SYRIE : ARRESTATIONS ET GRÈVES DE LA FAIM


Un avocat kurde, Mustafa Ismaïl, a été arrêté et mis au secret par les autorités syriennes le 12 décembre. Amnesty International a aussitôt appelé à sa libération, en faisant état de risques de torture et de mauvais traitements encourus par le prisonnier. Mustafa Ismaïl écrivait régulièrement sur la condition des Kurdes en Syrie et en Turquie sur de nombreux sites Web étrangers. Convoqué par les services de sécurité de la Force aérienne d’Alep, il a disparu depuis. Sa famille, qui s’est rendue à Alep le 17 décembre dans ces mêmes services s’est entendue répondre que jamais Mustafa Ismaïl n’avait été vu dans leurs bureaux, et on lui a intimé l’ordre de rentrer chez elle.

Pourtant, la veille de son arrestation, le 11 décembre, l’avocat écrivait sur le site Levant News, basé à Londres, qu’il venait de recevoir une convocation pour se rendre au bureau de la sécurité de la Force aérienne d’Alep en ajoutant qu’il devrait entrer dans le Guiness des records pour le nombre de fois où il avait été appelé à se rendre dans les bureaux des services de sécurité depuis 2000. Ainsi, le 3 octobre dernier, il avait été interrogé par le bureau de la Sécurité politique, le 5 octobre par la Sécurité militaire, les 7 et 8 novembre par la Sécurité d’État. Les interrogatoires portaient toujours sur ses activités dans les media, et notamment les entretiens téléphoniques qu’il avait donnés à la chaîne Roj-TV.

Mustafa Ismaïl n’est pas le seul Kurde de Syrie à avoir « disparu » en 2009. Le 1er août, Un adolescent de 15 ans, Shahab Othman, qui vivait dans la région de Koban, a été également arrêté et emmené par la Sécurité politique et sa famille est depuis sans nouvelle. Le 17 novembre, Aziz Khalil Abdi a été arrêté par la même Sécurité politique et son sort demeure inconnu. Le 28 décembre, quatre autres Kurdes ont été arrêtés et emprisonnés à Qamishlo. Hassan Saleh, Maarouf Mala Ahmed et Muhammad Mustafa sont des responsables du parti interdit Yekitî. Anwar Nasso est un artiste militant. Les motifs précis de leur détention sont inconnus.

Par ailleurs, depuis le 30 octobre, des prisonniers kurdes qui poursuivaient une grève de la faim dans la prison d’Adra, à Damas, pour protester contre leurs conditions de détention et leur isolement, ont interrompu leur action. Mais selon le Comité exécutif du Parti de l’union démocratique, les grévistes ont été torturés et alimentés de force. Les prisonniers réclament un procès régulier, la fin de leur isolement, le droit de sortir de leur cellule, le droit de recevoir des visites de leurs proches et parents, et celui d’avoir accès, comme les prisonniers de droit commun, à la radio et aux informations télévisées. Dix jours après l’interruption de leur grève de la faim, des visites ont été autorisées pour des familles de prisonniers qui, selon elles, portaient sur eux des traces de torture. Ils ont raconté avoir été enfermés, seuls, dans des cellules étroites, où on les a forcés de s’alimenter. Le leader du mouvement, qui négociait avec les autorités de la prison, s’est fait promettre que leurs demandes seraient prises en considération, mais jusqu’à ce jour, rien n’a changé selon le Comité. Certains détenus voyaient leur famille pour la première fois depuis le début de leur emprisonnement. Les visites se sont déroulées dans le bureau du colonel de la prison, mais ont été immédiatement écourtées quand le kurde était utilisé dans les conversations ou que les prisonniers rapportaient ce qui s’était passé. Certains détenus ont particulièrement souffert des mauvais traitements et des tortures endurés : Muhammad Habash Rashi Bakr, détenu depuis 7 ans, Nuri Mustafa Hussein, et de Salah Mustafa Misto détenus depuis 6 ans.

Enfin, le 30 décembre, le parti Yekitî annonçait la libération d’Ibrahim Burro, qui avait été arrêté en avril 2009 et condamné à un an de prison en octobre dernier, pour « appartenance à une organisation clandestine ». Lors d’une réception officielle donnée par Yekitî, Ibrahim Burro a relaté en détail ce qu’il avait vu et subi en prison. Il a ainsi indiqué que de nombreux adolescents, sans grande expérience politique, se trouvaient en détention uniquement pour avoir brandi les emblèmes de partis politiques kurdes et que beaucoup d’arrestations dans les milieux kurdes étaient totalement arbitraires.

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