Abû'l-Farâj 'Abd-Allah ibn Al-Tayyib Al-'Iraqî, prêtre, médecin et "falsafî"



Une anecdote rapporté par Ibn Abî Usaybi'a nous le montre dans l'exercice de ses fonctions de prêtre :

Deux Persans vinrent à Bagdad pour y rencontrer Abû'l Faraj b. al-Tayyib, suivre ses cours et profiter de son enseignement. Quand ils furent arrivés, ils entrèrent à Bagdad et s'enquirent du domicile d'Abû'l-Faraj. On leur dit qu'il était à l'église pour la prière, et ils allèrent l'y trouver. Ils entrèrent dans l'église. Quand on leur dit que c'était ce vieillard (ils furent étonnés car) Ibn al-Tayyib était alors revêtu de vêtements de laine, la tête découverte, et il tenait à la main un encensoir avec des chaînes, dans lequel se trouvait du feu et de l'encens. Il faisait le tour de l'église et encensait. Ils l'observèrent et s'entretinrent en persan : ils ne cessait de le regarder et s'étonnait de le voir dans un tel costume et accomplissant de semblables actions, alors qu'il faisait partie des savants les plus distingués et que sa réputation en philosophie et en médecine était parvenue aux extrémités du pays. Quand la prière fut finie, les gens sortirent. Abû'l-Faraj sortit également et revêtit ses vêtements habituels, on lui amena sa mule sur laquelle il monta tandis que ses serviteurs l'entouraient."

Pour guérir les deux Persans de leur étonnement scandalisé, Ibn al-Tayyib leur expliqua que lors de leur pèlerinage à La Mecque, ils s'étaient eux-mêmes revêtus d'un humble costume et avaient tenu à la main les pierres qu'ils devaient jeter. Il concluait : "Il convient, en ce qui concerne la Loi d'agir selon la Tradition et non de raisonner."


Nous apprenons aussi qu'Avicenne ne l'appréciait guère pour sa philosophie, le trouvant trop "occidental", c'est-à-dire sans doute trop aristotélicien-logicien et pas assez néo-platonicien à son goût de penseur 'mashriqî' :

L'opposition d'Avicenne, né près de Samarcande et se voulant oriental à l'égard des 'philosophes occidentaux', pourrait viser Ibn Ali-Tayyib et ses disciples de Bagdad. On verra que les nestoriens, se désignant comme les chrétiens 'orientaux' avaient eux-mêmes particulièrement exalté tout ce qui était oriental, l'illumination (istishraq) venant del 'Orient.


Mais l''Orient d'Avicenne n'avait rien à voir avec une zone géographique de ce monde. Sohrawardî, natif du Djibâl (Médie) était géographiquement plus occidental qu'Avicenne, mais en philosophie illuminative il se considérait comme ayant été plus loin dans son voyage vers l'Ishraq qu'Avicenne. Il est amusant de voir Abû'l-Faraj devait trouver de même ses coreligionnaires syriens ou grecs trop 'occidentaux', tout comme lui-même l'était considéré par Avicenne, ce dernier supplanté en son 'orientalisme' par Sohrawardî. Comme quoi, on est toujours 'l'occidental' de quelqu'un…

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs