IRAN : BRAS DE FER ENTRE KARROUBI ET LE POUVOIR AU SUJET DES TORTURES DE PRISONNIERS


Les premiers procès des opposants à Ahmadinejad ont commencé en Iran. Ils se résument en fait à une « auto-confession » des accusés. La validité de ces aveux a tout de suite été dénoncée par la rue iranienne comme par l’opinion publique internationale et les avocats de la défense. Ainsi, le soir qui a suivi la retransmission télévisée de la confession de Mohammad Ali Abtahi, un partisan du camp Karroubi et ancien vice-président sous Khatami, des quartiers entiers de Téhéran ont vibré sous les cris des protestataires, grimpant sur les toits des immeubles ou ouvrant les fenêtres pour clamer « Allahu Akbar ! » cri de ralliement des manifestants.

Si ces manifestations ont habituellement lieu tous les soirs, à la même heure, on a pu observer qu’elles redoublaient de vigueur et en nombre à chaque diffusion de ces procès. Les aveux de Mohammad Ali Abtahi ont particulièrement scandalisé l’opinion publique iranienne, tant en raison de la popularité de ce dernier et du blog qu’il tenait, mais aussi par le contraste frappant que les téléspectateurs iraniens ont pu voir entre l’aspect juvénile et replet d’Abatahi avant son arrestation et le spectacle d’épuisement physique et moral que l’accusé, qui paraissait avoir vieilli de dix ans, a montré au tribunal. Peut-être conscients que ces auto-confessions ne convainquaient guère le public, ou bien réagissant aux rumeurs de tortures qu’auraient subi les prisonniers, une chaîne gouvernementale a retransmis également un entretien « en direct » entre Mohammad Ali Abtahi et sa fille, venue le voir et l’interroger « librement » devant les caméras. Objectif de cet entretien télévisé : faire démentir par Abtahi lui-même les pressions physiques et morales qu’auraient enduré les accusés et notamment le fait qu’on lui ait administré ou non des « pilules » (sic) qui l’auraient contraint à avouer.

Le mois d’août a vu aussi s’intensifier le bras de fer entre Mehdi Karroubi et le président du Parlement iranien, Ali Larijani. Réagissant aux lettres publiques adressées par Karroubi aux dirigeants iraniens et à la Justice, au sujet des tortures et viols de manifestants emprisonnés, Larijani avait tout d’abord annoncé qu’une enquête serait lancée à ce sujet, enquête à vrai dire accélérée, dont les résultats ne se sont pas fait attendre. Deux jours ont en effet suffi pour que le président du Parlement déclare qu’après une « enquête approfondie et des entretiens avec les détenus de Kahrizak, aucun cas de viol ou de torture n’a été constaté. Pourtant la prison de Kahrizak a bel et bien dû fermer ce mois-ci, en raison, dit-on, de la mort de plusieurs étudiants qui appartenaient à des familles dirigeantes. Une prison qualifiée de « camp de la mort » par d’anciens prisonniers : Mohammed Kamrani , âgé de 18 ans, a ainsi péri sous la torture. Un autre étudiant, Mohsen Rouhol-Amine, arrêté le 9 juillet, a été suspendu par les pieds et est aussi mort sous les coups. Un rescapé de Kahrizak a témoigné pour le site d’informations Iran Focus : 

« Kahrizak est un camp de la mort. Un entrepôt de fruits et de légumes transformé en prison de fortune ; les cellules sont des containers métalliques avec pour aération un petit orifice dont il faut se partager l’accès pour pouvoir respirer. » 

Un an auparavant, cette prison avait déjà fait scandale, quand le Conseil national de la résistance iranienne avait révélé que 18 prisonnières avaient été enfermées dans ces mêmes containers métalliques, la prison ne disposant pas de quartier réservé aux femmes. Laissées ainsi en pleine chaleur, elles étaient mortes d’hyperthermie et d’asphyxie. Malgré les dénégations d’Ali Larijani, de nombreux témoignages corroborent les faits dénoncés par Mehdi Karroubi, que ce soit auprès d’ONG, de partis politiques ou même la presse étrangère. Si la torture et les sévices sexuels sont habituels dans les prisons d’Iran, les récits de Kahrizak l’emportent en sauvagerie, et s’apparentent plus à des peines de mort par supplice qu’à des interrogatoires ou des actes d’intimidation. Tous ces récits racontent les mêmes faits : des détenus entassés à 40 ou 60 personnes dans des prisons de 30 m2, battus avec des barres de fer, des fouets métalliques ou bien brûlés à l’eau bouillante. Un manifestant emprisonné puis relâché raconte ainsi au journal Paris-Match : 

« On s'est retrouvés debout, serrés comme des sardines, dans des sortes de conteneurs par plus de 40 degrés, pendant deux jours, sans toilettes, sans eau ni nourriture, avec des rats. Quand nos gardiens bassidji nous ont fait couler de l'eau à travers la porte, nous avons été obligés de laper le liquide comme des chiens. C'était dégueulasse : des saletés et surtout du sang. Car nous étions sanguinolents, battus avec des gourdins, le visage démoli. On a tous les dents cassées. Moi je n'entends plus d'une oreille. Mais je suis mieux loti que des camarades qui sont morts. » 

Un autre témoin, âgé de 25 ans, raconte au site Iran-Focus : « Nous avons vu des membres de notre container pendus par les pieds pendant quarante-huit heures ; l'un d'entre eux, rendu à sa famille défiguré avec des yeux gonflés comme des balles de tennis violacées, est mort dans les bras de ses parents. Il y avait des viols tous les jours : trois des plus jeunes y sont passés, on entendait leurs hurlements. » 

Les prisonniers dénoncent aussi les exactions des « lebas shakhsi », sorte de milices de « voyous en civil », utilisées pour la répression des manifestations, qui sévissent aussi dans les prisons pour frapper ou violer les détenus. Beaucoup se disent prêts à témoigner devant une commission internationale et accusent Ahmad-Reza Radan, commandant des Forces de Sécurité de l’Etat (FSE) de contrôler Kahrizak et d’être directement responsable de tout ce qui s’y déroule.

Malgré cela, Ali Larijani a menacé Mehdi Karroubi au sujet de ses « allégations » en le sommant de fournir des preuves de ce qu’il avançait, comptant sans doute sur la peur des victimes de témoigner ouvertement. Dans le même temps, le journal de Karroubi, Etemad Melli, qui publiait ses déclarations et lettres ouvertes a été fermé, tandis que les locaux étaient fouillés par la police et des documents confisqués. Mehdi Karroubi avait, dans une de ses lettres, affirmé détenir des documents prouvant la pression des sepah-e pasdaran sur les médecins ayant eu à soigner les blessés, leur interdisant de fournir des certificats ; il disait aussi posséder des CD avec les preuves des viols et des tortures en détention, et commentant la fermeture et la fouille de son bureau et maintenant de son journal, il a simplement indiqué que les CD étaient en lieu sûr.

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