À l'homme il faut d'abord l'amour, puis il est un derviche

Écoutez, ô mes amis, l'amour est un soleil
Le cœur sans amour est une pierre

Au cœur de pierre que pousse-t-il ? de sa langue sourd le poison
Il a beau dire des douceurs, ses mots font la guerre

Le cœur d'amour, lui, brûle, fond et devient cire
Quant aux noirs cœurs de pierre, ils sont pierre âpre et dure

Au service de ce seigneur, dans le registre saint
L'étoile des amoureux est toujours un messager

Traverse, Younous, les soucis, la forêt s'il le faut
À l'homme il faut d'abord l'amour, puis il est un derviche
 Younous Emre.



La tribu a levé le camp, le chien hurle
Seuls restent Medjnoun et la montagne

As-tu vu sous la neige la montagne d'en face
Plus rare au fil des jours elle fond et s'en va
As-tu compris la leçon des eaux qui s'écoulent
Prosternées le front au sol et s'en vont ?

Tu es puissant, ô grand seigneur, tout-puissant
Où que je pose mon regard, là, tu es présent
Au-dessus de nous ciel de tente sous quatre mâts
Tu nous enveloppes tous et tu t'en vas.

Vague sur vague ces grands oiseaux qui viennent
Couverts d'émail, les grands soleils ne les brûlent point
Les arbres qui de tout temps donnent des fruits
Eux non plus ne demeurent, ils pourrissent et s'en vont.

Notre mer est profonde, on y perd pied
Je dirais mille et un mots, nul ne serait compris
La corde ne tient pas attaché l'incroyant
La corde en son sein, il marche et s'en va.

Seigneur Hatayî lève le camp
Protège-toi de l'œil des derviches
Des paroles de renégats douteux
Notre cœur irrité se lasse et s'en va.

Hatay.

La Montagne d'en face, poèmes des derviches anatoliens, Fata Morgana.

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