TURQUIE : POURSUITES DES AFFRONTEMENTS ENTRE LE PKK ET l’ARMÉE


Tout le mois de juillet les accrochages meurtriers se sont poursuivis entre le PKK et l’armée turque. Le 1er juillet, 11 ou 13 combattants du PKK auraient ainsi perdu la vie dans un affrontement avec une unité de militaire, selon l’agence de presse Anatolie.

Du côté turc, 2 soldats ont perdu la vie ainsi que 3 membres des milices « gardiens de village ». Les autorités turques pointent du doigt le commandement militaire du PKK réfugié dans le mont Qandil au Kurdistan irakienne, régulièrement pilonné par l'aviation turque. Elles critiquent aussi l’insuffisance de l’aide américaine dans leur lutte contre le PKK, comme l’explique Sinan Ogan, directeur du centre de recherche Turksam.

Depuis l’affaire de la flottille humanitaire turque vers Gaza, qui a gravement compromis les relations turco-israéliennes et le refus d’Ankara de voter des sanctions contre l'Iran à l'Onu, les relations entre les Etats-Unis et la Turquie connaissent un certain refroidissement, selon les observateurs. Ainsi, le sous-secrétaire d'Etat américain adjoint Philip Gordon a directement interpellé la Turquie sur « sa loyauté envers Washington ».

Mais le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a nié ces crispations tout en reconnaissant des divergences de vue, "Cela ne veut pas dire qu'il y a un problème". Cependant, le même jour, le vice-Premier ministre, Cemil Ciçek, déclarait que la Turquie attendait « davantage » des Américains, dans la lutte contre le PKK : « Nous voulons une coopération plus déterminée, au-delà du mécanisme tripartite (Turquie-USA-Irak)" mis en place en 2007 contre les rebelles. » La Turquie exige aussi que les Etats-Unis « livrent » les dirigeants du PKK basés au Kurdistan irakien, et qu'ils fassent pression sur le gouvernement kurde d’Erbil pour que ce dernier encercle totalement les bases du PKK, même si dans la réalité ces deux exigences relèvent du domaine de l’impossible.

En visite à Toronto pour le sommet du G20, M., Recep Tayyip Erdogan, rencontrant Barack Obama s’est plaint du retard dans les informations fournies à l'armée turque par les drones américains, informations qu’il réclame « en temps réel ». S’exprimant sous couvert d’anonymat à l’AFP, un diplomate turc confirme cette doléance : « C'est simple, nous demandons aux Américains de nous fournir plus d'informations sur le PKK en Irak et ils en ont tous les moyens. » Une liste de 248 membres du PKK, dont les commandants militaires Murat Karayilan, Cemil Bayik et Duran Kalkan, a même été remise aux Américains, aux Irakiens et aux Kurdes, demandant qu’ils soient livrés "dans les plus brefs délais" aux autorités turques, selon le journal turc Radikal. La Turquie souhaite aussi une opération conjointe pour ces captures.

Plus spécifiquement, lors d’un passage à la télévision, le chef d'état-major turc, le général Ilker Basbug, a plus violemment accusé les Kurdes d’Irak « d'inaction contre le PKK », relançant le spectre d’une autre incursion militaire au Kurdistan d’Irak. En attendant, l’aviation turque pilonne fréquemment des positions du PKK, dans la zone de Khakurk et de Qandil, située dans la région autonome kurde, sans que cela ait un grand effet sur la fin des attaques. De sa prison d’Imrali, le leader du PKK, Abullah Öcalan, a une fois de plus appelé Ankara à négocier avec son mouvement armé, en réclamant aussi une reconnaissance des droits des Kurdes de Turquie dans la Constitution, un statut d'autonomie, ainsi que la libération des membres du BDP ou suspectées d’être du PKK, arrêtées lors des dernières rafles policières. Autrement, Öcalan a indiqué que la lutte du PKK loin de cesser, ne ferait que s’intensifier.
De fait, d’autres attentats ou attaques ont eu lieu par la suite. Ainsi le 19 juillet, un engin explosif, placé sur le bord d'une route a fait sauter un véhicule militaire près de la ville de Cukurca, (province de Hakkari). Une autre attaque, survenue le 20 juillet, a fait 15 morts parmis les soldats, alors que des renforts avaient été envoyés à Cukurca après l’attaque contre le véhicule militaire.

Autre signe de désenchantement après les espoirs suscités par « l’initiative kurde » initiée par Erdogan, un certain nombre de personnes composant le « groupe de paix » qui avaient traversé la frontière irako-turque est retourné en Irak. Ces 34 "envoyés de la paix", 30 adultes --huit militants du PKK et 22 « sympathisants « avaient d’abord été laissés en liberté, mais ont été accusés ensuite de liens avec le PKK, risquant jusqu’à 20 ans de prison. Dix d'entre eux ont été mis en détention et leur procès s’est ouvert en juin dernier. "Nous avons tendu la main, mais nous nous sommes heurtés au vide", a déclaré le porte-parole de ce groupe cité par l’agence Firat. Le ministre turc de la Justice, Sadullah Ergin, questionné par la presse, a déclaré ne rien savoir de certain sur ce retour en Irak, tout en le regrettant : "Nous avons reçu des informations dans ce sens, J'aurais souhaité qu'ils restent dans ce pays pour contribuer aux efforts de paix du gouvernement ».

Pour sa part, le chef militaire des forces du PKK, Murat Karayilan, a confirmé, dans un entretien à la BBC, les propos d’Öcalan, en précisant, qu'il ordonnerait à ses hommes de déposer les armes « sous supervision de l'ONU » si la Turquie acceptait un cessez-le-feu, en brandissant pour la première fois depuis des années la menace de « l’indépendance »: "Si le problème kurde est résolu de façon démocratique via le dialogue, alors oui, nous déposerons les armes. Mais "si le gouvernement turc refuse d'accepter cela, nous devrons proclamer l'indépendance" du sud-est turc, où opère le PKK.

Seul signe de détente politique, le parlement turc a voté, le 22 juillet une loi limitant l’emprisonnement des enfants kurdes qui avaient été arrêtés pour avoir lancé des pierres sur les forces de l’ordre, lors de manifestations. Des centaines d’entre eux, certains âgés de 12 ans, avaient été condamnés à la prison de jeunes, malgré les protestations d'organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International. La nouvelle loi prévoit une amnistie pour les mineurs emprisonnés : "Environ 190 mineurs actuellement en prison devraient sortir... Et des milliers d'autres actuellement jugés devraient bénéficier de cette loi", a déclaré à l'AFP le député kurde Bengi Yildiz. Les mineurs coupables de participation à une manifestation interdite ou convaincus de délits énoncés dans la loi antiterroriste iront dans des maisons de redressement, et non plus en prison. Seuls les « récidivistes » et ceux pris avec des armes continueront de risquer des peines d’emprisonnement, mais ne pouvant plus dépasser six années. Enfin, ces enfants et adolescents ne seront plus jugés par des tribunaux pour adultes.

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