Ultime lettre de Mehdi Karroubi (II)

"Cela nous servit de leçon pour ne plus révéler si facilement nos preuves au procureur de Téhéran. M. Najafabadi a été dessaisi de ses fonctions et ainsi, toutes les portes se sont fermées. C'est la raison pour laquelle le concert d'obscénités contre Karroubi a augmenté de jour en jour dans les journaux d'État. C'est pourquoi j'ai écrit une lettre au nouveau Garde des sceaux [Larijani] en lui demandant d'enquêter sur ces allégations. C'est ainsi qu'une commission de trois membres a été formée [le directeur adjoint à la Justice Ebrahim Raeesi, l'avocat général Gholam-Hosein Mohsen Ejeie, et le président du corps présidentiel de la Justice Ali Khalaf] chargée d'examiner les plaintes émanant des familles des victimes. Une première réunion eut lieu, et tout se passa bien. Durant cette rencontre, j'ai réavancé les preuves que j'avaus fournies à M. Najafabadi, et présenté deux autres cas, que je me sens laintenant tenu de vous exposer, à vous, la population.

Le deuxième document concernait une femme qui avait manifesté et avait été arrêté dans la rue. Son histoire est qu'ils avaient joué avec sa poitrine dans la voiture, et une fois arrivés lui avait demandé d'ôter son pantalon, ce qu'elle a refusé. Ils lui arrachèrent de force. Un responsable de haut rang est alors arrivé au beau milieu, est entré dans la pièce en demandant ce qui se passait. Les officiers l'accusèrent d'avoir tenté de les manipuler en enlevant son pantalon et l'avoir laissé tomber au sol. Et durant tout ce temps, la femme hurlait qu'ils lui avaient fait tout cela en usant de la force.

Le troisième cas concernait un jeune homme. membre d'un parti politique légal. Sa mère m'avait contacté et me l'avait envoyé. Il était en possession de certificats établis par des médecins experts, et un CD qui le montrait avec des marques de torture sur le corps. Il ne portait pas de plainte pour viol mais les photos montraient des signes d'inflammations et de rougeurs sur l'anus. Il disait s'être évanoui sous les coups sévères qu'il avait reçus, et ne pas savoir ce qui s'était passé ni ce qu'ils lui avaient fait. Des experts médicaux, voyant l'inflammation, avaient écrit que des examens plus poussés devaient être faits dans une lettre adressée aux autorités judiciaires. Il avait été en garde à vue seulement 5 jours, mais avait enduré des coups si sévères que les officiers ont cru qu'il allait en mourir. Ils lui ont dit qu'il allait être transporté à Evin (une prison de Téhéran), mais l'ont déposé, yeux bandés, au milieu de nulle part.

Ce sont ces trois dossiers que j'ai présentés lors de notre première réunion et j'ai parlé aussi de deux autres. Je leur ai dit qu'il n'y avait aucun document écrit sur ce deux derniers cas. L'un des deux était celui de la vraie vrai Taraneh Mousavi et je leur ai dit que sa famille ne voulait pas nous parler et qu'il valait mieux pour eux [les fonctionnaires de justice] enquêter. Le vain essai de créer une fausse Taraneh Mousavi a été une preuve supplémentaire. Si la commission d'enquête avait suivi la bonne piste, cela aurait amené à s'interroger sur qui avait fabriqué ce faux film diffusé sur les chaînes d'État. Ceux qui avaient dit à la fausse Taraneh Mousavi : "Ne vous inquiétez pas de la vraie Taraneh Mousavi, nous la retrouverons.” Le seul crime de Karroubi fut d'avoir révélé le cas de la vraie Taraneh Mousavi qui présentait des similitudes avec les meurtres en série. Ses paroles [celles de Karoubi] ont eu pour effet de faire fermer le journal vert, Etemad-e Melli, dont la fermeture fut ordonné un jour après qu'il ait publié l'information.

J'ai raconté à la commission l'histoire de la véritable Taraneh, telle que je l'avais entendue. Elle avait été arrêtée avec une autre fille et quelques garçons devant la mosquée de Qoba, le jour anniversaire de la mort de l'Ayatollah Beheshti. Les filles échangèrent leurs numéros afin d'informer leurs familles respectives si l'une sortait avant l'autre. Les premiers jours de leur emprisonnement, et alors que les prisonniers étaient sévèrement battus, ils remarquèrent l'absence de Taraneh. Quand l'autre fille fut libérée, elle appela la commission d'enquête [de Karoubi] ainsi que la famille de Taraneh pour signaler la disparition. Apparemment, la mère de Taranah étaient très effrayée et lui demanda de ne pas rappeler. La fille se présenta devant la commission d'enquête devant M. Mousavi et moi-même et nous raconta l'histoire de la vraie Taraneh. J'ai demandé à la commission d'enquêter sur cette affaire, et puisque l'histoire de la fausse Taraneh était à leur disposition, cela aurait dû rendre leur tâche plus facile. Je pensais que dans un système judiciaire prétendant suivre la voie des prophètes, nos suggestions suffiraient à les inciter à enquêter. J'avais tort !

Le deuxième élément dont je parlais concernait The second piece of evidence Saeedeh Pouraghayi. Je leur dit que j'avais des informations sur une personne de ce nom, la fille d'un vétéran de la guerre. Mais comme je n'avais pas personnellement parlé à sa famille, je n'allais pas m'étendre sur ce cas, et passais vite dessus, disant que, qui qu'elle ait été, ses funérailles avaient eu lieu à Téhéran. C'était le cas le moins crédible dont le parlais à cette réunion, et je passais très vite dessus.

Deux jours après la réunion, je fus impliqué dans une enquête plus poussée sur cette affaire, dont je savais très peu, et je rencontrais une femme qui était la demi-sœur de Saeedeh Pouraghayi. Elle déclara que son père n'était pas un vétéran de guerre et était mort six ans plus tôt. Elle voulait l'adresse de la mère de Saeedeh, sa belle-mere selon ses dires, avec qui elle n'avait pas de relations et ne savait rien de leur sort. Je n'avais pas cette adresse et demandais donc à M. Moghayaseh, du quartier général de M. Mousavi, et à la personne qui nous avait raconté en premier cette histoire. Il refusa notre demande, en disant que l'enquête en serait interrompue. Ne pouvant avoir l'adresse par téléphone, j'ai convaincu M. Moghayeseh de venir rencontrer avec moi la demi-sœur de Saeedeh. Je fus donc en mesure de faire s'asseoir l'un en face de l'autre M. Moghayeseh et la sœur de Saeedeh, à qui je dis espérer que sa sœur n'avait pas été tuée; elle me dit que la photo qui avait été publiée était celle de sa sœur, et que par conséquent, elle était très certainement morte. Je demandai à M. Moghayeseh de donner l'adresse de Saeedeh à sa sœur, puisqu'elle ne l'avait pas, afin qu'elle cesse de vivre dans le doute. À ce moment-là, M. Moghayeseh déclara que ce qui était arrivé à Saeedeh était douteux, puisqu'ils avaient découvert que son père n'était pas un vétéran de guerre, était mort six ans auparavant, et que Saeedeh avait fugué de chez elle plusieurs fois. Je lui ai redis de donner cette adresse, afin de balayer tous ses doutes, et il finit par accepter.

Le lundi, M. Ejei m'a appelé pour une nouvelle réunion à 2 heures et c'est ainsi qu'eut lieu la deuxième réunion de la Commission. Les membres de la commission ont commencé par dire qu'ils souhaitaient poursuivre les enquêtes, sans mentionner les trois dossiers écrits que je leur avais donnés, ni Taraneh Mousavi. Ils en vinrent droit à Saeedeh Pouraghayi et demandèrent si j'avais de ses nouvelles. Je relatais en détails ma rencontre avec sa sœur et leur dit que, contrairement à ce qui avait été dit précédemment, son père n'était pas un vétéran de guerre, et était mort depuis six ans; que Saeedeh s'était enfuie plusieurs fois de chez elle et que la rumeur selon laquelle on lui avait tiré dessus alors qu'elle chantait Allah o Akbar était également fausse. Je leur dit ce que M. Moghayeseh m'avait rapporté, et leur parlais aussi de la rencontre entre M. Moghayeseh et la sœur de Saeedeh. Ce qui est intéressant est que, dans cette réunion, excepté une courte discussion au sujet de Taraneh, la commission ne débattit pas du tout des documents que je leur avais donnés et se concentra uniquement sur l'histoire au sujet duquel je savais le moins.

Dans la réunion, on discuta aussi de l'entretien avec M. Raeesi, entre la première et la seconde réunion dans lequel il avait déclaré que les "déclarations de Karroubi devaient faire l'objet d'une enquête". Or M. Khalafi avait parlé, très différemment, d'"enquêter sur les déclarations et les documents.” Et je leur rappelais que ce que je leur avais donné lors de la première réunion n'était pas seulement des déclarations mais des preuves et des documents qui avaient été fournis dans un CD. Ils répondirent : "Mais un CD n'est pas une preuve"; je répliquais : "Je n'étais pas présent durant le viol afin de tourner un film pour vous le montrer, et je n'étais pas là quand ce crime a été commis afin de tendre un fil pour vous dire la distance entre eux (les bourreaux et la victime je suppose). Et attendiez-vous aussi que je vous fournisse les outils du crime ? Je dis aussi que ce n'était pas mon métier de recueillir des preuves, que ce n'était pas mon tribunal, et que si je leur avais fourni des preuves, c'était juste en indices, afin qu'ils enquêtent plus avant et mettent fin à cette injustice.

Ce jour-là je leur fournis seulement un autre document relatif à une femme qui avait été raflée [dans la rue ] et violée dans la voiture avec une autre fille. Je leur dis que cette femme était effrayée et inquiète, et qu'elle m'avait dit que si ses parents l'apprenaient, elle serait déshonorée et se suiciderait. Je les informais de la délicatesse de ce problème et les avertis de ne pas répéter les actes du procureur de Téhéran, en déshonorant tout une famille aux yeux de son voisinage. Je leur délivrais des documents écrits sur le viol, et leur dis qu'il y avait un autre cas, celui d'une infirmière qui avait été arrêtée, avec des photos que je n'avais pas regardées en détail pour ne pas la gêner. Je savais juste que tout son corps était couvert de contusions et elle affirmait aussi avoir été violée; que je leur enverrai ces documents pour qu'ils enquêtent dessus. Je déclarai aussi qu'à partir de ce moment je cesserai de leur fournir des preuves, qu'ils en avaient assez pour lancer une enquête."

(à suivre)

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