l'épouvantable violence qui a été faite sur ces minorités religieuses, et plaidé leur protection. Je voudrais saluer, d'ailleurs, monseigneur Émile Nona, évêque de Mossoul, et le Père Nejib Mikaël, qui est supérieur des Pères dominicains de Bagdad, monsieur Fallah Mustafa, ministre des Relations extérieures du Gouvernement régional du Kurdistan, le Dr. Fuad Hussein, directeur du Cabinet du président du Gouvernement régional du Kurdistan, qui présenteront certainement des actions concrètes qui pourront être mises en œuvre pour promouvoir cette tolérance et les droits des communautés chrétiennes. Enfin nous saluons aussi la présence de monsieur Ephrem-Isa Yousif et de monsieur l'abbé Pascal Gollnish, qui sont des philosophes et experts en ce domaine, et qui, certainement, tout à l'heure nous soumettront des solutions. Je voudrais en profiter aussi pour saluer tous nos amis irakiens, particulièrement éprouvés qui sont ici ou qui ont pu être ici aujourd'hui.
Avant de céder la parole aux intervenants, j'aimerais émettre deux remarques, à mes yeux essentielles, sur le thème du colloque.
La première caractéristique des chrétiens d'Irak est qu'ils sont les héritiers d'une implantation religieuse très ancienne, antérieure à la naissance de l'islam au VIIe siècle. Rappelons ainsi à ceux qui voudraient ignorer l'Histoire que les chrétiens ne sont pas en Orient des intrus, mais qu'ils prient en araméen, premier dialecte connu au Moyen-Orient. Le christianisme, en Irak, n'est nullement, donc, un corps étranger, mais partie prenante de son identité, comme au Liban d'ailleurs, en Égypte, en Syrie ou en Palestine.
Deuxième caractéristique, qui vaut également pour la quasi-totalité des membres des églises chrétiennes d'Irak : Les communautés chrétiennes sont autochtones, puisqu'elles sont quasi-exclusivement composées de personnes nées en Irak. Elles se caractérisent ensuite par des traits généraux mais surtout, par une grande diversité, puisqu'il ne faut compter pas moins de douze dénominations. Enfin, aux divisions historiques, s'ajoute souvent une dispersion géographique. L'implantation de chaque église chrétienne s'inscrivant dans des espaces différenciés. En effet, les chrétiens se trouvent répartis du nord des frontières avec la Turquie et l'Arménie, à la région de Bassorah au sud, en passant par Mossoul et Bagdad.
Troisième caractéristique : le rôle de ces chrétiens dans l'émancipation du monde arabe. À partir du siècle dernier, des chrétiens d'Irak vont jouer un rôle considérable dans l'émancipation des droits et des libertés. Certains ont joué un rôle important parmi les précurseurs du nationalisme arabe irakien. Beaucoup d'entre eux, représentants syndicaux, intellectuels ou hommes politiques, ont ainsi milité en faveur d'un État indépendant, démocratique, laïque, social et ouvert sur le monde. En dépit de leur combat acharné en faveur de la cause arabe, force est de constater que les chrétiens d'Irak ont été exclus de la vie politique depuis l'indépendance. Seul l'investissement de la sphère économique leur fut permis. En 1920, les autorités britanniques réalisèrent un recensement de la composition religieuse de la population irakienne. Les chrétiens y représentaient 20%. En 1980, un million de fidèles y demeurait encore. Ils sont aujourd'hui 500 000. On estime que cette communauté chrétienne dans le monde a plus de 2 millions présents à l'étranger. Depuis l'invasion américaine, 750 chrétiens ont été tués. Dans un pays basé sur l'arbitrage des communautés, les plus nombreux, comme les Kurdes, les chiites ou les sunnites, obtiennent automatiquement plus de pouvoirs politiques. La communauté chrétienne, elle, ne compte qu'un seul ministre, celui de l'Environnement, dans le nouveau gouvernement. En situation de faiblesse depuis la guerre, leurs conditions de vie se sont détériorées. 250 000 d'entre eux ont quitté le pays, d'autres ont migré vers le Nord. En effet, alors que le Kurdistan irakien comptait jusqu'en 2003 environ 30 000 chrétiens, ce chiffre aurait triplé en 7 ans. Si bien qu'aujourd'hui, ils seraient près de 100 000 à vivre dans l'un des trois gouvernorats du Gouvernement régional autonome du Kurdistan, Duhouk, Suleymaniye et Erbil. Chaque mois, de nouvelles familles, ayant fui Bagdad ou Mossoul, viennent s'installer là. Quelles perspectives ? C'est au cours de ce colloque, peut-être, qu'un certain nombre seront évoquées. Au Sénat, nous sommes hostiles à tout exode des chrétiens d'Irak, et ce pour plusieurs raisons : La première réside dans leur ancrage millénaire sur ce territoire. Leur départ constituerait un drame culturel catastrophique. Ensuite, leurs compétences humaines : Beaucoup sont ingénieurs, médecins, commerçants, ou ont des qualités qui sont irremplaçables pour le renouveau de l'Irak. Pour ma part, je pense qu'il faut continuer à promouvoir énergiquement le dialogue et le respect mutuel entre les communautés, notamment en développant des programmes d'éducation et en distribuant des supports d'information qui traitent des stéréotypes et des préjugés anti-chrétiens. Tout doit être entrepris pour protéger les personnes et les biens des chrétiens en Irak, en recherchant activement, d'abord, et en punissant sévèrement les coupables des attentats, chaque fois que c'est possible. Car derrière ces actions criminelles se cache en réalité une atteinte à un des piliers de la jeune démocratie irakienne, celle du multiculturalisme. Et je souhaite, comme vous l'avez dit, monsieur le Directeur, que la diplomatie française et le gouvernement français participent, chaque fois qu'il est possible, et sur des actions concrètes, comme c'est le cas, d'ailleurs, dans le développement économique de votre pays, à cette œuvre qui permettra aux chrétiens de rester dans leur pays. 
Je vous remercie de m'avoir écouté.
(à venir : Première table ronde- État des lieux).

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