"Serê shevê çirokek û her malek dibistan e"

Le maire de Sur, district de Diyarbakir, Abdullah Demirbas, est un actif défenseur et promoteur de la langue kurde et fut, pour cela, démis de ses fonctions (réélu depuis) et accusé, quand il lui prit fantaisie de publier des brochures en kurde, syriaque et arménien, en plus du turc, à l'usage de ses administrés comprenant mal le turc.

Il n'a visiblement toujours pas renoncé à exercer ses activités subversives et terroristes et présente au Kurdish Herald son dernier projet, qui s'intitule joliment : Serê shevê çirokek û her malek dibistan e", (A la tombée de la nuit une histoire et chaque maison est une école).

Kurdish Herald: Dans quel but mettre l'accent sur la préservation de la langue maternelle à travers votre dernier projet ? Qui voulez-vous atteindre par ce projet ?Qu'en espérez-vous ?

A. Demirbas: En tant qu'éducateur et sociologue, je vois l'importance de la culture et de la langue. Eduquer une personne dans sa langue maternelle l'aide à développer sa psychologie et sa cognitivité. Les gens qui sont élevés dans la liberté peuvent interagir plus aisément avec leur société et de façon plus fonctionnelle. Au contraire, l'interdiction de toute langue ou d'une culture a des conséquences négatives sur une personne.

Des recherches ont montré qu'une personne qui apprend sa langue maternelle peut mieux apprendre une seconde langue et réussit mieux dans ses études, et s'intègre mieux dans sa société. Les municipalités ont une mission d'éducation, d'informer la société et de préparer les gens à leur avenir. Une part importante de cette mission est de développer la communication entre les gens, afin qu'ils puissent être une part de cette société. Cela aiderait aussi à résoudre les problèmes qui apparaissent avec le processus d'urbanisation [en Turquie].

Depuis des années, les Kurdes ont été les victimes de l'idéologie de l'Etat turc. Les gens en Turquie (indépendamment de leur ethnie) ont grandi dans un mode de vie uniforme. Notre municipalité de Sur a initié un model alternatif d'éducation appelé "Transformer chaque maison en une école". Dans ce projet, les "histoires" sont nos principaux outils. Les histoires ont un effet positif sur le développement des enfants. Si les parents racontent des histoires à leurs enfants avant de s'endormir, cela peut aider la socialisation de leurs enfants. Les histoires propagent l'Histoire et la Culture aus ein des générations futures. Faisant cela, les histoires disséminent de bons modèles de comportements, ceux désirés par toutes les sociétés.

L'idéologie de l'Etat turc a interdit aux Kurdes, aux Arméniens, aux Assyriens et à d'autres groupes ethniques d'apprendre leur propre langue à l'école. Si nous attendons que l'Etat fasse un geste pour nous permettre d'apprendre notre langue maternelle à l'école, il sera peut-être trop tard. Nous devons réaliser que les foyers sont les seules places que l'Etat ne peut occuper si aisément. Avec ce projet, nous pouvons montrer à l'Etat turc que personne ne peut nous empêcher d'apprendre notre langue maternelle, et que nous essaierons toujours de trouver des alternatives contre l'oppression d'Etat. C'est pourquoi le thème de notre projet est concentré en une seule phrase "Serê sheve çirokek û her malek Dibistan e, (une histoire à la tombée de la nuit et chaque maison est une école".

Kurdish Herald: Comment vous est venue cette idée ? Quelle culture ou quel groupe ethnique avez-vous choisi pour ce projet autres que les histoires kurdes ?

A. Demirbas : Ce projet a été initialement préparé parun écrivain kurde, Selim Temo. C'est un projet unique au regard de son originalité et de sa mission. Il consiste en 365 histoires. Nous avons divisés ces histoires par mois et en avons fait 12 fascicules. Chaque nuit, chaque histoire racontera la vie d'une figure kurde importante comme Ehmedê Xanî, Melayê Cizirî, Dr. Qasimlo, Mullah Mustafa Barzanî, Abdulqadirê Geylani, Seidê Kurdî et d'autres. Nous avons inclu aussi des histoires arméniennes et assyriennes dans ces livres. Ces histoires seront publiées dans des fascicules et diffusées dans des émissions plus tard. Nous ferons aussi des versions audios lues par des conteurs professionnels de sorte que les gens puissent y avoir accès par Internet. Ces histoires seront aussi rendues accessibles pour les personnes qui ont des problèmes d'audition.

Nous avions plannifié et développé ce projet avant que je sois démis de mon mandar officiel de maire de la municipalité de Sur en 2007, en raison de mes "Services multilingues municipaux". En raison de cette déposition, notre projet était resté inachevé. Cependant, nous avons recommencé de travailler dessus après que j'ai été réélu par notre peuple. Nus avons publié un magasine appelé "Semamok" (melon) en 5 langues différentes, qui contient de courtes histoires drôles appelé "fikra" des puzzles et d'autres histoires.

Comme vous le savez, le succès de l'éducation doit être mesuré dans une vision à long terme. Nous verrons les résultats de ce projet après 10 ou 15 ans. Les gens éduqueront leurs enfants dans leur propre langue et leur culture, comme des citoyens libres, de sorte qu'ils soient plus productifs dans le futur. Avec ceprojet, nous ne devons pas nous limiter à apprendre à nos enfants leur langue, seulement en racontant des histoires. Nous vouslons aussi développer une interaction nouvelle entre les parents et les enfants, et des familles aux voisins, afin d'aider les gens à s'intégrer dans la vie d'une ville moderne. En ce sens, notre ville témoignera des résultats positifs de ce modèle. Comme je l'aimentionné auparavant, ce projet ne comprend pas que les Kurdes, mais aussi les Arméniens, les Chaldéens, Les Assyriens, les Turkmènes, les Arabes et d'autres groupes ethniques.

Kurdish Herald: Pouvez-vous nous parler des aspects financiers de votre projet ? Quelles sortes de difficultés avez-vous rencontré lors de la préparation de votre projet ? De quelle autre genre d'd'aide avez-vous besoin ?

A. Demirbas: Pour ce projet, nous avons utilisé nos propres ressources financières et nous avons reçu aussi l'aide de l'institut kurde de Bruxelles. Nous avons toujours besoin d'un grand soutien à pour ce projet. Par exemple, nous voudrions publier 15 000 - au lieu de 5000 - livres d'histoires. Nous aimerions atteindre les gens plus facilement et les convaincre de participer à notre projet. A Yuksekova [Hakkari], une organisation culturelle kurde appelée "Kurdi-Der" a eu l'idée de demander à chacun de ses membres invité à une noce d'informer les gens de notre projet, et de distribuer des livres en cadeaux aux mariés. Une fillette de neuf ans, à Kurdî-Der a particulièrement aimé notre projet et a créé une classe de dix élèves et leur apprend le kurde. Notre municipalité la soutient et a organisé une cérémonie symbolique de "grades d'études" pour cette classe. Nous voulons montrer que nous sommes prêts à aider quiconque s'implique dans notre projet et transforme sa maison en école.

Kurdish Herald: Comment l'Etat voit-il votre projet ? Quelle est son attitude?

A. Demirbas: L'Etat turc m'a démis de mes fonctions officielles de maire en raison de mon service municipal multilingue, mais à présent, le gouverneur de Diyarbakir et le gouvernement utilisent notre projet. Le gouvernement a lancé un programme télévisé kurde, TRT 6. Le gouvernorat de Diyarbakir a installé une centrale téléphonique en kurde. Ceux qui m'ont démis au début utilisent maintenant notre projet. L'histoire montre que nous étions dans le vrai. Si nous ne nous étions pas battus pour cela, ces choses ne seraient jamais arrivées.

Je crois que si nous réussissons à transformer chaque maison en école, l'Etat essaiera de trouver un moyen pour enseigner le kurde dans les écoles, uniquement pour nous arrêter. C'est ainsi qu'ils vont être obligés de changer leur politique. C'est pourquoinous n'avons aps besoin seulement d'un soutien économique, mais aussi d'une implication active de notre peuple afin d'atteindre notre but.

La manière dont l'Etat considère ce projet n'est pas très différente de celle avec laquelle il traite les actions culturelles kurdes. Après que nous avions publié les livres pour notre projet, l'Etat a déposé plusieurs plaintes contre nous. Par exemple, il y a eu 33 condamnations requises contre moi, équivalant à 98 ans de prison au total. L'accusation principale repose sur une "violation de l'alphabet turc" et la violaton des articles 3 et 42 de la constitution turque. L'article 3 énonce que la langue officielle de l'Etat est le turc et interdit l'usage de toute autre langue. L'article 42 énonce que la langue d'éducation de l'Etat est seulement le tur et interdit toute autre langue. Quand j'ai organisé la cérémonie des grades symboliques pour la filette de 9 ans, l'administrateur de l'Education à Diyarbakir m'a accusé de comportement illégal. Se référant à notre projet, il a expliqué aux media que l'éducation ne devait pas être donnée à la maison. L'idéologie de l'Etat turc ne supporte même pas l'éducation.

L'Etat a empêché le développement de l'éducation en kurde en fermant les madrassas dans le passé, mais les histoires kurdes et la musique ont aidé la langue kurde à survivre. C'est pourquoi nous allons restaurer notre système éducatif avec ce projet, et nous espérons que la langue kurde vivra à jamais.

(source Kurdish Herald Vol. 1 Issue 3, July 2009 - Entretien mené par Servet Tosun pour Kurdish Herald à Diyarbakir, Turquie).

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