IRAN : L’EXÉCUTION D’UN PRISONNIER KURDE REPORTÉE, SA FAMILLE ARRÊTÉE


L’exécution d’un étudiant kurde iranien, Habibollah Latifi, qui devait avoir lieu le 26 décembre, a été reportée, après une campagne d’ONG et de journaux kurdes pour réclamer que son procès soit révisé. Peut-être, de façon plus décisive, l’intervention du président de l’Irak, le kurde Jalal Talabani, pour demander sa grâce, a-t-elle été prise en compte par le gouvernement iranien, selon le journal kurde Awene.

Mais le fait que l’exécution soit reportée ne signifie pas que le prisonnier ne puisse être exécuté ultérieurement. Habibollah Latifi a été condamné en tant que ‘moharebeh’, ennemi de Dieu, ce qui entraîne automatiquement la peine de mort, par la Cour révolutionnaire de Sanandaj (capitale de la province du Kurdistan en Iran) pour appartenance au PJAK (branche iranienne du PKK). Le 25 décembre, plus de 200 personnes, militants de partis politiques, membres d’association, journalistes, avaient manifesté dans la ville kurde de Sulaïmanieh pour protester contre l’application de la sentence.

À Paris, très tôt le 26, une vingtaine de personnes se sont rassemblées devant l’ambassade iranienne, certains s’enchaînant devant les grilles. Amnesty International et Human Rights Watch avaient appelé les autorités iraniennes à commuer la peine de mort en prison à perpétuité.

Le directeur du département d’Amnesty International pour le Moyen-Orient, Malcolm Smart, a mis en doute la régularité du procès, ainsi que Joe Stork, adjoint à la direction Moyen-Orient de Human Rights Watch : « Il est clair que Habibolah Latifi n’a pas eu un procès régulier selon les critères internationaux. Les circonstances entourant l’arrestation de Latifi, sa détention et sa condamnation suggèrent fortement que les autorités iraniennes ont violé ses droits fondamentaux. Habibollah Latifi est actuellement détenu à la prison de Sanandadj. Plusieurs sources indiquent qu’il souffre d’infection intestinale, de problèmes cardiaques et d’insuffisance rénale.

Habibollah Latifi a été arrêté le 23 Octobre 2007 et amené à la prison de Sanandadj. Les rumeurs de sa prochaine exécution courent depuis le 7 juin dernier.

Sa famille a plusieurs fois demandé sa grâce, mais en vain. Le 27 décembre, des forces de sécurité iraniennes ont même opéré un raid à leur domicile, confisquant quatre ordinateurs et plusieurs documents. Ils ont aussi arrêté trois des sœurs du condamné, trois de ses frères, son père et sa belle-sœur. La plus jeune de ses sœurs, âgée de 10 ans, a, quant à elle, reçu du gaz poivre et perdu conscience plusieurs heures. Elle n’a depuis aucune nouvelle des membres de sa famille emmenés dans un lieu de détention inconnu.

D’autres informations indiquent que des personnes ayant soutenu la famille dans leurs démarches pour sauver Habibollah Latifi ont aussi été arrêtées, dont des journalistes et des militants. Une liste provisoire de noms circule : Abbas Latifi (père de l’accusé), Iraj Latifi (frère de l’accusé), Eqbal Latifi (frère de l’accusé), Shahin Latifi (sœur de l’accusé), Elahe Latifi (sœur de l’accusé), Bahar Latifi (sœur de l’accusé), Jiyan Matapour (belle-sœur de l’accusé), Simin Chaichi (poète et écrivain), Hamid Malek Alkilany (militant pour la défense de l’environnement), Saeed Saadi (journaliste), Mahmoud Mahmoudi (journaliste), Jiyan Zafari (ancien prisonnier politique), Wahid Majidy (ancien prisonnier politique), Zahid Moradian (militant), Hashem Rostami (militant), and Pedram Nasrolahi (militant). On signale aussi la disparition d’un étudiant militant, Mokhtar Zarei.

Cette vague d’arrestations pourrait être une nouvelle tactique de la part des autorités iraniennes, visant à intimider l’entourage des condamnés afin d’empêcher les campagnes internationales pour les sauver et les informations d’être diffusées hors d’Iran. C’est en tout cas l’avis de Mahmood Amiry-Moghaddam, porte-parole d’Iran Human Rights : « Nous ne devons pas oublier que l’exécution de M. Latifi n’a été que reportée et nous ne savons pas pour combien de temps. Il est possible que les membres de sa famille aient été arrêtés afin de les faire taire quand les autorités vont procéder à l’exécution. »
Mais ces arrestations n’ont pas empêché d’autres manifestants de se rassembler devant le tribunal et la prison de Sanandadj, en demandant des nouvelles des personnes détenues. En réponse, les forces de sécurité ont cerné la ville, tandis que les communications par téléphone et Internet étaient très ralenties. De nombreux prisonniers kurdes attendent ainsi dans les couloirs de la mort, en Iran. Douze d’entre eux sont condamnés pour appartenance au PJAK. En novembre 2009, l’exécution d’un autre activiste kurde, Shirkouh Moarefi, a été annoncée, puis reportée.

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