Parution : Deux peuples proches, deux voisins lointains



Présentation de l'éditeur
Arménien de Turquie, Hrant Dink a payé de sa vie son combat exemplaire pour le rapprochement des deux peuples et des deux pays. Assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007, cet homme a transmis - avant de disparaître - un héritage inestimable. Une manière aussi simple qu'audacieuse d'affronter le passé, de surmonter les traumatismes, de penser la paix. Pas moins habité par la mémoire de l'horreur - 1915 - que par le souci de désamorcer les résistances de ceux qui la nient ou n'en prennent pas la mesure, il s'était donné pour priorité le changement des mentalités, la lente et urgente conquête de la démocratie. Fondateur et rédacteur en chef du seul hebdomadaire bilingue de Turquie - Agos -, Dink a initié un ton, une posture. Il a refusé de bout en bout de céder le terrain de l'avenir à celui de la méfiance et de la peur. Le pas qui vient d'être franchi en faveur de l'ouverture de la frontière arméno-turque lui doit une bonne part de sa raison d'être. "Nous avons vécu très longtemps ensemble sur ces terres, écrit-il dans ce livre posthume, nous avons une mémoire commune. Cette mémoire commune, nous l'avons divisée en mémoires monophoniques. Nous ne jouons, les uns et les autres, que les accords que nous connaissons. Pourquoi ne pourrions-nous pas reconstruire notre mémoire commune en transformant le monologue en dialogue ?" La voix de Dink est plus actuelle, plus vivante que jamais.

Broché: 200 pages
Editeur : Actes Sud (14 novembre 2009)
Collection : Bleu
Langue : Français
ISBN-10: 2742787801
ISBN-13: 978-2742787807

"Ils ont détruit le monde ! Oui, mais nous recommencerons", Jean Kéhayan :
Aurait-il pu penser que depuis (ou à cause de) son assassinat, le difficile rapport des Turcs aux Arméniens serait devenu un sujet d'une actualité permanente pour les parties concernées ? Cent mille personnes dans les rues d'Istanbul qui clament : "Nous sommes tous des Arméniens, nous sommes tous des Hrant Dink." Des Arméniens mais aussi des Turcs et des Kurdes. Lui qui aimait le foot, avec quel plaisir aurait-il assisté aux matchs Arménie-Turquie aller-retour qui ont scellé la diplomatie dite "du ballon rond". Aurait-il pu penser que circule une pétition déjà signée par plus de trente mille personnes et qui dit : "Ma conscience ne peut accepter que l'on reste indifférent à la grande catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu'on la nie. Je regrette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments de mes sœurs et frères arméniens, et je leur demande pardon ?" Même en rêve, on ne pouvait imaginer que les situations s'emballent. C'est vrai que les cendres de l'histoire sont encore chaudes (…)


Ouverture, Etyen Mahçupyan :

Hrant n'était pas l'auteur d'une somme de publications. Il n'était pas ce qu'on appelle un "penseur". Il n'y prétendait pas. Hrant était un homme d'action, avec une voix et une parole uniques. Ce qu'il pensait, il le puisait et l'appliquait dans les faits, dans la vie. Son souci était de contribuer à changer les choses, à les corriger, à en traiter les contradictions, à satisfaire. Satisfaire, tels étaient sa motivation, son plaisir majeur. C'est en ce sens que toute personne était à ses yeux un ami potentiel, un possible compagnon de route. Son critère, c'était la moralité de la conscience. Pour lui, cette conscience avait le pouvoir, à elle seule, d'abolir les distances, de résoudre les contradictions, les nœuds, les conflits. C'est la raison pour laquelle il a toujours été plein d'espoir, il a toujours fait confiance, toujours "invité". L'invitation de Hrant s'adressait essentiellement à la conscience mais aussi, par son truchement, au bon sens et à l'amour. C'est ainsi que les gens qui l'ont approché l'ont perçu : "nu". Ils s'en sont remis à la force d'attraction de son naturel et de sa sincérité, essayant, à son contact, de devenir eux aussi plus humains. (…)

À propos de la traduction, Dominique Eddé :

Traduire Hrant Dink, c'est traduire un mouvement. C'est tâcher de conserver cette façon qu'il a de faire inlassablement l'aller-retour d'une proposition à l'autre, d'un point de vue, d'un protagoniste à l'autre. Car s'il est une démarche animée par le souci de joindre les deux bouts, de tisser des liens entre eux, c'est bien la sienne. Son lecteur n'est pas une personne qu'il cherche à convaincre, mais deux personnes en désaccord qu'il cherche à rapprocher. Si bien qu'il est amené tantôt à redire la même chose autrement, tantôt à se retourner, ainsi qu'un berger, pour compter son troupeau. Nous avons jugé bon de ne pas gommer ces répétitions volontaires, Outre leur fonction de leitmotiv, elles donnent la mesure de l'énergie déployée par cet homme pour faire reculer la surdité et la haine. Dink revient à la charge, non pour avoir raison mais pour s'assurer d'avoir donné raison à qui de droit en chemin. Son ennemi n'est jamais quelqu'un, mais ce qui menace ce quelqu'un de perdre sa qualité humaine. On en vient à se demander si cet homme n'est pas mort d'avoir refusé à ses tueurs un statut d'ennemis. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a à voir, à partir et au-delà de e livre, une figure, une posture, une méthode exemplaires. Non seulement pour les Turcs et les Arméniens, mais pour tous ceux qui, d'un coin du monde à l'autre, demandent davantage à gagner la paix qu'à gagner la guerre.


Table

Préface. – "Ils ont détruit le monde ! Oui, mais nous recommencerons", par Jean Kéhayan
Ouverture, par Etyen Mahçupyan
À propos de la traduction, Dominique Eddé


Deux peuples proches, deux voisins lointains
Avant-propos

L'histoire récente d'une absence de relation :
Les tentatives de contacts au plan officiel
Les tentatives de contacts non gouvernementaux

Les raisons qui alimentent l'absence de relations entre la Turquie et l'Arménie :
L'histoire. Le traumatisme. La paranoïa
L'état mental du monde arménien ou le lourd héritage : le traumatisme
L'héritage gaspillé : la relation historique
L'ingrédient principal de l'identité nationale turque : la paranoïa

Que faut-il faire ? Que faut-il ne pas faire ?
Les acteurs. Les rôles. Les préférences
Le premier code du cadenas : l'ouverture de la frontière. L'établissement de la relation diplomatique.
Déverrouiller l'histoire et la surmonter
L'axe principal de la politique à mettre en œuvre : les champs d'intérêts communs
Mettre le désir à la place de la peur

Conclusion

Annexes
Hrant Dink
L'appel à la Turquie par l'Arménie : "En tant que voisins, il faut que nous voulions transcender le passé".


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