Conseils spirituels

Le ton de Maître Eckhart, dans ses Conseils spirituels, peut être très drôle, dans son pragmatisme paisible. Ainsi, sur l'absence ou le retrait de Dieu, cette angoisse bien connue des mystiques, le bon sens, peut-être subtilement ironique, du Maître : si tu ne trouves plus Dieu, "ben, va le chercher là où tu l'a mis la dernière fois", tout à fait comme on cherche ses clefs ou ses lunettes : c'est juste que tu l'as pas laissé au bon endroit, dugland. Or, "Il n'y a pas de meilleur conseil pour retrouver Dieu que de le chercher là où on l'a laissé." Sauf qu'il fait plus fort encore : si tu as paumé tes clefs, fais comme si tu les avais encore, et tu verras que subitement tu les auras de nouveau en main.


11. Ce que l'homme doit faire lorsque Dieu s'est caché et lui manque

Sache aussi que la bonne volonté n'est jamais privée de Dieu. L'absence n'est qu'un sentiment de l'âme qui s'imagine que Dieu est parti. Que faut-il faire alors ? La même chose vraiment que tu ferais si tu étais dans la plus grande consolation ; apprends à agir ainsi quand tu es dans la plus grande souffrance et comporte-toi exactement de la façon dont tu te comportais alors. Il n'y a pas de meilleur conseil pour retrouver Dieu que de le chercher là où on l'a laissé. Comme tu te sentais la dernière fois que tu l'avais, fais de même maintenant que tu en es privé, ainsi tu vas le retrouver. Car la bonne volonté ne perds jamais Dieu et n'est jamais privée de lui.

Cette idée à laquelle il tient, ne plus avoir d'autre volonté que la Sienne, lui sert à égratigner certains exaltés croyants, qui peuvent avoir tendance à mêler leurs émois et leurs désirs avec le plan divin (raté).


Ils veulent avoir leur propre volonté et dire à Notre-Seigneur de faire comme ceci ou comme cela. Ce n'est pas là une bonne volonté. C'est en Dieu qu'il faut quérir sa plus chère volonté.


Et il se moque ainsi de ces personnes (la majorité, à vrai dire) qui courent encore après leurs désirs, le tout dans la posture du renoncement et en courant sans doute, de surcroît, après la suave extase :


Elles aimeraient éprouver de grands sentiments, elles voudraient avoir ceci et cela en même temps que le bien du renoncement ; tout cela n'est rien d'autre que de l'égoïsme. Avec toutes choses, tu devrais t'en remettre entièrement à Dieu et ne pas t'inquiéter ensuite de ce qu'il fait avec ce qui est à lui.

Mais un passage des plus saisissants, est cette idée, scandaleuse pour les courants religieux qui mettent Dieu au-dessus de tout, séparé en tout de l'homme, et naturellement inatteignable pour la souffrance humaine : que Dieu, encore et toujours avec nous, souffre avec nous et par nous. Même pour la plus petite souffrance, tout est décuplé apparemment chez Lui : on se cogne le gros orteil, on sautille en jurant et en clamant notre indignation cosmique devant une si injuste, atroce et abominable douleur, alors que chez Dieu la douleur a l'intensité d'un milliasse d'explosions atomiques. Personnellement, je ne trouve pas ça du tout réconfortant, c'est même un peu terrifiant...


Si grande que soit la souffrance, du moment qu'elle vient par Dieu, Dieu en souffre en premier lieu. Oui, par la vérité que Dieu est, jamais une souffrance, un désagrément ou une contrariété, qui nous tombe dessus, n'est si petite, que, dans la mesure où on la remet à Dieu, elle ne le touche infiniment plus que nous et lui est plus contraire qu'à nous.

A essayer la prochaine fois que l'on vous ressort la sempiternelle récrimination : "si Dieu permet le Mal dans le monde, soit c'est un salaud soit il n'existe pas , gna gna gna." Mais cela pose surtout la question des souffrances terrestres du Christ : il est né, il a vécu, il a souffert et a racheté l'humanité, bon. Et puis tout a été fini pour lui, alors que pour nous, tout continue... Hé ben non. La souffrance divine continue, dans un échange assez saisissant, pour peu qu'on y mette du sien : par Lui la souffrance nous arrive, nous l'endurons, Il en souffre plus que nous ("ça me fait plus de mal qu'à toi") et si nous nous élevons au-dessus des jurons et des sautillements et que nous cessons un instant de nous frotter le gros orteil pour Lui remettre les élancements douloureux de nos chairs écrasées, alors nous changeons de souffrance comme d'état, et nous nous mettons à souffrir comme Dieu de la souffrance de Dieu en nous.


Mais si Dieu endure ces souffrances pour le bien qu'il a en vue pour toi, et si tu veux souffrir ce qu'il souffre et qui par lui arrive à toi, cette souffrance devient justement divine, que ce soit le mépris ou l'honneur, l'amertume ou la douceur, les plus grandes ténèbres ou la plus claire lumière. Tout cela prend le goût de Dieu et devient divin, car tout ce qui arrive à un tel homme est à l'image de Dieu, du fait qu'il ne cherche rien d'autres et n'a pas d'autre goût ; c'est pourquoi il saisit Dieu en toute amertume comme dans la plus grande douceur.


Jolie formule de Maître Eckhart, quand, voulant rassurer sur le pardon de Dieu qui lave tout, même (et surtout) les plus énormes péchés, il parle du "Dieu du présent", ce qui rappelle l'exercice zen de vivre uniquement le temps présent. Ici, Dieu donne l'exemple :

Car Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t'accueille, non pas ce que tu as été, mais ce que tu as été maintenant."(12)

Mais tout son propos sur le pardon des péchés, si aisé à Dieu, qui lui est si facile pour peu que l'on se repente, quels que soit leur nombre et leur gravité, et même dit-il plus aisément pardonne-t-il les gros péchés que les petits, s'oppose à toute cette théorie du Purgatoire, dont Jacques Le Goff a retracé l'histoire, avec son feu purificateur et douloureux, même pour les péchés véniels, avec ces prières d'intercession pour les défunts, et même les indulgences. Là, pas de souci, il ne parle même pas de confession, le repentir efface tout :

Et plus les péchés sont graves et nombreux, plus Dieu les pardonne volontiers et sans mesure, et cela d'autant plus vite qu'ils lui sont le plus contraires. Et alors, quand le divin repentir s'élève vers Dieu, en moins d'un clin d'oeil tous les péchés ont disparu dans l'abîme divin, et ils sont alors aussi absolument anéantis que s'ils n'avaient jamais été commis, pourvu que le repentir soit intègre. (13)

Il s'oppose aussi à la crainte, cette crainte de Dieu qui est tout de même une pierre angulaire des religions bibliques. Dieu doit être aimé, soit, mais il est aussi terrifiant en sa grandeur, son châtiment, sa colère, etc. Mais comment craindre et aimer à la fois ? contredit le maître rhénan. Si vous aimez, vous ne craignez pas, et si vous craignez, c'est qu'il y a en vous un défaut d'amour, puisque vous manque la confiance (et fiance et foi ont même sens). Donc qui se méfie manque à l'amour "car l'amour ne peut se méfier, il ne se fie qu'au bien." De surcroît l'amour donne la connaissance (ça c'est très gnostique), c'est-à-dire le "vrai savoir" et la "certitude". Ce qui aboutit à un paradoxe, si l'on y réfléchit : quand on sait, qu'a-t-on besoin de croire ? Donc l'amour induit la confiance, qui induit que l'on dépasse la foi (et que l'on s'en passe) pour atteindre la certitude.

L'amour véritable et parfait se mesure à la grande espérance et à la confiance que l'on a en Dieu, car aucune chose ne mesure mieux l'amour accompli que la fidèle confiance. La fidèle confiance révèle combien une personne aime l'autre ; et toute la fidèle confiance que l'on ose avoir en Dieu, on la trouve vraiment en lui, et mille fois davantage. De même qu'un homme ne peut jamais trop aimer Dieu, jamais un homme ne pourrait avoir trop de fidèle confiance envers Dieu. Tout ce que l'on peut faire par ailleurs n'est pas aussi avantageux que la grande fidèle confiance envers Dieu. Avec tous ceux qui ont eu grandement confiance en lui, il n'a jamais manqué d'accomplir de grandes choses. Chez tous ceux-là, il a bien montré que cette fidèle confiance a l'amour pour origine, car l'amour n'a pas seulement fidèle confiance, il a aussi un vrai savoir et une certitude exempte de doute. (14)

Il y a aussi l'idée de l'âme neuve, de l'homme neuf, lavé de ses péchés non par le pardon divin, mais par l'amour, car :

L'amour ne connaît pas la crainte", comme le dit saint Paul, et il est encore écrit : "L'amour couvre la multitude des péchés. Car là où il y a péché, il ne peut y avoir ni fidèle confiance ni amour, car l'amour recouvre toujours les péchés, il ignore les péchés. Cela ne veut pas dire que l'on n'a pas péché, mais que l'amour décompose et chasse les péchés comme s'ils n'avaient jamais existé. (15)
A notre époque de crime "imprescriptible", de "justice pour les victime", de condamnation éternelle en somme, à une époque où l'on a par-dessus tout le goût de la vengeance, et surtout judiciaire, paradoxalement accompagné d'un reflux de la peine de mort, l'idée que ce sont les plus grands crimes qui sont les plus facilement "pardonnables" confirme qu'il ne peut y avoir véritablement de juge chrétien :

Car, à celui auquel il est pardonné, toutes les oeuvres divines sont parfaites et surabondantes, il lui est totalement et absolument pardonné, et de préférence les grandes choses que les petites, ce qui parachève la fidèle confiance. (15)

Naturellement on entend déjà les récriminations : "Ah mais c'est trop facile ! Il suffit de pécher beaucoup alors, et puis c'est trop facile, on regrette, et pas de châtiment !" Non, juste un fardeau plus lourd, indique Maître Eckhart, presque en glissant dessus, sans insister, mais sans laisser place au doute :

mais à celui à qui beaucoup est pardonné, il incombe aussi d'avoir plus d'amour, comme Notre-Seigneur le Christ l'a dit : "Celui à qui il est beaucoup pardonné, qu'il aime d'autant plus.
Et l'amour n'est pas un poids facile... En tout cas, il vaut toutes les pénitences, comme il nous l'explique avec un enthousiasme qu'il ne retient plus sur la fin :

mais la véritable pénitence et la meilleure de toutes, par laquelle on fait les plus grands progrès, consiste à se détourner complètement et parfaitement de tout ce qui n'est pas vraiment Dieu et divin en nous, et dans toutes les créatures, et à se tourner de façon parfaite et entière vers son Dieu bien-aimé, dans un amour inébranlable, en sorte que la ferveur et le désir soient grands pour lui. L'oeuvre par laquelle cela te réussit le mieux est celle qui te convient le plus, et plus il en est ainsi, plus la pénitence est véritable, plus elle efface les péchés et aussi tout châtiment. Oui, si tu voulais en si peu de temps te détourner résolument de tous les péchés en les détestant vraiment, et te tourner aussi résolument vers Dieu, même si tu avais commis tous les péchés qui furent commis depuis Adam et qui le seront jusqu'à la fin des temps, ils te seraient complètement pardonnés en même temps que le châtiment, en sorte que si tu mourais maintenant, tu parviendrais jusqu'à la face de Dieu.
ça, c'est la vraie pénitence ! Elle nous vient en toute perfection dela digne souffrance et de l'exemplaire initiation de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Plus l'homme est à son image, plus se détachent de lui tous les péchés et le châtiment du péché.
Et toujours, après l'amour, que l'on croit être le stade ultime, revient le détachement, chez lui. Se détacher de ce que l'on était hier (Dieu est du présent), être détaché de ses péchés ("en un clin d'oeil," ils ne sont plus et on fera comme s'ils n'avaient jamais été), bref "cette pénitence est simplement un détachement de toute chose et une élévation de l'âme vers Dieu."

Et c'est peut-être là une des clefs subtiles de son raisonnement. C'est bien beau de vouloir se détacher de tout plaisir, toute volonté, toute ambition pour soi, de ne vouloir garder que Dieu etc. Mais il y a aussi un attachement à la mortification, au repentir, à l'amertume complaisante et donc suspecte, à cette douceur des larmes douloureuses du repentir qu'il faut savoir laisser aussi. Ailleurs, Maître Eckhart nous dit que la confession importe peu si l'on se repent soi-même, bien comme il faut, devant Dieu. Et puis vient un moment où il faut savoir tourner le dos à son propre repentir. Sèche tes larmes, mouche ton nez, et dépêche d'aimer pour commencer, et puis de t'élever un peu vers Dieu et détache-toi tout seul, on ne va pas y passer la nuit.

Autre formule d'un Dieu insistant chez Eckhart. Après celui qui doit faire l'effort de se dépouiller pour entrer dans le château de notre âme, voilà celui qui, patiemment, parce que nous ne savons pas le voir à notre porte, attend sur le seuil que l'on veuille bien ouvrir (pendant que nous croyons avoir perdu la clef qui se trouve dans nos mains, je suppose).

"Car c'est un grand préjudice pour l'homme de se croire loin de Dieu. Que l'homme chemine loin ou près, Dieu n'est jamais loin : il se tient toujours à proximité, et s'il ne peut rester à l'intérieur, il ne va jamais plus loin que sur le pas de la porte."(17)
Son opinion sur le péché est on ne peut plus pédagogique. C'est, finalement, assez nécessaire, pour qu'à la fin, ayant bien honte et nous retrouvant tout seul, sans la satisfaction des bonnes oeuvres accomplies, dans cette auto-satisfaction du bon élève méritant et sans tache, il nous faille nous tourner vers l'ultime remise de peine. Tout ça parce que Dieu veut être aimé (après tout, c'est censé être celui qui disait, en d'autres temps : "Je suis un dieu jaloux" ). En même temps, c'est une grâce d'échapper à cette complaisance, le : "c'est quand même pas mal !" comme disait Lucien Jerphagnon, de qui se regarde dans la glace après une bonne action.

Voici la raison pour laquelle le Dieu fidèle permet souvent que ses amis succombent à leurs faiblesses, en sorte qu'ils n'ont plus aucun secours vers lequel ils peuvent se tourner ou s'appuyer. Car ce serait une grande joie pour une personne aimante de pouvoir faire beaucoup de grandes choses, que ce soit de veiller, de jeûner ou de se livrer à d'autres exercices, à des choses particulièrement grandes et difficiles ; c'est pour elle une grande joie, un gouvernail et un espoir, si bien que ses oeuvres sont un appui, un gouvernail et une raison d'avoir confiance. De cela, Notre-Seigneur veut les priver pour être leur seul soutien et leur seule raison d'avoir confiance.

Vient un passage assez vivant, où il répond aux objections des fidèles, à la file, des objections dont on ne cesse de lui rebattre les oreilles, et qui, au fond, n'ont jamais changé : celle de la dépréciation geignarde de soi. Pas d'excuse pour ne pas communier, dit-il. Et surtout pas celle de ne rien "ressentir", encore une fois, il exhorte ses élèves à prêter moins attention à leur petite âme, à leur petite suave dévotion, bref à tous ces plaisirs de la piété, et à se soucier davantage de poursuivre la route au lieu de s'arrêter douillettement (ou essouflé) en chemin : "tiens pour grand ce que tu aimes et le but de ta quête."

Celui qui veut bien recevoir le corps de Notre-Seigneur ne doit pas attendre d'avoir le goût de l'intériorité ou quelque sensation de grand recueillement ou de dévotion, mais il doit percevoir la force de sa volonté et la présence de son intention. Tu ne dois pas faire grand cas des sentiments que tu as : tiens pour grand ce que tu aimes et le but de ta quête.
Tout de même il se lâche dans une envolée lyrique, on dirait le ciel d'un tableau baroque, en décrivant aux récalcitrants, aux tièdes, ce qu'est véritablement la communion :

Bref si tu veux être dévêtu de toute faiblesse puis revêtu de vertus et de grâces, accompagné de béatitudes et conduit vers l'origine, avec le cortège des vertus et de toutes les grâces, applique-toi à recevoir le sacrement dignement et souvent : ainsi, tu seras uni à lui, et par son corps tu deviendras noble. Oui, dans le corps de Notre-Seigneur, l'âme devient si proche de Dieu que tous les anges, chérubins ou séraphins ne peuvent reconnaître ni trouver de différence entre eux deux. Car là où ils touchent Dieu, ils touchent l'âme, et là où ils touchent l'âme, ils touchent Dieu. Il n'y a jamais d'union plus proche, car l'âme est bien plus étroitement unie à Dieu que le corps à l'âme, qui ne font pourtant qu'un seul homme. Cette union est bien plus intime qu'une goutte d'eau plongée dans un vase de vin ; car il y aurait là eau et vin, mais ici la transformation est telle qu'aucune créature ne saurait trouver la différence.
Quant à la confession, il ne semble pas y accorder une importance majeure, avant d'aller communier. Comme il le dit, tout ça est "sans grand souci". Tu n'as pas le temps d'aller à confesse ? (ses "soucis de la vie extérieure" sonnent très moderne, très "petit traité pratique de vie spirituelle aux cadres surchargés"). Qu'importe, Dieu est là, qui prend la relève en attendant. Très jolie idée d'ailleurs, de ce que tant que la conscience vous poigne, le pardon n'est pas encore là. Du jour où l'on ne souffre plus de son péché, c'est que le péché n'est plus là : Dieu a pardonné entretemps, plus la peine de se confesser. Car "Il faut se confesser à Dieu plutôt qu'aux hommes." Et plutôt que de se punir soi-même, mieux vaut avouer à Dieu. Peut-être, dans ce cas, que la pénitence peut être une paresse spirituelle.
Quand on veut recevoir le corps de Notre-Seigneur, on peut s'en approcher sans grand souci. Cependant, même si l'on n'a pas conscience d'avoir péché, il est convenable et très utile de se confesser auparavant, pour recevoir le fruit du sacrement de confession. Mais si l'homme ressent de la peine pour avoir commis quelque faute, et qu'en raison des soucis de la vie extérieure il ne puisse aller se confesser, qu'il aille vers son Dieu, qu'il se reconnaisse coupable en grand repentir et qu'il soit en paix jusqu'à ce qu'il trouve le temps de se confesser. Si, entre-temps, les scrupules et les remords du péché lui ont échappé, il peut se dire que Dieu aussi les a oubliés. Il faut se confesser à Dieu plutôt qu'aux hommes et, si l'on est coupable, s'accuser rigoureusement. On ne doit pas, lorsqu'on veut s'approcher du sacrement, prendre cette confession intérieure à la légère et s'en dispenser par une pénitence extérieure. Car ce qui compte dans les actions de l'homme, c'est l'intention, qui est juste, divine et bonne.

Pourquoi Dieu ne veut pas nous accorder ce que nous voulons, même si nous avons toutes les bonnes raisons de le vouloir ? C'est que, répond Maître Eckhart, nous sommes trop impatients et nous retardons, par notre impatience, l'agenda divin, alors même que Dieu soupire de nous exaucer :

En vérité, lorsque l'on veut s'unir à Dieu, il ne suffit pas que notre esprit soit détaché dans l'instant présent ; il faut que ce soit un détachement auquel on s'est longuement exercé, qui a précédé et qui suivra. Alors seulement peut-on obtenir de grandes choses de Dieu et recevoir Dieu dans ces dons. Mais si l'on n'est pas préparé, on per le don, et Dieu avec le don. Voilà pourquoi Dieu ne peut pas toujours nous accorder ce que nous lui demandons. Cela ne tient pas à lui, car il a mille fois plus hâte de donner que nous de recevoir. Mais nous lui faisons violence et tort en l'empêchant d'accomplir son opération naturelle par notre manque de préparation.

En fait, Dieu veut ce que nous voulons si notre volonté est bonne, mais du fait de notre volonté, nous retardons la sienne, car ce serait plier la volonté de Dieu à la nôtre. Aussi le meileur moyen d'avoir est de ne plus vouloir :

Dieu ne s'est jamais donné ni jamais ne se donne à quelque volonté étrangère. Il ne se donne qu'à sa propre volonté. Là où Dieu trouve sa volonté, il se donne et s'abandonne à elle avec tout ce qu'il est. Et plus nous nous défaisons de ce qui est nôtre, plus nous faisons en elle. C'est pourquoi il ne suffit pas que nous renoncions une seule fois à nous-mêmes avec tout ce que nous avons et pouvons, mais nous devons nous renouveler souvent, et ainsi en toutes choses devenir simple et libre.
Maître Eckhart, Conseils spirituels.

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