Réfutation excellente de la divinité de Jésus Christ et Contestation de la Trinité


Dans son Al-Rad al-Jamil li Ilahiyat 'Issa bi Sarih al-Injil, le théologien Abu Hamid Ghazalî s'emploie à faire ce qu'ont fait pas mal de penseurs musulmans dans leur disputatio contre les chrétiens : dénoncer leurs erreurs et égarements religieux. Il est à noter, cependant, que, contrairement à ce que l'on prête si souvent à l'opinion musulmane sur les Évangiles, Ghazalî, comme Sohrawardî, comme Sejestanî et tant d'autres, ne voient pas le Nouveau Testament comme un texte déformé, une révélation falsifiée. Au contraire, comme Sohrawardî citant abondamment l'Évangile selon saint Jean, comme Sejestanî s'appuyant sur une version, certes gnostique, de saint Matthieu, Ghazalî a une lecture "coranique" des Évangiles ou de l'Ancien Testament. Il ne conteste absolument pas l'exactitude des propos prêtés au Christ ni même de ceux de ses apôtres (comme pour les chrétiens d'alors, il identifie le Jean des Actes avec le disciple), ni même sa crucifixion. Pour lui, Jésus est le prophète d'une religion révélée et a même droit, en cela, à une tolérance ou des "privilèges" divins et particuliers qu'il ne partage avec aucun autre prophète, pas même Muhammad : ainsi l'emploi du terme arabe hulûl, pour traduire l'idée de la présence de Dieu en Jésus, terme scandaleux pour les musulmans mais qu'Ibn 'Arabî reprendra en le défendant, ce qui lui vaut encore d'être jugé hérétique par d'autres courants d'islam.

Pour Ghazalî, qui ne conteste en rien la parole de Jésus, mais qui attaque les chrétiens sur la mauvaise lecture qu'ils en font en la corrigeant de façon conforme à l'islam (tout comme les chrétiens lisent l'Ancien Testament de façon chrétienne), Jésus a le "droit" de parler de hulûl, comme de "paternité" et de "filiation"; ce qui n'autorise pas les chrétiens à extrapoler là-dessus, de son point de vue. En bref : Les chrétiens n'ont pas forgé un "faux enseignement du Christ", ils ne l'ont juste pas compris et s'entêtent dans leur aveuglement, etc. , soit exactement le reproche chrétien fait aux juifs.

Considérations sur le sens du mot "hulûl", le privilèhe théopathique spécial à Jésus

Ici doit intervenir une considération : c'est que l'emploi du langage métaphorique que nous venons d'étudier, c'est-à-dire l'usage du terme de "hulûl" et de l'expression "Moi et le Père nous sommes Un" [Jean, 10, 22-30], n'a nullement été concédé, ni au fondateur de notre Loi révélée (Muhammad) ni à aucun autre d'entre les musulmans. Mais que, d'autre part, Jésus, lui était le fondateur d'une loi révélée, et que chaque loi révélée jouit de privilèges qui lui sont particuliers. Or, comme Jésus, lorsqu'il usait de ces termes, s'est dégagé en proposant (aux Juifs) une comparaison du soupçon de les entendre suivant leur sens littéral, il demeure prouvé qu'il avait bien été autorisé par Dieu à en user librement et à recourir à ce style métaphorique.

Il en est de même pour l'emploi des termes de "paternité" et de "filiation" et nous mentionnerons l'acception qui le porta à les employer.

Je ne sais si les chrétiens syriaques étaient familiers des divisions théologiques de l'islam, mais Ghazalî, en tout cas, connaît les divisions des différentes églises d'Orient sur la nature divine et humaine du Christ et, loin de les amalgamer en un bloc, les sabre une par une, du moins celles avec qui il était en contact : Les Jacobites, Les Melkites, les Nestoriens.

J'ignore la pertinence de ce qu'il a compris des dogmes de ces Syriaques mais voici, en résumé, ce qu'il dit des deux premiers courants, avant de réfuter point par point ces affirmations :

Les Jacobites :

"Ils croient que Dieu a créé l'humanité de 'Isa, puis y est apparu en s'unissant à elle et ils entendent par "Union" ceci : que Dieu a eu avec cette humanité une connexion semblable à celle de l'âme et du corps. Ensuite de cette connexion est sortie une troisième substance, distincte de chacune des deux premières, composée de nature divine et de nature humaine, douée de tous les attributs de l'une et de l'autre, en tant qu'elle est à la fois Dieu et homme.


Les Melkites :

Ils croient que la nature humaine sont deux natures distinctes et qu'il n'y a entre elles ni mélange ni compénétration, mais que chacune d'elle garde tous les attributs qui lui sont propres. Ils croient que le Messie est une hypostase de la nature divine seulement, laquelle est une substance simple, tirée des deux natures mentionnées et unies à l'homme universel.

Et vient ensuite la réfutation du nestorianisme, c'est-à-dire l'église dominante des Deux Iraq, comme on disait à l'époque, les ancêtres historiques de nos chrétiens kurdistanî :

Les Nestoriens :

Quant aux Nestoriens, ils disent que l'union a eu lieu dans la volonté. C'est là un langage vague qu'il faut préciser. S'ils veulent dire par là que la volonté de 'Isa est conforme à la volonté de Dieu pour les cinq catégories d'actes, ne se séparant d'elle en rien de ce qui est prescrit ou défendu, ni en ce qui est recommandé, condamné ou permis, cela est vrai aussi de tous les prophètes et même des saints qui ne sont pas cependant pas au rang des prophètes.

Mais s'ils veulent dire au contraire que toute chose sur laquelle se porte la volonté divine, la volonté du Christ s'y porte également, c'est une erreur qu'un homme raisonnable ne saurait même concevoir, encore moins tenir pour une croyance.

En effet, comment avoir pareille prétention, alors que la volonté divine avait résolu, d'après eux, la crucifixion du Christ, crucifixion que lui ne voulait pas, à laquelle sa volonté se refusait. À preuve sa prière, où il demande à Dieu d'écarter cela, en lui disant : "Si c'est possible, que c calice s'éloigne de moi, cependant non selon ma volonté mais selon la tienne" ! Il y exprime clairement la divergence entre les deux volontés. De même sa plainte douloureuse lorsqu'il s'informait du motif par ses paroles : "Eloï, Eloï, pourquoi m'as-tu abandonné ?" qui montrent bien que ce motif, il l'ignorait.

En outre celui qui ignore que ce sera un événement, comment sa volonté peut-elle en désirer l'accomplissement ?

Or, l'on sait que la volonté du Christ a désiré que tous les enfants d'Israël se mettent à sa suite et se rallient autour de la vérité. C'est là d'ailleurs le cas de tous les prophètes chargés de guider les peuples. Or, la volonté de Dieu n'avait point le même objet, mais l'objet contraire, puisqu'en fait le premier ne s'est pas réalisé ! De même pour l'Heure : la volonté divine a décidé qu'elle viendrait à un moment déterminé, alors que le Messie ignore quel est ce moment fixé. Comment peut-il donc y attacher sa volonté ? De plus, il s'est dirigé vers le figuier. La volonté divine a voulu qu'il s'y dirigeât alors que l'arbre ne portait pas de fruits ; mais le Messie, lui, s'y est dirigé, ignorant le véritable objet de cette volonté divine. Pareils faits sont nombreux. Qu'on les cherche aux endroits où ils sont. Nous nous abstenons ici de nous y étendre, uniquement parce que c'est chose facile à trouver.

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