action poétique : Dix poètes kurdes


Ferhad Pîrbal, Quarante-quatre définitions de l'exil (extraits)



1) Un tourbillon t'emporte.
2) Un enfant de neuf ans entre dans un bazar et ne comprend la langue ni des personnes ni des objets.

5) Contraint de se prendre pour un autre.
6) Le cœur infatigable de la création.
7) L'indignité, les yeux baissés, le sentiment d'infériorité.
8) L'indigne indignité, les yeux bas baissés, le sentiment inférieur de l'infériorité.
9) La nostalgie des voisins.

17) Ne pas oser regarder dans les yeux un petit vaurien allemand.
18) Acheter à moitié prix à un réfugié libanais un manteau volé.
19) À Copenhague, dire à une vieille Polonaise décrépite et divorcée : "Je suis très hreux de vous connaître, Madame."

22) La maladie d'attendre, perpétuelle, attendre, attendre, une lettre.
L'envie toujours d'écrire, toujours, toujours, une lettre.


24) L'angoisse du dimanche soir : aller ou ne pas aller s'asseoir dans un bar.
25) Être jaloux d'un chien norvégien.


27) "Porc noiraud".

35) À Paris, une vieille Juive portugaise te prend en pitié et te dit :
Pourquoi ne pas rentrer dans ton pays, mon fils ?

38)Ne pas parler kurde pendant dix-huit mois.

44) Enivré de haschich, jurer sur les quarante-quatre prophètes que tu es le quarante-cinquième.


Ferhad Pîrbal : Né en 1961 à Erbil, où il demeure. Il a fait une partie de ses études à Paris. Critique littéraire, il enseigne l'esthétique à l'université Selaheddîn d'Erbîl. Personnalité marquante de la vie culturelle et intellectuelle du Kurdistan d'Irak, il a publié de nombreux livres (poèmes, romans, pièces de théâtre, essais...).

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