Visite de Maliki : pas grand-chose de consistant



La visite de Maliki n'a pas donné grand-chose, hormis, peut-être confirmer le report sine die du référendum sur la nouvelle constitution kurde. Sur la question de Kirkouk, annonce d'une commission créée sur la question, ce qui est une façon de retarder l'affrontement mais pas d'en extirper les causes, tant ces commissions n'ont jamais brillé par leur efficacité, comme le soulignait déjà Mahmoud Othman en janvier dernier.

Concernant les affaires intérieures kurdes, la défaite électorale de l'UPK met toute la liste kurdistani, et donc le futur gouvernement, dans l'embarras. Barham Salih, qui était fortement pressenti et depuis bien longtemps, pour succéder à Nêçirvan Barzanî comme Premier Ministre, pourra-t-il prendre cette fonction alors que son parti a été désavoué si fortement par ses électeurs, et que seuls les bons scores du PDK sauvent de la déroute totale ? D'un autre côté, si Nêçirvan dirige pour la troisième fois le Gouvernement du Kurdistan, cela n'aura pas de bons effets sur la politique kurde. Traditionnellement, un Premier ministre, en tous cas dans les démocraties à fort pouvoir présidentiel, sert de fusible au mécontentement et surtout affronte l'usure du pouvoir à la place du président, au moins dans l'opinion publique. Même si la liste Kurdistani a remporté ces élections, la campagne a peu tourné autour de Kirkouk mais beaucoup autour de la situation sociale et économique du Kurdistan. C'est donc du gouvernement que l'on attend un changement, attente perceptible dans la très forte participation de l'électorat kurde. Une participation qui est certes un bon signe, celui que les Kurdes attendent encore de leurs élites politiques et croient toujours en une avancée démocratique et sociale possibles au Kurdistan ; mais une participation qui, en étant source d'exigences de la part des citoyens kurdistani, risque d'être déçue si rien ne change, même pas dans le renouvellement du pouvoir, comme cela était fortement souhaité, même par les fidèles des deux grands partis. Si troisième mandat de Nêçirvan il y a, ce ne sera sans doute pas le plus facile.

L'interview de Masoud Barzani donnée à Newsweek.com ne nous apprend rien de nouveau sur tous ces points critiques, mais elle permet de voir que la visite de Maliki et les pressions américaines n'ont pas changé beaucoup le point de vue du président sur la question de Kirkouk. J'avoue l'avoir traduite surtout pour sa somptueuse et réjouissante réplique finale... "Mets-ça dans ta poche, avec ton mouchoir par-dessus" a-t-on envie d'ajouter.



Comment devons-nous considérer l'émergence d'une nouvelle opposition?

Je la salue. Je considère qu'avoir une opposition est un facteur de santé.

Que dire à ceux qui vous taxent de trop de corruption et de pas assez de démocratie ?

Nous allons immédiatement créer une commission d'intégrité publique ou d'anti-corruption. Quiconque a à se plaindre, a la moindre preuve, est bienvenu pour élever la voix.

Pour la première fois depuis des mois, le Premier ministre et vous avez parlé hier. Est-ce que vos relations s'améliorent ?

Le Premier ministre Maliki m'a téléphoné pour me féliciter. Cela a été une bonne initiative, et nous pensons que cela aidera à briser la glace.

Vous avez eu des déclarations très rudes récemment sur vos mauvaises relations avec Bagdad.

Il y a eu malentendu sur ce que j'ai dit. En fait, ma position est la même depuis le premier jour. Je n'ai pas réclamé, pour mon peuple, autre chose que ce que la Constitution nous autorise. J'ai toujours dit que je défendrai les droits de notre peuple, et que la seule arme dans mes mains sera la Constitution.

Êtes-vous préoccupé par le retrait des USA ?

Dans la durée de temps qui nous reste, nous avons toutes sortes de questions à régler en Irak. Ce qui compte est la volonté politique des États-Unis ici et non le nombre de troupes qu'ils y laissent. Est-ce que les États-Unis quitteront l'Irak en laissant la situation s'effondrer ou se retireront-ils de façon à le laisser stable ?

Vos relations avec la Turquie s'améliorent-elles, alors qu'elle est vu comme adversaires des ambitions kurdes ?

Il y a eu des avancées remarquables. Nous nous en félicitons et nous ferons en sorte d'être sûrs que ces avancées se poursuivront.

Qu'en est-il de votre engagement de ne plus laisser le PKK attaquer la Turquie du sol irakien ?

Nous n'avons pas permis au PKK de lancer des attaques d'ici. La présence du PKK a été exagérée. C'est une zone montagneuse difficile, à la frontière de l'Iran, de l'Irak et de la Turquie, qui est difficile à contrôler, pour quelque force que ce soit.

La Turquie pourrait-elle cesser d'être une alliée si les USA se retiraient de la mauvaise façon ?

La Turquie peut jouer un rôle positif en Irak. Si elle est prête à jouer un tel rôle, nous le sommes aussi. Mais nous n'accepterons aucune interférence dans nos affaires intérieures.

Les Nations Unies veulent un règlement négocié pour le contrôle de Kirkouk. Approuvez-vous ce processus ?

Ma réponse sera très courte. Kirkouk et les autres territoires disputés sont mentionnés dans un article constitutionnel qui énonce la feuille de route pour résoudre leur cas. Toute alternative compliquera le problème.

Et si vous êtes isolé là dessus et que les autres le refusent ?

Alors les droits du peuple kurde seront lésés et nous aurons celui de nous défendre avec les moyens dont nous disposons.

Mais si c'est de guerre dont vous parlez, vous serez submergés par le nombre.

Être les plus nombreux ne signifie pas que vous gagnerez toujours. La majorité ne l'emporte que dans les urnes.

(source newsweek com)

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