IRAK : LE SOUTIEN DES KURDES EST INDISPENSABLE POUR UN FUTUR GOUVERNEMENT


Le 9 août, une rencontre a eu lieu entre le Premier Ministre irakien, Nouri Al-Maliki, leader du Parti l’Etat de droit et le président de la Région du Kurdistan, Massoud Barzani, pour un entretien portant la crise irakienne et la formation problématique d’un nouveau gouvernement, en suspens depuis le 7 mars. La dernière visite du Premier ministre au Kurdistan remonte au 21 mai. Alors que les deux blocs sunnites et chiites arabes sont arrivés au coude à coude lors des dernières élections, les Kurdes, bien plus unis, ont à jouer un rôle prépondérant dans le bon fonctionnement d’une future coalition.

Alors que de nombreux litiges ont souvent envenimé les relations entre Erbil et Bagdad – la question de Kirkouk, les contrats pétroliers, le budget – Massoud Barzani a cependant déclaré qu’il n’était pas absolument opposé à un second mandat ministériel pour Nouri Al-Maliki, tout en précisant que cette rencontre n’avait pas pour but la formation d’une coalition, mais de « renforcer une vieille alliance » et d’envisager de mettre fin aux innombrables problèmes dont souffre le pays.

Pour sa part, le Premier Ministre irakien a indiqué que son parti, État de droit, avait approché de la même façon tous les partis en lice lors des dernières élections, afin de pouvoir tracer une « feuille de route ». Nouri Al-Maliki a également rencontré le président de l’Irak, le Kurde Jalal Talabani, qui a affirmé être à l’origine de cette rencontre, qu’il avait conseillé au chiite, afin de balayer les craintes des Kurdes de voir, une fois de plus, leurs revendications écartées ou reportées sine die : l’application de l’article 140, les ventes de pétrole et de gaz, l’entretien des Peshmergas ainsi que la reconduction du mandat présidentiel du leader de l’UPK.

En réponse, l’Alliance du Kurdistan, la coalition principale des partis kurdes, a soumis ainsi une liste de 19 revendications, envoyée à chacun des deux principaux candidats, Iyad Allawi, qui mène la coalition sunnite Iraqiya et Nouri Al-Maliki. Jusqu’ici, aucun des deux Irakiens n’a apporté de réponse formelle à ces demandes qui sont :

1. S’engager à respecter la Constitution et tous ses articles, ainsi que préserver le système fédéral et démocratique.
2. La formation d’un gouvernement national qui inclurait tous les groupes clefs de la société irakienne.
3. L’adhésion au principe de partenariat dans la prise de décision doit être maintenue comme suit :
  • A. Un Conseil de sécurité national doit être formé en vertu d’une loi qui serait votée en même temps que l’approbation parlementaire du nouveau gouvernement.
  • B. Mettre en place une régulation interne au Conseil des ministres qui clarifierait les prises de décision et les groupes responsables de ces décisions, ainsi que les pouvoirs détenus par le Premier Ministre et ses adjoints.
  • C. Adhésion au principe de « consensus » (tawafuq).
4. La formation d’un conseil fédéral pour une durée d’un an après celle d’un nouveau gouvernement. Le président de la république et ses vice-présidents doivent avoir le droit de veto.
5. La loi électorale doit être amendée afin de représenter équitablement tous les Irakiens.
6. Le recensement général doit être fait dans les temps prévus.
7. Reconsidérer le complexe des forces armées et des autres forces de sécurité, approuver et mettre en œuvre un principe d’équilibre.
8. Mettre en œuvre un principe d’équilibre dans toutes les institutions d’État, y compris les ministères, les commissions indépendantes, etc.
9. Appliquer l’Article 140 de la Constitution et allouer le budget nécessaire à cette application dans un délai qui ne doit pas dépasser deux ans.
10. Approuver le projet de loi final sur les ressources hydrauliques dans un délai d’un an après la formation du nouveau gouvernement.
11. Approuver le projet de loi final sur le gaz et le pétrole dans un délai d’un an après la formation du nouveau gouvernement.
12. Financer et armer les gardes de la Région du Kurdistan (Peshmergas) comme faisant partie du système de défense irakien.
13. Soutenir le candidat de l’Alliance du Kurdistan à la présidence de la République.
14. Dédommager les victimes de l’ancien régime, dont les victimes de l’Anfal et des armes chimiques utilisées à Halabja et en d’autres lieux. Les dédommagements devront être immédiats et justes.
15. Les Kurdes devront être gratifiés de postes-clef dans les ministères et au Conseil des ministres tout comme dans les commissions indépendantes de façon à prendre en compte avec justice les droits des nations.
16. La fraction du Kurdistan doit avoir un droit de vote pour l’approbation des ministres principaux et des autres ministères relatifs à la Région.
17. Le secrétaire général du Conseil des ministres doit être un candidat issu de l’Alliance du Kurdistan.
18. Le gouvernement de coalition sera dissout si l’Alliance du Kurdistan se retire en raison de violations graves de la Constitution ou du refus de respecter les termes du programme convenus.
19. Les membres du Parlement et les membres du gouvernement représentant le Premier Ministre doivent soutenir les projets antérieurs.

À la fin du mois, l’autre candidat irakien au gouvernement, Iyyad Allawi, doit lui aussi se rendre à Erbil pour rencontrer Massoud Barzani, comme l’a annoncé le journal Aswat Al-Iraq, de même, le leader du Conseil suprême islamique, Ammar Al-Hakim.

Une autre rencontre, interne au Kurdistan celle-ci, a eu lieu ce mois-ci, toujours dans le cadre d’une entente post-électorale. Elle réunissait de hauts responsables de l’UPK et les leaders du parti d’opposition Goran, parti issu des dissidents du parti de Jalal Talabani. Depuis les élections législatives de juillet 2009 et la campagne électorale assez vive qui les avait opposés, les relations entre les deux mouvements s’étaient encore envenimées. Des responsables des deux partis ont cependant salué la rencontre, vue comme une étape importante pour apaiser les tensions. Awat Sheikh Janab, un cadre de Goran, s’est ainsi dit optimiste sur les pas qui ont été faits, qu’il voit comme « un début » : « La situation politique du Kurdistan nécessite un tel accord et un rapprochement. » Mais la teneur de la rencontre est restée secrète. On sait seulement que Goran a soumis à l’UPK un certain nombre de conditions, en échange de quoi une union à Bagdad des députés de l’Alliance et de Goran (qui dispose de 8 sièges) pourrait renforcer les Kurdes, et surtout la question du soutien à la présidence de Jalal Talabani se posera aussi. Le leader de Goran, Nawshirwan Mustafa, un des vétérans de l’UPK, n’a pas encore rencontré directement Jalal Talabani. Sa’di Ahmed Pire, un des dirigeants de l’UPK ne pense pas que son président s’opposerait à une telle rencontre.

Mais récemment, l’Alliance du Kurdistan, qui rassemble le PDK comme l’UPK, a porté plainte contre un journal appartenant à Goran, Rozhnama, après que celui-ci a publié en première page un article accusant les deux partis au pouvoir de vendre du pétrole brut en contrebande à l’Iran afin de remplir leur caisse. Le PDK réclame des dommages et intérêts d’un montant si élevé qu’il ne pourrait aboutir qu’à la fermeture du journal. Des observateurs s’interrogent sur le fait qu’un rapprochement pourrait être un autre moyen de faire taire les critiques sur la corruption du gouvernement, principal argument électoral de Goran contre l’Alliance. Mais selon Muhamad Tofiq Rahim, un porte-parole de Gorran, la ligne de son parti ne changera pas, même en cas de détente politique.

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