Michael M. Gunter : "Je suis prudemment optimiste sur l'avenir des Kurdes"

Interview de Michael Gunter sur l'avenir des Kurdes d'Irak et de Turquie. Professeur à la Tennessee Technological University. Michael Gunter est notamment l'auteur de The Kurds of Iraq : Tragedy and Hope (1992), The Kurds and the Future in Turkey (1997), The Kurdish Predicament in Iraq: A Political Analysis (1999), The Historical Dictionnary of the Kurds (2004) et The Kurds ascending (2007).

De votre point de vue, quels sont la situation et le poids politique actuels des Kurdes en Irak et au Moyen-Orient ?

Les Kurdes irakiens sont devenus des "acteurs" en Irak et au Moyen-Orient au sens où ils sont sont plus forts qu'ils ne l'ont jamais été. Cependant, leur position reste périlleuse, en raison de l'hostilité de leurs voisins régionaux et du prochain retrait américain d'Irak. Les menaces plus immédiates sont le pouvoir accru du gouvernement de Bagdad avec le Premier ministre Nouri al-Maliki, qui semble résolu à centraliser le gouvernement irakien aux dépens du GRK Pour dire vrai, le président du GRK Massoud Barzani n'a même plus de contacts verbaux avec al-Maliki depuis que Barzani a dit à al-Maliki qu'il commençait à avoir les relents d'un dictateur. Si l'on considère l'histoire horrible [des rapports ] entre Bagdad et les Kurdes, Barzani était parfaitement en droit de dire cela.

Quels ont été les pièges principaux pour les hommes politiques kurdes irakiens après 2003 et l'occupation américaine ?

Le piège principal pour les hommes politiques kurdes après 2003 est d'avoir été trop loin dans leur tentative d'annexer Kirkouk et les régions environnant le GRK. Car Kirkouk n'est pas seulement habité par des Kurdes, les besoins de ses Arabes, Turkmènes et chrétiens doivent être aussi considérés. Mais surtout les Arabes d'Irak ont graduellement recouvert leur pouvoir et ne sont tout simplement par enclins à laisser Kirkouk aux Kurdes. Même si les Kurdes s'en emparaient d'une façon ou d'une autre, il en résulterait une victoire à la Pyrrhus, car jamais les Arabes ne l'accepteront. Les politiciens kurdes doivent comprendre cette situation et l'expliquer de façon adéquate à leur peuple.

Pourquoi la plupart du temps, les Kurdes n'ont jamais eu d'autres amis que leurs montagnes ?

Les Kurdes n'ont d'ordinaire d'autres amis que leurs montagnes parce que les buts kurdes d'autonomie ou d'indépendance menacent l'intégrité territorial d'es Etats existants (Turquie, Irak, Iran et Syrie), ceux où ils vivent. Par ailleurs, mêmes les Etats les plus amicaux envers les Kurdes, comme les Etats-Unis ne soutiendront pas le démantèlement d'autres Etats en raison de la menace dangereuse pour leur propre sécurité qu'une telle doctrine induirait.

Est-ce que les Kurdes irakiens doivent combattre les Kurdes d'iran et de Turquie afin de rpéserver le Gouvernement régional du Kurdistan et ses acquis ?

Ce serait la plus grande des folies et une trahison de la part des Kurdes d'Irak de combattre les Kurdes d'Iran et de Turquie dans une tentative erronée de préserver le GRK . Les Kurdes d'Irak ont en fait essayé cela quand ils ont soutenu la Turquie contre le PKK en 1992 [en fait, le PDK et la Turquie s'opposaient au PKK et à l'UPK soutenus par l'Iran ; avant cela il y avait eu une alliance assez brève entre Saddam et le PKK] et le résultat a été désastreux sur le moral kurde dans le monde. D'un autre côté, le GRK ne peut apparaître comme un soutien direct du PKK ou au PJAK. Une diplomatie astucieuse et un compromis sont nécessaire sur cette question. Le GRK doit expliquer et exposer que le problème n'est pas de sa responsabilité, mais de celle de la Turquie et de l''Iran qui ont échoué à donner à leurs populations kurdes leurs droits élémentaires.

Personnellement, voyez-vous le PKK comme une organisation terroriste ?

Je ne vois pas le PKK comme une organisation terroriste. Dans le cas du PKK, c'est un terme de propagande largement utilisé pour stigmatiser les opposants comme illégaux. Quand j'ai rencontré et interviewé Abdullah (Apo) Öcalan en mars 1998, il a admis qu'en certaines occasions le PKK avait utilisé des tactiques terroristes, mais déclaré à juste titre que si l'on étudie l'histoire, l'on peut voir que les véritables terroristes ont été les Etats qui ont maltraité de façon insigne les Kurdes pendant des années. Toutes les parties concernées par le problème kurde devraient dépasser le stade des insultes et sérieusement entamer des négociations ouvertes afin de satsifaire les demandes légitimes des Kurdes vivant à l'intérieur de leurs frontières. Cela implique une démocratie réelle dans les Etats où vivent les Kurdes.

Est-ce que les Kurdes doivent dépendre de la politique américaine en Irak ? Et avant cela, pensez-vous que l'on asiste actuellement à une alliance américano-kurde en Irak ?

Les Kurdes d'Irak n'ont d'autre choix que de coopérer avec la politique des USA en Irak. Les Kurdes n'auraient jamais obtenu tous les acquis du GRK dont ils jouissent acutellement sans les Etats-Unis. Bien sûr, cela ne signifie pas que les Kurdes ne peuvent, diplomatiquement et discrètement, débattre et argumenter en coulisses quand la politique américaine semble sacrifier un des buts essentiels du GRK qui est le fédéralisme pour l'Irak. Si l'on considère l'admiration de longue date que portent les Américains aux Kurdes et la reconnaissance qu'ils éprouvent plus spécialement pour le soutien des Kurdes lors de la guerre de 2003 pour chasser Saddam du pouvoir, il y a, de facto, une alliance USA-GRK, dont les Kurdes peuvent se prévaloir. Cependant, comme je l'ai déjà dit, les Kurdes doit user de cette alliance de facto d'une façon discrète et diplomatique, sous peine de la perdre. Après tout, en termes géopolitiques, la Turquie et l'Irak sont plus importants pour les Etats-Unis que le GRK.

Selon vous, parmi les hommes politiques kurdes, qui a le plus de chance de jouer ce rôle ?

Bien qu'il y ait un grand nombre d'hommes politiques kurdes capables de réussir, Barham Salih [membre de l'UPK de Jalal Talabani, Vice-Premier ministre de l'Irak, pressenti pour succéder à Nêçirvan Barzanî comme Premier ministre du GRK] pourrait celui qui aurait le plus de chances, car il combine un sens du gouvernement à la fois intelligent et moderne pour la population, mais avec le soutien des dirigeants actuellement en place, lesquels sont actuellement défiés par la liste du Changement de Nawshirwan Mustafa. En ce sens, Barham Salih n'a pas seulement joué un rôle important et intelligent à Bagdad tout comme au GRK, mais il l'a également fait sans paraître s'opposer à ceux que l'on peut considérer comme les pères fondateurs du GRK. Bien sûr, je dis cela avant les résultats des élections du 25 juillet 2009, que nous devons attendre pour voir ce qu'il en sera de l'avenir de Barham Salih.

Comment voyez-vous l'avenir kurde ?

De façon globale, je suis prudemment optimiste sur l'avenir des Kurdes en général Pour la première fois dans leur histoire moderne, les Kurdes en Irak et en Turquie connaissent une ascension prudente, ce qui est le titre de mon dernier livre sur les Kurdes [v. Bibliographie au début]! Il y a deux raisons fondamentales à mon optimisme prudent : 1/ La création du GRK en Irak et 2/ la candidature de la Turquie à l'Union européenne qui aura pour effet collatéral heureux de gratifier les Kurdes de cet Etat de tous leurs droits démocratiques.

(source Kurdistanica Network, 20/7/2009)

Commentaires

  1. Anonyme11:00 PM

    Michael M.Gunter semble bien oublier que le peuple assyro-chaldéen-syriaque d'Irak (chrétiens d'Irak) veulent eux aussi vouloir une autonomie auquelle Le Kurdistan Irakien est amplement favorable. Et puis il ne faut pas oublier que dans l'Histoire, les kurdes n'ont pas toujours été des victimes, ils ont contribué avec les turcs au génocide arménien, assyro-chaldéen-syriaque, melkite, grecs et yezidis durant l'empire ottoman en 1915 !!!!

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  2. Faut faire gaffe avec les tirets, les députés Chaldéens Assyriens Syriaques ont failli bloquer une constitution kurde pour une histoire de virgule et de et, alors je ne sais si les tirets sont du négationnisme aussi.

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