Le Kurdistan et ses chrétiens : Introduction


Juin 1989. À Paris, j'ai un long entretien avec Abd al-Rahman Qasemlu, un mois avant qu'il soit assassiné. Le leader du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran est né à Ourmia. Il parle de ses souvenirs d'enfance dans le Kurdistan iranien ; sa mère était assyrienne. Pour se procurer les vêtements pour l'école, son père se fournissait chez un commerçant juif, parce que "tous les marchands s'enrichissent, mais celui-là le fait honnêtement". Après 1948, le commerçant émigra en Israël, mais il revint une année plus tard, parce que "en Israël tout le monde est juif, et il est difficile d'embobiner quelqu'un."
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Août 2002. Un bus qui assure la ligne entre Van et Mahabad transporte un groupe de Kurdes. Un jeune porte au cou une chaînette avec une croix. À la frontière de la Turquie laïque, un militaire turc l'invective méchamment, en soutenant qu'il ne doit pas montrer la croix. Un peu plus loin, à la frontière de l'Iran (république islamique !), personne n'y fait attention.

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Novembre 2005. Le député kurde Nuri Talabani, de Kirkûk, me parle avec beaucoup d'émotion de l'histoire arrivée à son père ; en 1951, un riche juif sur le point d'émigrer se rendit chez lui pour vendre ses biens. Selon la loi irakienne, les juifs ne pouvaient pas s'expatrier en emportant de l'argent et des bijoux. Jamil Talabani se refusa à acheter, en disant : "Tu es obligé de partir et je n'achète pas." Ils établirent un accord ; et le juif lui laissa ses biens. Pendant des années, quand quelqu'un se rendait chez Jamil au nom du propriétaire, le Kurde lui remettait des bijoux et des objets précieux à emporter en Israël.

Mirella Galletti, Le Kurdistan et ses chrétiens : Introduction.



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