Crise interne à l'UPK part II : Interview de Faraydun Abdul Qadir

Faraydun Abdul Qadir est l'un des dirigeants vétérans de l'UPK, qui a démissionné de ses fonctions en 2005. Dans Rudaw.net, il livre son sentiment sur la crise profonde du parti et la vague de démission, trop peu prise en considération par la présidence selon lui, jusqu'aux derniers remous de cette année.

Rudaw: Comment expliquez-vous la situation actuelle de l'UPK ?

Abdul Qadir : Ce qui est évident pour tous, est qu'il y a des problèmes au sein de l'UPK. La cause ne réside pas dans des questions de pouvoir et de positions mais aux méthodes d'administration de ce parti. Ces problèmes m'inquiètent beaucoup ainsi que leurs conséquences. L'événement le plus déplaisant a été, tout d'abord, quand cinq camarades du Bureau politique ont voulu démissionné. J'ai entendu le Dr. Barham Salih (secrétaire-adjoint de l'UPK) dire que même si lui démissionnait, il n'y aurait pas de réforme. Mais l'UPK ne s'est pas soucié de ces démissions et les a laissés partir… Comment l'UPK a pu les laisser faire si aisément ! Si ces brillants révolutionnaires sont négligés alors je crains vraiment que la situation n'empire, plus que prévu. L'UPK aurait dû écouter leurs demandes. Aucune de leurs requêtes n'étaient personnelles… Tous ces membres avaient d'importantes positions, ce n'est pas comme s'ils se trouvaient inemployés… Depuis le début, j'ai rencontré ces frères, et j'ai écouté ce qu'ils réclamaient. Ce qu'ils réclamaient était la même chose que ce dont on débat aujourd'hui. Ils avaient 11 propositions pour améliorer le Parti. Les problèmes de l'UPK ne peuvent être résolus en remplaçant des gens et en ne témoignant aucune gratitude envers ces frères, qui ont exprimés leurs points de vue et à qui l'on a dit de rentrer chez eux et de démissionner. Est-ce que l'UPK est sur le point de déclarer que le Parti ira mieux sans ses membres les plus actifs ?

Rudaw: Mais ces quatre membres du Bureau politique de l'UPK sont aussi critiqués parce quu'à la première réunion, après que Kosrat Rasoul soit retourné de Baghdad ils ont démissionné sans avoir attendu la prochaine rencontre ?

Abdul Qadir: Leur décision de démissionner ne date pas du jour de la rencontre mais des plaintes et des objections accumulées depuis des années.

Rudaw: Pouvez-vous nous dire vers quoi se dirige le Parti ?

Abdul Qadir: Si les problèmes actuels ne sont pas résolus, il se dirige à coup sûr vers une situation très indésirable. Quand les gens se sentent dédaignés, ils peuvent se retrouver dans un autre parti. Et ce n'est pas dans l'intérêt de l'UPK. Je me demande s'il y a une autorité qui souhaite diminuer le nombre de ses leaders les plus actifs et les plus émérites dans le parti.

Rudaw: Il y a quelque temps, Nawshirwan Mustafa a dit que dissoudre le Komala était une faute. Pensez-vous que la tension actuelle est le fruit d'une telle décision ?

Abdul Qadir: Nawshirwan et moi-même sommes responsables de la dissolution du Komala. Nous avons tout dû fait cette erreur. L'UPK avait certains aspects qui amenaient une forme de décentralisation. Tout le temps qu'a duré le Komala, Talabani était vraiment notre frère le plus digne, le leader du mouvement et la figure de proue de l'UPK, mais dans le même temps, Nawshirwan était l'autre leader et non le second. Ainsi, il y avait une forme de décentralisation dans l'UPK et l'autorité n'était pas monopolisée (par un seul leader). Je pense que s'il n'avait pas quitté le Parti cette décentralisation se serait accrue. Le contrôle stalinien du pouvoir n'est pas populaire à l'UPK, pas plus que dans aucun autre parti au Kurdistan. Aujourd'hui nous vivons une période de démocratie et de liberté idéologique. Les différents points de vue devraient être permis et des occasions données à ces idées pour les faire s'épanouir.

Rudaw: Vous dites que la dissolution a été une faute. Est-ce que cela veut dire qu'une organisation similaire devrait être établie au sein de l'UPK ?

Abdul Qadir: Je ne crois pas. Le Komala est fini maintenant, mais nous pourrions en discuter dans une période plus prometteuse et plus pacifique.

Rudaw: Vous parlez des frustrations des membres qui ont démissionné du Parti. Est-ce que ces sentiments résultent de divergences d'idéologie ou bien de se sentir négligés ?

Abdul Qadir: Tous ceux qui ont démissionné occupaient des positions élevées. Ils ne pouvaient donc se plaindre à ce sujet. Mais dans tous les partis il y un point très important qui est celui des prises de décision. Si les décisions prises ne représentent pas toutes les idées de tous les membres, et si elles sont imposées aux membres, peu à peu une situation émergera, où les gens se sentiront étrangers dans leur propre parti… Cela est dû aux procédures administratives du Parti. Ces frères ont été irrités par de telles procédures.

Rudaw: Avez-vous démissionné pour des raisons semblables ?

Abdul Qadir: Je ne veux pas parler de moi. Un jour viendra où je pourrai le faire. Je suis un homme qui mène ses propres affaires. Je n'ai pas le droit de me plaindre puisque j'ai décider de suivre cette voie.

Rudaw: Dans le cas où ces membres ne reviendront pas dans le parti et décideront de rejoindre Nawshirwan, est-cela ouvrirait la voie à la création d'un autre parti selon vous ?

Abdul Qadir: Je pense que ce serait une erreur fatale. Ce n'est pas drôle du tout d'envisager un tel scénario. Nawshirwan est un membre de l'UPK et il n'est pas en dehors du Parti.

Rudaw: Mais il est vrai qu'il va constituer une liste pour les élections à venir ?

Abdul Qadir: Au regard de ce qu'il fait aujourd'hui, Nawshirwan est toujours membre de l'UPK. J'ai envoyé une lettre à Talabani et lui a dit qu'il devait résoudre le problème Nawshirwan.

Rudaw: Certains disent que Talabani n'a rien fait pour résoudre ces problèmes. Par exemple quand la situation a explosé et que les quatre dirigeants ont démissionné au lieu de rentrer à Suleïmanieh et de traiter le problème, il est parti faire une tournée en Corée du sud. Quel est votre avis ?

Abdul Qadir: Maintenant, Talabani occupe un poste très important : il est le président de l'Irak. Cette position est importante mais la personnalité de Talabani a donné encore plus de poids à cette position. Il a beaucoup de travail. Et sur le fait qu'il n'est pas revenu à Suleïmanieh ou qu'il est parti en Corée du sud au plus fort des tensions, hé bien, il est le président et son agenda est décidé par avance. Je ne suis pas inquiet parce qu'il n'a pas encore traité le problème parce qu'il reviendra quand quelques semaines et le fera. Ce qui compte c'est que, quand il reviendra, il règle réellement le problème.

Rudaw: Selon vous, que doit faire Talabani ? Les mécontents disent que les changements ne sont pas radicaux.

Abdul Qadir: Les changements semblent être très hatifs. Ils ne sont ni importants ni radicaux. Les remplacements n'ont pu mettre fin au problème Nawshirwan ou faire que les quatre dirigeants reviennent sur leur démission. Les remplacements (au sein du Gouvernement du Kurdistan) ne pourront empêcher la démission des membres les plus actifs de l'UPK dans l'avenir. Un changement réel passe d'une situation terrible à une situation positive. J'attendais que ces changements commencent par une réconciliation générale avant que des remplacements ne surviennent.

Rudaw: Croyez-vous que Nawshirwan peut changer la situation du Kurdistan avec la société Wisha et former aussi une liste aux élections ?

Abdul Qadir: J'ai des craintes à cet égard. J'ai parlé à Nashirwan et à beaucoup d'autres amis à ce sujet… Quoiqu'il en soit, il y a une tension dont les effets se font sentir sur le marché, la vie et les affaires des gens de cette ville (Suleïmanieh). Je crains que la formation de différentes listes au Kurdistan…ne crée une crise. Des irresponsables pourraient profiter de la situation et inciter au conflit. Je ne dis pas que quelqu'un a l'intention de faire éclater une guerre mais lors de tensions durables la guerre es toujours envisagable.

(source Rudaw.net)

Aux dernières nouvelles, Jalal Talabani aurait offert 6 sièges parlementaires à Nashirwan Mustafa et sa liste, souhaitant ainsi former une coalition. Mais des sources proches de l'aile réformiste de l'UPK afforme que son intention est de rester dans l'opposition et de ne aps accepter cette offre, car le vétéran espérerait 15 sièges au lieu des 6 offerts par Talabani. Quant aux 4 démissionnaires de haut rang, Saïd Qadir, Omar Saïd Ali, Jalal Jawhar et Othman Hadji Mahoud, ils ont confirmé leur démission démentant ainsi les rumeurs d'un possible retour à leur fonctions.

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