Bab Al-Nasr, Bab Al Futuh, Bab Zuwaylah et Amid


Bab Al Nasr, 1087, photo K.A.C Creswell, Ashmolean Museum

Les remparts de la première citadelle fatimide du Caire imitaient la citadelle de Mansuriyya en Tunisie, "en terre crue, d'une épaisseur formidable" (1). Quand Badr Al Gamali (ou Djamali), le vizir arménien entreprit la construction de la seconde enceinte, il fit venir trois architectes arméniens ce qui expliquerait la ressemblance de cette muraille avec la grande muraille de Diyarbakir, l'enceinte du Caire ayant été construite entre 1087 et 1092.


Bab Al-Futuh, 1087, photo K.A.C Creswell, Ashmolean Museum

En 1071, les Seldjoukides avaient fait leur entrée en Anatolie et en 1092 le sultan Malik Shah avait fait construire la Grande Mosquée de Diyarbakir et restaurer les remparts. Pour les années 1088-89 et 1092, nous avons ainsi le nom de l'architecte Mouhammad Salama al-Rouhawî (c'est-à-dire d'Ourfa). Au Caire, Badr Al Gamali fit, quant à lui, venir des compatriotes arméniens : un certain Jean le Moine et ses deux frères.


Bab Zuweyla, 1092, photo K.A.C Creswell, Ashmolean Museum

La ressemblance entre les deux architectures montre une fois de plus que la différence d'origine ou de religion en Anatolie et Syrie du nord, ne jouaient absolument pas sur le style ou l'activité des corps d'artisans ou de bâtisseurs qui oeuvraient indifféremment pour un prince ou un autre, quelle que soit leur confession. Par contre, le fait que Badr Al Gamali fut arménien a pu jouer sur le choix des architectes de même origine. L'esprit de clan ou de famille élargie pouvait jouer sur les nominations et les postes, comme dans l'administration ou l'armée, même par-delà les confessions. Ainsi, si Badr al Gamali était converti ce n'était apparemment pas le cas des architectes qu'il fit venir.

Badr al Gamali (Djamali sans l'accent égyptien) avait été l'esclave de l'émir syrien Djamal al-Dawla Ibn 'Amamr, et comme c'était l'usage, garda en "nisbah" ou surnom, le nom de son maître. Il fut successivement gouverneur de Damas et d'Akka our les Fatimides et comme c'était l'usage s'entoura d'Arméniens pour sa garde personnelle, surtout qu'étant un administrateur à poigne, il eut à subir parfois le mécontentement des soldats. En 1073, le calife fatimide du Caire, Al-Mustansir, dominé comme toute sa dynastie par des mamelouks turcs (en concurrence avec les esclaves noirs) eut l'idée de faire appel à lui pour se délivrer de cette pesante tutelle. Badr Al Djamali ne se le fit pas dire deux fois, arriva au Caire et égorgea tous les Turcs en une nuit. Il devint généralissime, premier cadi, premier prédicateur et vizir. Il domina ainsi l'Egypte jusqu'à l'âge avancé de 80 ans. Il se retira de la vie publique en ayant mis à sa place son fils, Al-Afdal Shahanshah. (source Encyclopédie islamique, Leide, 2005, "Badr Al Djamali).

En 1176, Saladin entreprit la construction d'une autre enceinte, qui englobait les anciens palais fatimides, Fostat et les précédents remparts. Cette enceinte là, comme les monuments ayyoubides, est de caractère nettement syrien. Les portes en chicane (et non droite comme l'enceinte d'Al Gamali) montrent que les Croisades et les continuelles guerres de siège en Syrie, Anatolie et Mésopotamie avaient poussé l'art militaire à se perfectionner de plus enplus.

(1) M. Barrucand, "Des constructeurs de talent" in Trésors fatimides du Caire : Exposition présentée à l'Institut du monde arabe du 28 avril au 30 août 1998.

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