Le criquet de fer : Le fracas des horizons

"Il me faut bien te confesser, cher ami, que nous étions capables d'écorcher les animaux. Sais-tu comment nous enlevions la peau de ceux qui étaient morts ? Laisse-moi te conter la chose.

Les enfants de notre quartier étaient pauvres, pauvres jusqu'à l'os. Quelques-uns mangeaient la boue des murs, et quand ils tombaient malades, on les emmenait chez le médecin qui déclarait que c'était une habitude exécrable. Je n'exagère rien : parlez donc aux médecins des mangeurs de boue !

D'ordinaire, quand les vétérinaires soignent les humains, le nombre des animaux crevés augmente, et aussi celui des humains ! Il existait près de la ville un ravin où l'on jetait les cadavres d'animaux. Et là où pourrissaient les carcasses sévissaient les enfants.

Là, les couteaux de cuisine chapardés faisaient leur travail. Les peaux étaient séparées des chairs en putréfaction : l'odeur de l'argent était la plus forte... C'est ainsi qu'un enfant ou deux pouvaient emporter une bonne prise, une pièce de laine valant une à deux livres. Oui, mon ami, la pièce de laine valait deux livres et les deux livres permettaient d'entrer quatre fois à la piscine municipale ou au cinéma.

Nous étions des enfants qui s'intéressaient aux morts et qui vivaient d'eux. Telle était notre coutume."

Le Criquet de fer, Salim Barakat, trad. François Zabbal, Actes Sud.

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