KURDISTAN D’IRAK : VISITE HISTORIQUE DU MINISTRE TURC DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES


Ce mois-ci a connu une amélioration concrète des relations diplomatiques entre la Turquie et le Kurdistan d’Irak, qui s’est traduit par une visite, le 31 octobre, du ministre des Affaires étrangères turc à Erbil et l'annonce de l’ouverture prochaine d’un consulat turc dans la capitale kurde.

M. Ahmed Davutoglu est le premier ministre turc à visiter la Région du Kurdistan d’Irak, car, jusqu’ici, la Turquie se refusait à reconnaître officiellement le gouvernement kurde comme un véritable partenaire politique, même si les contacts informels n’ont jamais cessé depuis la création de la zone autonome kurde en 1992. « Il est grand temps que chacun prenne des mesures audacieuses »a déclaré le ministre. « Arabes, Turcs, Kurdes, chiites et sunnites, tous ensemble nous rebâtirons le Moyen-Orient. »

Le ministre des Affaires étrangères est venu le 31 octobre, accompagné du ministre du Commerce, Zafer Caglayan, 20 journalistes et une délégation de 80 personnes, officiels et hommes d’affaires, qui ont été accueillis à l’aéroport d’Erbil par le tout nouveau Premier ministre du Kurdistan Barham Salih et le ministre irakien des Affaires étrangères, le Kurde Hoshyar Zebari, Ils ont ensuite rencontré le président de la Région Massoud Barzani, qui a loué la décision turque d’ouvrir un consulat dans sa capitale : « La décision d’ouvrir un consulat à Erbil est un pas extrêmement positif. Le rôle de la Turquie est important pour l’avenir de la Région et le développement de nos liens économiques. La Région du Kurdistan fait office de pont entre l’Irak et la Turquie. » Ahmed Davatoglu a lui aussi mis l’accent sur l’interdépendance économique et géographique de la Turquie et de l’Irak : « L’Irak, en tant qu’État multi-ethnique est très important pour nous et nous considérons toute menace sécuritaire sur l’Irak comme une menace pour nous. Nous sommes votre porte de l’Europe, et vous êtes notre porte pour le Sud, la Région du Golfe. »

Bien qu’Ahmed Davotuglo ait souhaité une coopération « contre le terrorisme », ce qui est, au fond, le préambule obligé de tout homme politique ou journaliste turcs s’adressant à leur opinion publique ou parant d’avance les critiques émanant des milieux bellicistes, avant de parler des relations entre les Kurdes d’Irak et leur État, Massoud Barzani a aussi soutenu et félicité l’actuel gouvernement turc pour ses tentatives de résolution de la question kurde en Turquie : « Je pense que les dirigeants turcs peuvent traiter le problème du PKK. Ils ont pris une décision très courageuse et nous soutenons totalement la politique de rapprochement avec les Kurdes de Turquie. Dieu veuille que la violence cesse aussitôt que possible et que la jeunesse kurde et turque n’aie plus à verser son sang. » Selon le ministre turc, les Kurdes et la Turquie ont un rôle commun à jouer pour assurer la stabilité non seulement de leurs frontières, mais de tout le Moyen-Orient, qui doit être, selon lui, un espace politique de sécurité, de dialogue et de coexistence multiethnique et multi-religieuse, souhaitant que « les gens voyagent de Basra à Edirne sans problèmes de sécurité. »

Quant à la délégation d’hommes d’affaires turcs qui accompagnaient le ministre du Commerce, ils ont participé à une rencontre avec des responsables du Gouvernement kurde à l’Erbil Convention Center, ainsi qu’un dîner organisé par la Chambre du commerce et de l’Industrie du Kurdistan et l’Union des entrepreneurs de la Région du Kurdistan. Pour sa part, le ministre du Commerce, Zafer Caglayan, a annoncé l’ouverture de deux passages frontaliers supplémentaires avec l’Irak fin 2010, après la signature d’un memorandum par les deux États.

Les relations turco-irakiennes avaient cependant été soumises à plusieurs questions sensibles en début de mois, alors que le Premier ministre turc se rendait à Bagdad. Ainsi, la reconduite par le Parlement de Turquie de l’autorisation donnée à son armée de franchir à nouveau la frontière en cas d’opération menée contre le PKK, contre laquelle s’est élevé, une fois de plus, le gouvernement irakien. Nouri Al-Maliki a déclaré que l’Irak « cherchait à protéger sa souveraineté ». Les deux Premiers ministres avaient également discuté de l’assèchement de l’Euphrate dont souffre l’Irak, en proie à la sécheresse, et de la polémique autour du débit que laisse passer la Turquie en ouvrant les vannes de ses barrages. Alors que le mois dernier, le ministre turc de l’Énergie et des ressources naturelles avait affirmé que son pays assurait, pour l’Euphrate, un débit de 517 m3 par seconde, le ministre syrien de l’Irriguation avait au contraire dénoncé un débit tombé à une moyenne de 400 m3 par seconde pour les onze derniers mois. Le porte-parole du gouvernement irakien, Ali Al-Dabbagh, a, pour sa part, fait état d’un débit de 440 m3 par seconde, avant d’ajouter qu’un protocole était en cours de discussion. Mais Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé que la Turquie assurait actuellement un débit de 550 m3, en rappelant qu’un précédent accord, signé en 1987, ne prévoyait que 500 m3.

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