Procès "kurde", procès "arménien"

À observer de près les procès intentés à Orhan Pamuk, Hrant Dink ou Ragıp Zarakolu, (ils ont fait souvent la une, récemment), il apparaît clairement que ces hommes sont jugés officiellement pour insulte à l'identité turque, ou à l'État, mais qu'ils sont tous visés, en réalité, en raison de leurs prises de position sur la question arménienne.
Il nous est donné de lire entre les lignes de souvenirs, généralement publiés par les maisons d'édition islamistes opposées à Ittihat ve Terakki, "le discours caché", opposé à la thèse officielle sur le problème arménien. On peut dire que le discours anti-officiel a commencé avec Ismail Beşikçi, qui réserva une place importante à la question arménienne dans ses ouvrages consacrés à la question kurde. Si l'une des causes principales des multiples condamnations de Beşikçi – qui passa la plupart de sa vie en prison – se rapportait au problème kurde, une autre tenait sans nul doute à l'intérêt profond qu'il portait au "problème arménien".
(…)
Résumons-nous, une fois de plus, au sujet de la Turquie et du "génocide arménien" : le problème du pays, aujourd'hui, n'est ni celui de la "négation", ni celui de la "reconnaissance". Son problème fondamental, c'est la "compréhension". Et la Turquie n'y aura accès, ne prendra pleinement conscience de son passé, de son histoire, que si elle progresse dans son combat pour la démocratie. Une négation ou une reconnaissance qui ne passe pas par la conscience et par la compréhension n'est dans l'intérêt de personne. Aussi, les interventions extérieures de ceux qui ne tiennent pas compte de ce facteur, prolongent l'état de rupture au lieu de l'abréger. Ceux qui imposent à la société turque de nommer le passé "génocide" et de le reconnaître pour tel font une mauvaise analyse de la situation. Car, pour finir, la société turque ne nie pas la vérité tout en la connaissant, elle défend ce qu'elle connaît comme vérité. Comment cette société pourrait-elle percevoir et nommer, sans difficulté, une histoire vieille de quatre-vingt-dix ans, quand on sait qu'elle a du mal à nommer, à définir en termes légaux des événements aussi récents que "le scandale de Susurluk" ou la découverte des cadavres enterrés, œuvre du Hezbollah turc ? Sachant, par ailleurs, que cette même société aura été bombardée, durant tout ce temps, par tant d'informations erronées.
Hrant Dink, Deux peuples, proches, deux voisins lointains, III, "Que faut-il faire ? Que faut-il ne pas faire ?"

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