Sourp Giragos a enfin retrouvé un toit

Décidément  Osman Baydemir, le maire de Diyarbakir, aime bien taquiner le pouvoir. Non content de faire mentir les prévisions électorales de l'AKP qui entendait remporter sa ville aux municipales, il s'ingénie à gratter le gouvernement là où cela irrite, c'est-à-dire en faisant deux pas en avant là où R. Tayyip Erdoğan préfère appliquer la politique d'un (petit) pas en avant, deux pas en arrière.

Plus d'un mois après la célébration d'un office religieux dans l'ancienne église d'Aktamar, église transformée en musée et non redevenue lieu de culte, ce qui a donné lieu à des critiques du côté arménien, la rénovation du toit de l'église Sourp Giragos à Diyarbakir (cela faisait bien des années que le toit s'était effondré car la première fois que je mis les pieds à Diyarbakir, en seotembre 1992,  l'église était déjà à ciel ouvert) a donné lieu à une réception organisée par la mairie. Osman Baydemir a déclaré aux rares Arméniens encore présents à Diyarbakir, ainsi qu'à l'archevêque Aram Atesyan du patriarcat d'Istanbul et des Arméniens d;Istanbul, venus pour l'occasion : "Cette ville est vôtre autant qu'elle est mienne. Vous avez autant de droits sur cette ville que moi." 

Déclaration qui aura l'heur de faire grincer des dents les nationalistes turcs pour qui il n'y a de Vatan (patrie) que touranienne, et pour qui les chrétiens (grecs, syriaques, arabes, arméniens) sont et devraient rester à jamais des "citoyens turcs de nationalité étrangère" (décision n°2 du Tribunal administrative d’Istanbul, datée du 17 avril 1996). Cela ouvre aussi le spectre des "revendications territoriales" arméniennes sur les territoires orientaux, en cas de reconnaissance du génocide par la Turquie, à titre de dédommagements. Cela consacre de toute façon la réhabilitation historique de Diyarbakir, ville arménienne autant que kurde et syriaque, dans un espace politique où l'on peine encore à admettre que tout n'est pas turc (de "race turque") dans cette république (or il n'y a jamais eu beaucoup de "Turcs" pur jus à Diyarbakir.

Contrairement à Aktamar, cette église restera lieu de culte et sera gérée par le patriarcat. Sa restauration complète sera achevée l'an prochain. On estime son coût à 2,5 millions de $.


Source Armenian Weekly.

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