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IRAK : FORMATION PROCHAINE D’UN NOUVEAU GOUVERNEMENT


Alors que depuis huit mois les dirigeants irakiens n’avaient pas réussi à s’accorder pour former un nouveau gouvernement, le 8 novembre, le porte-parole du Premier Ministre sortant, Ali Al-Dabbagh, a annoncé que Nouri Al-Maliki serait reconduit dans ses fonctions, les principaux partis chiites et l’Alliance du Kurdistan étant parvenus à s’entendre.

Restait cependant à obtenir l’approbation finale du bloc sunnite principal, Al-Iraqiyya, qui remportait, quant à lui, la présidence du Parlement. Son leader, Iyyad Allawi devait choisir parmi les membres de sa liste qui doit succéder à l’actuel président par intérim, le kurde Fouad Massum. Les chefs des principaux blocs politiques d’Irak se sont ensuite rendus ensemble à Erbil, invités par le président de la Région du Kurdistan, Massoud Barzani, afin d’approuver officiellement cet accord, à l’issue d’une ultime réunion de trois jours. La principale difficulté était de concilier les positions des chiites menés par Nouri Al-Maliki et celles des sunnites de la liste Al-Iraqiyya, qui souhaitaient une représentation au sein du gouvernement égale à celle des premiers, comme l’a expliqué Iyad Allawi : « Il faut former rapidement un gouvernement qui reflète les résultats des élections, et nous devons être égaux en droits, en devoirs et dans (le partage) du pouvoir, sans que quiconque n'ait la haute main sur les autres. »

Un des principaux griefs formulés à l’encontre du Premier Ministre sortant par son rival sunnite est celui d’avoir « accaparé le pouvoir et de l'exercer de façon personnelle », exigeant même une révision de la Constitution qui limiterait légalement les pouvoirs politiques du chef de cabinet irakien. Il est à noter que ces critiques sur les « dérives » politiques de Maliki et ses tentatives de concentrer les pouvoirs étatiques entre ses mains ont été formulées assez fréquemment par les Kurdes, au cours de son exercice précédent. Mais Nouri Al-Maliki a refusé d’envisager tout changement constitutionnel, arguant qu’un partenariat politique viable ne peut se faire qu’avec de « vrais partenaires attachés à la Constitution. La nouvelle page est conditionnée à l'attachement à la Constitution, c'est une condition indispensable au partenariat ».

Aussi, à l’issue de trois jours prévus pour cette réunion d’Erbil, seuls les Kurdes et les chiites avaient réussi à s’entendre et ont entériné l’accord, les sunnites hésitant encore entre le poste de chef de l’État, brigué également par le président sortant Jalal Talabani, appuyé par les Kurdes et les chiites, et la présidence du Parlement. Par conséquent, deux jours supplémentaires de débats, ont été décidés pour permettre aux discussions de se poursuivre à Bagdad, comme l’a annoncé à la presse, le 8 novembre, Massoud Barzani : « L'attribution des trois présidences doit être discutée demain et après-demain et des choses importantes doivent être décidées ces deux prochains jours ». Les « choses importantes » ont été explicitées très vite par Roj Nouri Shawish, le vice-Premier ministre d’Irak, initiateur important des rencontres préalables entre les courants politiques irakiens, dans un entretien accordé au journal arabe As-Sabah : « Il s'agit notamment d'amendements à la Constitution, de réformes dans le fonctionnement du gouvernement, de garanties exigées par les Kurdes, de l'avenir de la commission Responsabilité et Justice (chargée de retrouver les anciens Baathistes) et des attributions du futur Conseil national pour la politique stratégique .

Malgré le ton optimiste des Kurdes, la presse irakienne se montrait sceptique sur les chances de réussite de ce qui lui apparaissait comme une énième rencontre ne devant aboutir à rien de concret. « Réunion d'Erbil: un pas en avant, deux pas en arrière », a ainsi titré le quotidien Ad Dustour, en jugeant que « les dirigeants politiques n'ont rien apporté de nouveau à ce que les Irakiens attendent ces derniers temps. Ils n'ont fait que répéter les mêmes problèmes sans avancer de solutions ».
Mais au terme d’une ultime réunion, cette fois à Bagdad, Nouri Al-Maliki s’est vu reconduit dans son poste de Premier Ministre, après un accord conclu avec les sunnites, ceux-ci ayant finalement accepté de laisser la présidence du pays à Jalal Talabani, et d’exercer celle du Parlement. Autre compromis, la création d’un nouveau conseil qui traitera des questions de sécurité intérieure, conseil qui serait présidé par un membre de la liste Iraqiyya, idée préalablement suggérée par les Américains afin de ne pas isoler les sunnites du gouvernement.

Finalement, le 11 novembre, le sunnite Oussama al-Noujaifi, député issu de la liste Iraqiya a été élu président du Parlement irakien, par 227 voix sur 295 députés, tandis que Jalal Talabani était également reconduit dans ses fonctions présidentielles, avec 195 voix, 18 bulletins ayant été déclarés invalides.

Mais la séance fut surtout marquée par le boycott inattendu d’une soixantaine de députés de la liste Iraqiyya, qui ont invoqué le non respect des conditions fixées par leur liste, à savoir qu’ils auraient voulu voter l’accord conclu avec les autres listes sur la formation du gouvernement avant d’élire le président de la république irakienne.

Ainsi, après huit mois de négociations jusqu’ici infructueuses, afin de doter l’Irak d’un gouvernement, la répartition « ethnique et confessionnelle » du pouvoir reprend la même donne, un Kurde président du pays, un chiite à la tête du gouvernement et un sunnite à la tête du Parlement – et hormis ce dernier, les mêmes hommes ont été reconduits dans leurs fonctions. Le nouveau Premier Ministre disposera d’un délai d’un mois pour former son gouvernement.

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