Les législations chrétienne et islamique en matière de pratique religieuse : La circoncision



Sur la circoncision, un des fossés creusés par saint Paul entre juifs et chrétiens, et qui, plus tard est censé aussi distinguer les chrétiens des musulmans comme des juifs, on peut voir qu'historiquement, les pratiques ont été plus fluctuantes en Mésopotamie (comme c'est le cas aux États-Unis). Une tradition assez curieuse peut faire, d'ailleurs, de Muhammad un incirconcis, alors que le Christ l'était, lui, sans contestation :

Kindî entend comme toujours faire preuve d'érudition historique et raconte l'origine de la circoncision pour suivre la loi donnée à Abraham, il convient qu'ils connaissent sa raison d'être ; elle a été donnée à Abraham, en prévision du séjour que les enfants d'Israël devaient faire en Égypte : Dieu sachant qu'ils seraient alors tenté de pécher a voulu inscrire ce signe dans leur chair pour détourner d'eux les femmes égyptiennes qui voudraient les entraîner au mal. Kindî soulève par ailleurs le problème de savoir si Mahomet était circoncis et fait état des traditions selon lesquelles il était "tel qu'Adam, Seth, Noé et Hamzala ibn Abî Safwân, c'est-à-dire incirconcis."

Cependant, la pratique de la circoncision fut réintroduite parmi les nestoriens, peut-être en raison des critiques musulmanes ou bien aussi parce que les nestoriens se considéraient, comme cela a été vu, comme plus authentiquement 'sémites et bibliques' que leurs coreligionnaires occidentaux :

À l'époque d'Élie de Nisibe, la pratique de la circoncision semble largement répandue chez les nestoriens et cet auteur s'en glorifie dans son Livre de la Démonstration, en comparant la pratique de son église avec celle des autres chrétiens : "Nous suivons la manière d'agir de Notre-Seigneur et de ses saints disciples en pratiquant la circoncision."

Si l'on compare ce texte avec ceux de Timothée, de Kindî ou le Majdal, il faut supposer que c'est le reproche fait par les musulmans aux chrétiens de ne pas pratiquer la circoncision à l'imitation du Christ qui a entraîné un retour progressif à cette pratique.

Ishô'yâb bar Malkûn, évêque de Nisibe, confirme la pratique de la circoncision chez les chrétiens nestoriens. L'évolution semble donc s'être faite dans le même sens qu'en ce qui concerne l'exposition des images dans les églises, progressivement abandonnée sous l'influence des reproches musulmans.

Aujourd'hui, il est certain que les images ont été réintroduites, au moins chez les Chaldéens (après tout je ne suis jamais allée dans une église assyrienne). Mais je me demande quand la circoncision a re-disparu des pratiques chrétiennes d'Orient… Quant à l'excision, considérée comme une pratique religieuse musulmane, et encore pratiquée au Kurdistan d'Irak, a-t-elle épargné les chrétiennes ? Après tout les Coptes ne sont pas épargnées…


Doué d'une remarquable activité, Mgr Altmayer lutte, nous dit-il, pour le moment, contre les vieux préjugés et les sottes habitudes qui règnent encore parmi les populations catholiques de ces régions et cherche principalement à affranchir les femmes de la claustration presque absolue dans laquelle elles passent leur vie. Les jeunes filles des meilleures maisons ne sortent pas, même voilées, plus de deux à trois fois par an et, une fois mariées, ne quittent plus du tout le foyer de leur nouvelle famille où, terrorisée par leurs parentes de la génération précédente, elles sont employées aux plus rudes travaux (1). L'archevêque cherche, à juste titre, maintenant que le gouvernement turc, grâce aux nombreuses remontrances de l'Europe, a abandonné toute idée de vexation, à faire profiter ces malheureuses chrétiennes de la liberté qui leur est enfin rendue, mais l'habitude de rester cloîtrées est devenue si puissante qu'alors même elles peuvent sortir et se promener facilement, elles s'y refusent, trouvant même la chose inconvenante ! Dieu sait cependant si leurs modes sont peu faites pour inspirer des passions et si l'on peut rêver quelque chose de plus horrible que le sac noir informe dans lequel elles sont enfermées de la tête aux pieds, n'ayant en avant de la figure qu'une mince ouverture carrée recouverte d'un épais voile de crin absolument impénétrable. Rien n'est lugubre comme de voir de longues théories de ces vilains mannequins s'en allant à la rivière ou traversant le bazar, et nous en sommes plus chagrinés encore après notre traversée des districts kurdes et des contrées arabes où les femmes de la campagne circulent toujours la figure découverte. Seules les Juives de la ville, quand elles se promènent, osent relever leur voile et n'hésitent même pas à saluer l'étranger qui les regarde de leur plus gracieux sourire, mais, sauf cette exception, le beau sexe est plus tenu à Mossoul que dans aucune autre des villes que nous ayons traversées, et je crains que Mgr Altmayer n'ait fort à faire, avant d'obtenir pour ses ouailles la liberté qu'il réclame en leur nom."
(1) Les jeunes chrétiennes se marient habituellement entre treize et quatorze ans et l'on rencontre fréquemment de jeunes grand'mères de vingt-sept, vingt-huit ans.
Aujourd'hui que les Kurdes musulmans d'Irak sont stigmatisés pour l'excision de leurs filles, je rigolerais qu'on découvre un peu tard que ça se fait aussi chez les chrétiens des montagnes ( et d'ailleurs, a-t-on jamais été vérifié chez les yézidis ?

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs