Ultime lettre de Mehdi Karroubi (III)

Ce jour-là je leur fournis seulement un autre document relatif à une femme qui avait été raflée [dans la rue ] et violée dans la voiture avec une autre fille. Je leur dis que cette femme était effrayée et inquiète, et qu'elle m'avait dit que si ses parents l'apprenaient, elle serait déshonorée et se suiciderait. Je les informais de la délicatesse de ce problème et les avertis de ne pas répéter les actes du procureur de Téhéran, en déshonorant tout une famille aux yeux de son voisinage. Je leur délivrais des documents écrits sur le viol, et leur dis qu'il y avait un autre cas, celui d'une infirmière qui avait été arrêtée, avec des photos que je n'avais pas regardées en détail pour ne pas la gêner. Je savais juste que tout son corps était couvert de contusions et elle affirmait aussi avoir été violée; que je leur enverrai ces documents pour qu'ils enquêtent dessus. Je déclarai aussi qu'à partir de ce moment je cesserai de leur fournir des preuves, qu'ils en avaient assez pour lancer une enquête.

Cette réunion se déroula bien, mais le jour suivant, le vent tourna complètement. Mon bureau et le quartier général du parti furent mis sous scellés, et MM. Beheshti, Alviri et Davari ont été mis en garde à vue. Les trois membres de la commission d'enquête firent une déclaration hâtive, au lieu de vérifier plus avant les allégations, et maintenant que je regarde leurs déclarations écrites, je suis certain qu'eux aussi ont reçu l'ordre de boucler les dossiers et ils se sont uniquement dépêché de mettre fin à tout cela. Mais je dois mentionner deux points concernant leur rapport :

Dans ce rapport, il est dit beaucoup de choses que je n'ai pas dites, alors que dans le même temps, ils n'ont même pas fait la plus petite allusion à d'autres choses que j'ai dites, – des paroles que les témoins avaient rapporté comme étant celles des violeurs, qui étaient plutôt obscènes.

Ils ont aussi écrit que je n'avais aucune preuve des viols et des actes indécents avant d'avoir écrit la lettre au Conseil des experts. Il est stupéfiant de voir ces personnes parler en mon nom et forger des contes. Mehdi Karroubi a écrit cette lettre au chef du Conseil des experts après que des individus crédibles et des victimes soient venues à lui, en pleurant de tout ce qui leur était arrivé, ainsi qu'à leur entourage. Et ici et maintenant, je veux saluer leur courage pour être venu trouver une seule personne comme Mehdi Karroubi, au milieu de toutes ces obscénités et de la terreur.

Dans ce rapport, ils n'ont pas cité le premier document que je leur avais fourni, qui faisait 15 lignes, ou le deuxième qui en avait 7 lines, ou même le troisième (5 lignes) et ils n'ont fait aucune référence au quatrième document écrit que je leur avais donné à la seconde réunion. Dans ce dernier document, il y avait 4 lignes sur Taraneh Mousavi, alors que plus loin, 200 lignes ont été écrites pour clarifier les rapports sur Saeedeh Pouraghayi, dont nous avions douté personnellement de l'histoire. Si maintenant, nous révélons le nom du fonctionnaire de l'IRI qui a remis le corps à la famille, ou si je vous dis que le représentant de M. Mousavi n'a pas été autorisé à voir le corps, est-ce que cela ne vous fait pas penser que des éléments dans cette histoire ont été falsifiés ? Et cette suspicion est d'ailleurs renforcée par le fait que cette histoire seule a été la base du rapport écrit par la commission.

Bien sûr, je dois dire ici à quel point j'ai été heureux que la commission n'aille finalement pas plus loin que ce quatrième document, et ont limité leurs recherches de la vérité à ce seul cas, car au moins, ils n'ont pas joué avec la dignité et la vie d'autres personnes. J'en suis reconnaissant à Dieu.

Les trois membres de la commission ont demandé avec insistance à ce que la justice ait affaire précisément avec moi. Et de fait, les résultats des actions de la justice ont été de me faire taire. J'en suis heureux cependant, et j'en salue les circonstances. Il se peut qu'une occasion se présente pour que je révèle le détail de ces documents , ainsi que d'autres, et de révéler ce que je n'ai jamais dit jusqu'à aujourd'hui, afin d'être le porte-parole de ceux qui réclament justice. Je serais heureux si une autre occasion se présente pour que je débarrassa la République islamique d'atrocités comme celles-ci et de beaucoup d'autres qui se sont produites après la mort de l'Imam.

Aujourd'hui, Mehdi Karroubi sait qu'il a saisi le nœud de l'affaire. Devant cette réaction chaotique et hâtive, je peux dire que la ghaba (robe des religieux) s'est coincée entre deux portes (allusion à un conte où un homme surpris en flagrant délit se coinça la robe et dut choisir entre fuir nu dans les rues ou se retrouver pris). L'Imam Ali a dit à Malek Ashtar [un de ses disciples et gouverneur d'Égypte] de gouverner de telle façon que les opprimés puissent réclamer justice sans crainte. Nous sommes loin, loin des enseignements de l'Imam Ali. Le fils de feu Ayatollah Motahari nous dit qu'une femme est venue le voir en lui racontant tout ce qu'a subi son fils dans un centre de détention. Après cela, ils ont causé tant de souffrances à cette famille qu'elle a dit elle-même : "Nous ne porterons pas plainte" et, comme nous, les Lours, disons : "Mon âne est né sans queue." (allusion à un conte de Nasreddin Hodja, voulant dire qu'il y a plus à perdre qu'à gagner dans un procès). Obtenir justice sans peur, c'était le conseil de l' Imam Ali à Malek! Il est clair de voir comment les choses sont menées. Le choc et le chaos, mêlés à la terreur, ont été si grands ces dernières semaines, que des familles sont venues me demander d'arrêter mes enquêtes. Ils craignent pour leur avenir et m'ont dit que je leur causerais des problèmes, aussi bien qu'à moi-même. Mais quand ils arrêtent la fille d'un prisonnier et la relâchent les yeux bandés dans le désert, de telle sorte qu'un journal appartenant aux Conservateurs condamne un tel acte et écrit que cette fille a été laissé au cimetière de Behesht-e Zahra, nous voyons bien qui nous gouverne, et quels plans ont été faits pour ce pays, et les gens ont le droit d'être inquiets pour leur avenir.

Leur obscénité est allée si loin, qu'au lieu de traduire en justice les coupables et les contrevenants, c'est à Mehdi Karroubi qu'ils veulent faire un procès. Ils ne savent pas que le vrai procès aura lieu au tribunal du peuple, nous devons aller vers eux et voir qui ils vont trouver coupable et qui ils vont croire, comme étant la voix de ceux qui cherchent la vérité. Mon Dieu, je viens vers toi comme un refuge contre les atrocités qu'ils ont infligées collectivement, qui ne sont pas seulement une honte pour la République islamique, mais pour l'Iran, et qui ont déshonoré la justice et le tribunal islamique.

Les trois membres de la commission ont achevé leur tâche et ont demandé à ce que je sois traduit en justice mais je laisse mon jugement au peuple et à Dieu et ce sera ma conclusion aux aux lettres que j'ai écrites. Même si je dois partager cela avec le garde des Sceaux et lui dire de ne pas se laisser influencer par des forces et des pressions extérieures et de ne pas déshonorer la justice. Car comparés à ses deux prédécesseurs, il a un avantage, qui est d'être le fils du grand Ayatollah Mirza Hashem Amoli, et le beau-fils du grand Ayatollah Khorasani. J'espère que l'Ayatollah Larijani n'agira pas de telle façon qu'à la fin de son mandat, la Guidance verra ses méfaits.


[En arabe] Le Seigneur tout-puissant connaît l'essence de toutes choses.

Mehdi Karroubi

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