TURQUIE : LE GOUVERNEMENT ANNONCE UN « PLAN » POUR RÉSOUDRE LA QUESTION KURDE


Le 22 juillet, le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé vouloir mettre en place un « processus d’ouverture » afin de résoudre la question kurde, avec la mise en place d’un « plan » dont on ne connaît pour le moment que les grandes lignes. Les partis de l’opposition nationaliste, comme le CHP et le MHP ont bien sûr critiqué la déclaration qui a eu un accueil plus favorable du DTP, le parti pro-kurde, qui a jugé ce pas « tardif, mais prometteur », ainsi que d’autres acteurs politiques et militants comme certains syndicats et ONG. L’opposition nationaliste a accru ses critiques au fur et à mesure que les intentions du gouvernement se précisaient. Le leader du parti d’extrême-droite (MHP), Devlet Bahceli a accusé les dirigeants AKP de « légitimer le séparatisme ethnique du PKK » et de menacer « l’existence nationale de la Turquie ». Le CHP, parti de gauche laïque dont la ligne politique est devenue de plus en plus nationaliste sous la direction de Deniz Baykal, a lui aussi averti que de telles avancées pouvaient « nuire à l’unité de l’État ». Ce plan prévoit des propositions déjà faites par le gouvernement AKP et relativement consensuelles, comme le développement économique des régions kurdes mais aussi d’autres plus polémique, comme l’enseignement du kurde en option dès l’école primaire ou la remise en cause de l’identité ethnique turque comme partie intégrante de la citoyenneté (art. 66 de la Constitution).

Parallèlement, le leader du PKK, Abdullah Öcalan avait annoncé également préparer un plan de résolution de la question kurde, devant être révélé le 15 août prochain date anniversaire du début des combats du PKK, ce qui fait dire à des observateurs politiques qu’Erdogan a peut-être eu l’intention de prendre de vitesse le PKK. Murat Karayilan est en tout cas resté prudent dans ses déclarations, réaffirmant, sans surprise, que la question kurde ne pouvait être séparée de la libération d’Öcalan et que le parti attendait le plan de son dirigeant. Au sein du DTP et de ses sympathisants, les réactions ont été plus variées. Certains députés, comme Ahmet Türk, le chef du groupe DTP au Parlement, ou Akin Birdal, ancien président de la Ligue des droits de l’homme en Turquie ou Aysel Tugluk, ancienne avocate d’Öcalan, jugent que le « geste » d’Erdogan peut être une chance à saisir pour un règlement pacifique du conflit. Une aile plus radicale de ce parti, avec des voix telles que celle de Selahattin Demirtas, se modèle plus sur la position du PKK en refusant de dissocier la paix du sort d’Öcalan.

Dans le même temps, Ahmet Türk a appelé le gouvernement à cesser les opérations militaires contre le PKK afin de « prouver sa sincérité » dans sa volonté de négocier, alors que la Turquie a réitéré sa demande auprès de l’Irak et des États-Unis d’obtenir des « résultats concrets » pour éradiquer le PKK de ses bases de Qandil, lors d’une réunion tripartite. Le 15 juillet, les forces armées du PKK ont annoncé qu’ils prolongeaient leur cessez-le-feu jusqu’au 1er septembre.

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