SYRIE : ARESTATIONS EN MASSE, MYSTÉRIEUSE ÉPIDÉMIE PARMI LES CONSCRITS KURDES.


Les forces syriennes ont arrêté 400 personnes début juillet, toutes kurdes, dans un vaste coup de filet comprenant les villes d’Alep, de Qamishlo, d’Afrin, Hassaké et Raqqa. C’est l’agence turque Anatolie qui s’est fait l’écho de cette nouvelle, alléguant qu’il s’agissait de membres appartenant au PKK, affirmation démentie par les organisations et associations kurdes syriennes. Les charges pesant sur les détenus vont de la collecte illégale d’argent au séparatisme et à la volonté de « diviser la Syrie ». L’agence turque a même indiqué que 11 membres du PKK ont été tués dans des affrontements avec les forces syriennes.

Mais l’association « International Support Kurds » basée en Syrie a dès le lendemain, 2 juillet, démenti ces affirmations, indiquant que les 400 Kurdes arrêtés l’avaient été en raison des derniers événements du Newroz, notamment à Raqqa, où les Kurdes célébrant le Nouvel An avaient été attaqués par les autorités syriennes, et non en un seul coup de filet, mais en plusieurs vagues d’arrestations. Certaines de ces personnes ont été relâchées depuis. De plus, selon Newaf Khalil, journaliste et analyste de la politique kurde en Syrie, la plupart des Kurdes arrêtés sont soupçonnés non d’appartenance au PKK, mais à un autre parti, le PYD.

Quant aux onze morts mentionnés par Anatolie, ils relèvent, selon le journaliste, de la pure invention, ou bien d’une manœuvre de la part de l’AKP, visant à persuader l’opinion publique turque qu’il agit au niveau régional pour combattre le PKK en dehors de ses frontières.

Par ailleurs, si le motif des arrestations est contesté par les Kurdes syriens, la répression est elle, bien réelle. Amnesty International a une fois de plus interpellé le président syrien sur le sort de 52 prisonniers dont on est sans nouvelles, après une révolte en détention qui a coûté la vie à 22 personnes, dans la prison militaire de Saydnaya 2 ans auparavant. Malcolm Smart, directeur d’Amnesty pour le Moyen-Orient a ainsi déclaré que les autorités syriennes devaient renseigner les familles des prisonniers sur leur état, leur lieu de détention, voire leur décès, et les circonstances de ces décès. Selon un rapport de police, les violences avaient commencé du fait de neuf prisonniers islamistes attaquant les gardiens pour s’emparer de leurs armes et de leurs téléphones portables, afin d’alerter leurs familles et les organisations internationales sur leurs conditions de détention. Au moins 17 prisonniers et 5 militaires seraient morts.

Les persécutions contre les Kurdes de Syrie prennent aussi la forme d’expropriations. Ainsi des fermiers kurdes de Dêrik ont été obligés de signer des feuilles blanches qui ont servi à annuler toute possibilité de réclamer les terres qu’ils exploitaient, une fois que l’État les aurait confisquées et soustrait à toute activité agricole. Le texte de la cessation des terres comporte aussi la mention que ces actes ont été signés sans contrainte et que les paysans étaient en pleine possession de leurs moyens physiques et mentaux. En fait, les fermiers kurdes ont fait état de menaces s’ils refusaient de signer, notamment celle d’être accusés d’appartenance à une organisation illégale, comme le PKK, le PYD ou la Confédération du Kurdistan occidental, ou bien de se voir refuser, pour leurs enfants, l’accès à la scolarisation et aux universités.

Enfin, une suite de morts mystérieuses affecte les conscrits syriens d’origine kurde depuis des mois. Plusieurs appelés sont en effet morts dans le nord de la Syrie, alors qu’ils servaient sous les drapeaux, les circonstances de leurs décès demeurant inexpliquées. Devant l’insistance des familles et des associations, les militaires syriens ont finalement invoqué la possibilité d’une « épidémie » et annulé plusieurs enrôlements de jeunes soldats. Une association kurde affirme dans une déclaration que 10 recrues ont été ainsi hospitalisées le 12 juillet dans un hôpital de Qamishlo et que leur état serait critique. Sans réellement apporter de précisions sanitaires, d’autres officiels syriens ont par ailleurs admis que la soi-disante épidémie serait plutôt due à un épuisement sévère, aggravé par la canicule qui frappe toute la région, et divers maux comme la dysenterie, pouvant être aussi causés par la déshydratation et la dénutrition. « Il y a beaucoup de suppositions concernant les raisons de ces maladies, certains accusent les vaccins donnés aux nouveaux soldats, qui sont peut-être défectueux. D ‘autres attribuent la cause au climat qui aurait provoqué une vague d’insolations et de fièvres. D’autres parlent aussi de contamination par l’eau et la nourriture, tout cela ne concernant que les militaires, et non des civils » a ainsi déclaré le porte-parole de l’association Kurdistan occidental, aoutant que le diagnostic des médecins est difficile à établir en raison de la pauvreté de leur équipement et des moyens des laboratoires. Au moins 14 soldats, tous des nouvelles recrues, auraient ainsi perdu la vie, dans les hôpitaux militaires de Harasta et Teshrin.

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