minorités en Islam : les Yézidis. Accommodements avec le Diable.



Non, le "diable" ici n'est pas Iblis ni Malik al-Taws, mais... les Chrétiens, pour expliquer la relative bonne entente des uns et des autres, encore que je ne suis pas sûre que les Chrétiens aient été toujours très gentils avec eux...


Exclus de la société civile et de son système religieux officiel, les Yézidis, on l'a vu, avaient toujours cherché à s'y inscrire, notamment en recherchant le patronage de puissants, depuis Châhpour jusqu'à Yazîd et à Cheikh Adi. Partagés entre la stratégie sécessionniste qu'ils ont adoptée par nécessité, dans les refuges, et la stratégie d'intégration qui correspondait à leurs inclinations, ils se sont accommodés dans la mesure où ils le pouvaient, de cet environnement extérieur qui représentait pour eux un mal inhérent à l'existence même du monde. Si les tribus guerrières yézidies ont été turbulentes comme tous les nomades, il apparaît qu'après la sédentarisation les villages ont toujours cherché à entretenir avec leurs voisins, notamment chrétiens, des relations pacifiques. On a noté l'attraction exercée sur les Yézidis par les couvents syriens, parfois même l'aide apportée aux moines par les premiers. Après 1915, les Yézidis auraient accueilli avec compassion de nombreux réfugiés arméniens de la région de Mardin. On remarquait en 1914 les bons rapports entre le Mir yézidi et le patriarche nestorien. Ces relations satisfaisantes avaient déjà été signalées par un missionnaire capucin à la fin du XVIIe siècle. Certes Yézidis et Chrétiens étaient rapprochés par les vexations communes dont ils souffraient d ela part des Kurdes musulmans. Il est manifeste que l'idéal de celle-ci s'est concilié aussi bien avec la dispersion dans les hautes terres qu'avec la concentration dans les refuges homogènes du piedmont. Ceux-ci ont été, dans l'histoire et la vie des Yézidis, des accidents, géographiques et historiques. Il y a nettement là un type de distribution intermédiaire entre les sécessions montagnardes du monde arabe et la diffusion sectaire du monde turco-iranien.
Xavier de Planhol, Minorités en islam, 3, Confins turco-arabes : Les yézidis.
À noter que cette recherche d'un "patronage puissant", permettant à la fois d'être à part et toutefois dans la société kurde contemporaine, a trouvé sa continuité dans la constitution du Gouvernement régional kurde, mais surtout dans la politique traditionnelle du clan Barzani de "protection-clientèle" des minorités, yézidis ou chrétien, et pas seulement une protection sécuritaire. Ainsi le centre yézidi de Duhok bénéficiant de subventions gouvernementales, avec l'appui direct de l'ancien Premier ministre, Nêçirvan Barzanî, etc.

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